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uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbre

Il est peu de poètes , paimi tous ceux qui ont illustré la littérature française, qui aient été doues, comme Parny, du génie des vers , et de cette facilité qui se montre clans ses différens ouvrages. Le sentiment exquis, la délicatesse charmante qui régnent dans toutes ses poésies; le ton de vérité, la grâce naturelle et sans prétention avec laquelle il peint et les tourmens et les plaisirs de ses amours , joints à la pureté , à l'élégance de sa diction, dnt placé Parny au-dessus de to'JS les poètes élégiaqiies ei erotiques que nous possédons, et lui assurent à jamais le surnom de Tibullc français , que lui ont décerné le& admirateurs de la poésie légère. On doit d'aulaat plus louer Parny d'avoir imprimé à ses ouvrages les caractères que nous venons de signaler, qu'à l'époque où il écrivait un genre faux il exagéré s'était propagé, et dominait dans presque toutes les compositions littéraires. Il eut donc à lutter contre l'iniluencc de ce goût pernicieux, et i' prouva par ses délicieuses productions que le naturel et la simplicité ont mille fois plus de charmes que l afleteric que l'on remarque sans cesse dans les poésies de !a plupart de ses contemporains. Parny, en un mot , est , selon l'opinion des gens de goût, l'im des poètes les plus remarquables qui ont terminé le siècle philosophique dans lequel il vécut.

Evariste-Désiré Defif-^rges , chevalier , puis vi-

'T NOTICE SUR PARXY.

comte de Parny , naquit â l'ile Bourbon , le 6 février 1755. 11 était à peine àL,é de neuf ans lorsque ses parens renvoyèrent en France , où il fit ses étîides à Rennes. Les souvenirs de collège n'avaient laissé dans l'ànie de Parny qu'un scn timent d'indifférence et même de dédain, et il ne se les rappelait que pour s'applaudir de ce qu'elles n'avaient pas affaibli les avantages dont la nature l'avait doué. Lorsqu'il eut terminé ses études, son imagination passionnée lui persuada que la religion était la seule carrière à laquelle il devait se vouer ; il entra dans un couvent de trapistes à Paris, et se soumit aux règles austères de cet ordre. Son confesseur, craignant peut-être que son âme trop vive ne l'égaràt dans l'observation de ses devoirs, lui défendit de lire la Bible. Parny fut frappé de cette défense , et au bout de quelques mois il s'aperçut, après de mùies réflexions, qu'il avait choisi un état toutà-fait opposé à son caractère et à ses dispositions naturelles. Il quitta le cloître, et, dominé par des idées toutes différentes de celles qu'il avait eues jusqu'alors , il embrassa la carrière militaire. La légèreté et ^es manières agréables des jeunes officiers ses camarades lui plurent, et il adopta les maximes épicuriennes qui réglaient lerr conduite. Bientôt, ayant obtenu un congé, il repartit pour l'ile Bourbon. Là il vit Eieonore, qui lui a inspiré les vers délicieux qu'il nous a laissés : cette jeune créole, ornée de ces grâces qui captivent aisément le cœur de l'homme, charma Parny; et la jeune fille , après quelque résistance , se livra tout entière à la passion que lui inspirait l'amant dont elle était si tendrement aimée. Elle avait treize ans, et Parny en avait vingt. L'amcur qu'il ressentait pour Eléonore le porta à vouloir s'unir à elle par des liens indissolubles ; mais son père refusa de consentir à cette union , et l'infortuné Parny vit bientôt après sa teudic Eléonore

NOTICE SLR PAilNY. 7

passer dans les bras d'un autre , et tout espoir de bonheur s'évanouir j)otu- lui. Il revint alors en France ; et, pour oublier son malheur , ou du moins pour en alléger le douloureux souvenir, il peignit , dans des vers pleins de feu et de sentiment , les plaisirs qu'il avait goûtés près de cette charmante Eléonore qu'il adorait toujours. Tous ses eCPorts furent inutiles; l'impression profonde qu'elle avait faite sur son ûme ne s'efFaça jamais. Devenue veuve, elle lui offrit sa main ; mais alors elle était mère de plusieurs enfans, et n'était plus cette Eléonore qui avait captivé Parny, et à laquelle so rattachaient toutes les illusions de sa jeunesse; cependant telle était la force de la passion qu'elle lui avait inspirée , que dans sa vieillesse une lettre qu'il reçut d'elle l'attendrit encore et lui causa une profonde émotion.

11 publia en 1770 le recueil de ses élégies erotiques, genre inconnu jusqu'à lui dans la litVt^-rature fiançaise, et dans leq«iel aucun de ses imitateurs n'a pu l'atteindre. Nous citerons parmi ceux-ci l'un de ses amis, Kerlin, qui, enviant pour ainsi dire les succès qu'il obtenait, voulut aussi chanter ses amours sur le ton de l'élégie; mais il est loin d'atteindre la grâce et la pureté de Parny ; en général le style de Bertin est maniéré , le travail se fait sentir dans ses vers, qui néanmoins ne sont pas sans méiite et sans agrémens. La harpe , dont lé jugement est souvent entaché de partialité et même d'injustice, préférait la froideur de Berlin au naturel de Parny. Nous opposerons à l'opinion de La Harpe celle de M. Dussaux, critique non moins habile, qui s'exprime ainsi : « Si le feu de l'imagination poui»vait,dans l'élégie, remplacer d'autres flammes; »si la richesse et la fcililité des idées y faisaient » excuser l'aridité des sentimens ; si l'abondance • des expressions et la chaleur des motivemens »su[)pléaicnt dans ce poème a c(;tlc mesuie ; a

? NOTICE SLR PARJSY.

* cette justesse, à cette perfection de goût, qui »en sont les conditions principales , et à celte «précision du cœur, plus sévère encore que celle »de l'esprit, la couronne resterait incertaine: a mais il Y a long-temps qu'elle est décernée à «Paruy. -» Ce fut la publication de ce recueil qui Talut à Parny le surnom de Tibullc français.

Le besoin de distraction engagea Parny à voyager. Il s'embarqua, et, api es avoir visite le? côtes d'Afrique et abordé à Buenos-Ayres, il passa aux Indes en qualité d'aide-de-camp du gouverneur français. Le mauvais état de sa santé le força bientôt à renoncer au service , et à revenir en France, où il établit sa retraite dans le vallon de Feuillancour. 11 applaudit aux léformes que la révolution introduisit dans la société. Cet événement ne lui fut pas favorable: caries assignats lui firent perdre toute sa fortune, et il fut réduit à vendre jusqu'à ses livres. Il obtint alors ime petite place dans les bureaux de l'instruction publique, et lut ensuite administrateur du théâtre des Arts. En 1 799 ( an j de la République), époque où les fureurs révolutionnaires étaient un peu apaisées, il composa VHymnc pour la fttc de la Jeunesse . Dans celte même année il mit au jour la Guerre des Dicu:^ , poème qui lui attira les reprochas d'un grand nombre de personnes. En effet, il s'y trouve quelques tableaux où la pudeur et la morale sont offensées, et que peuvent a peine faire excuser les nombreuses beautés que l'on rencontre à chaque page dans ce poème , soutenu partout par la richesse de la versification, la variété des tableaux, et cette pureté de style si naturelle à l'auteur, qualités qui le font placer au rang des chefs-d'œuvre de la liltératui e française.

Nous citerons encoïc quelques autres compositions qui méiilcnt toute l'attention des amatïuis de la belle pre?ip.Afi /p,/r/<t'€ f/ifl>7>/;t"^;T. \n -

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