IV
Des anges les exploits divers.
Soudain de sou trône il se lève :
« Sur les miles de l? belle Eve, Dit-il , nous avons seuls des droits.
Sans ma pomme que sauraient-elles ?
Passons-leur des goûts infidèles, Mais au moins partageons leur choix.
Ils viennent : ces rivaux étranges Quelquefois supplantaient les anges.
Toi donc qui veux tixer l'amour.
Sois ange et démon tour à tour.
Les démons ne préludent guères.
Ils sont brusques et téméraires ; Point de soupirs, point de langueur, De soins, ni d'intrigues suivies; Ils vont au fait , et, pleins d'ardeur, Le fait toujours les justifie.
Au rendez-vous si quelque amant Faisait attendre sa maîtresse, Un diable arrivait lestement , Et saisissait l'heureux moment Offert en vain à la paresse.
Un mari, comme il n'en est pas , Ose-t-il, S0U5 la clef jalouse Enfermer la timide épouse Dont il néglige les appas ?
Satan punira cet outrage.
Porté sur les vents.et l'orage.
Il vient au milieu des éclairs; Du sein des nuages ouverts Avec la foudre étincelante :
Il tombe , brise les verroux , Rassure l'épouse tremblante , Et répète : Avis aux jaloux.
Voici bien pis : dans une fête , Quand le sacrifice s'apprête ,
El lorsqu'un encens solennel Parfume le champêlre autel, Les démons paraissent en armes , Et poussent le cri des combats.
Un sexe fuit; malgré ses larmes , Du plus faible on retient les pas.
Sa faiblesse fait sa puissance :
Une autre fête alors commence , Fête d'amour et de plaisir, Qui jamais ne devrait finir.
Dans l'ombre de la nuit les diables Se réunissaient quelquefois , Et sans remords leurs mains coupables D'un village embrasaient les toit.s.
Ces brigands du milieu des flammes , Sauvaient les filles et les femmes, Et les consolaient jusqu'au jour.
Quel étrange et terrible amo;ir!
Ainsi que des démons femelles , Il est des anges féminins, Et par dépit ces immortelles Recevaient des baisers humains.
La nuit dans un bois solitaire Surprend-elle un jeune chasseur , Au ciel sa naissante frayeur Adresse une vive prière; Lucidine aussitôt paraît :
Douce surprise! moins timide , Jusqu'à l'aube dans la forêt Il retient son aimable guide.
L'adolescent dans son sommeil Voit-il une amante divine?
Ses yeux s'ouvrent; c'est Susurrine Qui hâte et charme son réveil.
Plein de sa fidèle tendresse,
A l'ombre des bosquets déserts Un amant chante, et dans ses vers Compare aux anges sa maîtresse :
Pudorine passe ; il poursuit Sa beauté , ses grâces nouvelles ; Sourde et légère, elle s'enfuit ; Mais du désir il a les ailes; Suivent les amoureux combats j En rougissant, sur ses appas .
Elle étend sa main protectrice ; Le sort injuste la trahit; Elle fait un faux pas , et glisse :
C'est par là toujours qu'on finit.
Du ciel les jeunes habitantes Choisissent pour leur rendez-vous Des bosquets, le jour faible el doux , Un tapis de fleurs odorantes; Elles ménagent le bonheur , Aiment Jes tendres confidences , Les soupirs échappés du cœur , La flûte et les longues romances.
De l'enfer les fières beautés Demandent d'autres voluptés.
Il leur faut des rochers arides , Le sable brûlant des déserts , De vieux troncs de mousse couverts, Et le bruit des torrens rapides ; Elles préfèrent aux soupirs L'aigre cri des oiseaux sauvages ; Rien n'intimide leurs désirs ; En vain grondent les noirs orages , La foudre éclaire leurs plaisirs.
Les faveurs de ces immortelles N'avaient aucun danger pour elles 5
DE LA BIBLE. i7
Mais des anges les doux transports , Ceux des diables, moins doux , plus foris , De nos vierges firent de^ mères; Les géans naquirent alors , El prirent les goûls de leurs pères.
La force n'entend pas raison; Plus de lois. Dans certain village Dont l'histoire oublia le nom , S'établit un coupable usage.
De ses voiles officieux Lorsque la nuit couvre les cieux , Toutes les femmes, je dis toutes, Dans les détours d'un bois épais S'enfoncent , et peuplent ses routes.
Les hommes arrivent après. Le silence est sur chaque bouche.
Au hasard la main cherche et touche.
A-t-elle choisi ? les refus Comme un crime sont défendus.
Après ce mélange bizarre , Sans se connaître on se sépare, Et l'on trouve un heureux sommeil.
Au premier rayon du soleil , Tout changeait; l'ordre et la décence, Le sage hymen , le tendre amour, Les soins, l'éternelle constance, Étaient réservés pour le jour.
Trop souvent le mal a des ailes , Tandis que le bien est boiteux.
Ces gens étaient peu scrupuleux; D'autres s'amusèrent comme eux ; D'autres surpassaient leurs modèles.
Bientôt l'abomination , Que suit la désolation , S'étendit et couvrit la terre;
El Dieu , dans sa juste colère , S'écria: « Fougueux ouragans, Chargez-vous de grêle et de pluie; Soufflez sur celte terre impie, Et noyez tons ses habilans.
J'eus lort de créer cette espèce , Avide du fruit défendu ; Je m'en repens, je le confesse.
Et pourtant j'avais tout prévu. »
Noé , ses enfans et son arche , Furent le précieux noyau D'où sortit un monde nouveau.
De l'ancien il prit la marche ; L'homme , toujours se dépravant.
Au risque d'un second déluge, Fut, à la barbe de son juge, Plus libertin qu'auparavant.