‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbre (volume 2)Chapitre 31 sur 61 · IV · texte numérisé non relu

IV

Des anges les exploits divers.

Soudain de sou trône il se lève :

« Sur les miles de l? belle Eve, Dit-il , nous avons seuls des droits.

Sans ma pomme que sauraient-elles ?

Passons-leur des goûts infidèles, Mais au moins partageons leur choix.

Ils viennent : ces rivaux étranges Quelquefois supplantaient les anges.

Toi donc qui veux tixer l'amour.

Sois ange et démon tour à tour.

Les démons ne préludent guères.

Ils sont brusques et téméraires ; Point de soupirs, point de langueur, De soins, ni d'intrigues suivies; Ils vont au fait , et, pleins d'ardeur, Le fait toujours les justifie.

Au rendez-vous si quelque amant Faisait attendre sa maîtresse, Un diable arrivait lestement , Et saisissait l'heureux moment Offert en vain à la paresse.

Un mari, comme il n'en est pas , Ose-t-il, S0U5 la clef jalouse Enfermer la timide épouse Dont il néglige les appas ?

Satan punira cet outrage.

Porté sur les vents.et l'orage.

Il vient au milieu des éclairs; Du sein des nuages ouverts Avec la foudre étincelante :

Il tombe , brise les verroux , Rassure l'épouse tremblante , Et répète : Avis aux jaloux.

Voici bien pis : dans une fête , Quand le sacrifice s'apprête ,

El lorsqu'un encens solennel Parfume le champêlre autel, Les démons paraissent en armes , Et poussent le cri des combats.

Un sexe fuit; malgré ses larmes , Du plus faible on retient les pas.

Sa faiblesse fait sa puissance :

Une autre fête alors commence , Fête d'amour et de plaisir, Qui jamais ne devrait finir.

Dans l'ombre de la nuit les diables Se réunissaient quelquefois , Et sans remords leurs mains coupables D'un village embrasaient les toit.s.

Ces brigands du milieu des flammes , Sauvaient les filles et les femmes, Et les consolaient jusqu'au jour.

Quel étrange et terrible amo;ir!

Ainsi que des démons femelles , Il est des anges féminins, Et par dépit ces immortelles Recevaient des baisers humains.

La nuit dans un bois solitaire Surprend-elle un jeune chasseur , Au ciel sa naissante frayeur Adresse une vive prière; Lucidine aussitôt paraît :

Douce surprise! moins timide , Jusqu'à l'aube dans la forêt Il retient son aimable guide.

L'adolescent dans son sommeil Voit-il une amante divine?

Ses yeux s'ouvrent; c'est Susurrine Qui hâte et charme son réveil.

Plein de sa fidèle tendresse,

A l'ombre des bosquets déserts Un amant chante, et dans ses vers Compare aux anges sa maîtresse :

Pudorine passe ; il poursuit Sa beauté , ses grâces nouvelles ; Sourde et légère, elle s'enfuit ; Mais du désir il a les ailes; Suivent les amoureux combats j En rougissant, sur ses appas .

Elle étend sa main protectrice ; Le sort injuste la trahit; Elle fait un faux pas , et glisse :

C'est par là toujours qu'on finit.

Du ciel les jeunes habitantes Choisissent pour leur rendez-vous Des bosquets, le jour faible el doux , Un tapis de fleurs odorantes; Elles ménagent le bonheur , Aiment Jes tendres confidences , Les soupirs échappés du cœur , La flûte et les longues romances.

De l'enfer les fières beautés Demandent d'autres voluptés.

Il leur faut des rochers arides , Le sable brûlant des déserts , De vieux troncs de mousse couverts, Et le bruit des torrens rapides ; Elles préfèrent aux soupirs L'aigre cri des oiseaux sauvages ; Rien n'intimide leurs désirs ; En vain grondent les noirs orages , La foudre éclaire leurs plaisirs.

Les faveurs de ces immortelles N'avaient aucun danger pour elles 5

DE LA BIBLE. i7

Mais des anges les doux transports , Ceux des diables, moins doux , plus foris , De nos vierges firent de^ mères; Les géans naquirent alors , El prirent les goûls de leurs pères.

La force n'entend pas raison; Plus de lois. Dans certain village Dont l'histoire oublia le nom , S'établit un coupable usage.

De ses voiles officieux Lorsque la nuit couvre les cieux , Toutes les femmes, je dis toutes, Dans les détours d'un bois épais S'enfoncent , et peuplent ses routes.

Les hommes arrivent après. Le silence est sur chaque bouche.

Au hasard la main cherche et touche.

A-t-elle choisi ? les refus Comme un crime sont défendus.

Après ce mélange bizarre , Sans se connaître on se sépare, Et l'on trouve un heureux sommeil.

Au premier rayon du soleil , Tout changeait; l'ordre et la décence, Le sage hymen , le tendre amour, Les soins, l'éternelle constance, Étaient réservés pour le jour.

Trop souvent le mal a des ailes , Tandis que le bien est boiteux.

Ces gens étaient peu scrupuleux; D'autres s'amusèrent comme eux ; D'autres surpassaient leurs modèles.

Bientôt l'abomination , Que suit la désolation , S'étendit et couvrit la terre;

El Dieu , dans sa juste colère , S'écria: « Fougueux ouragans, Chargez-vous de grêle et de pluie; Soufflez sur celte terre impie, Et noyez tons ses habilans.

J'eus lort de créer cette espèce , Avide du fruit défendu ; Je m'en repens, je le confesse.

Et pourtant j'avais tout prévu. »

Noé , ses enfans et son arche , Furent le précieux noyau D'où sortit un monde nouveau.

De l'ancien il prit la marche ; L'homme , toujours se dépravant.

Au risque d'un second déluge, Fut, à la barbe de son juge, Plus libertin qu'auparavant.

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