A MON FRÈRE
Pondicbéry, septembre 178.1
Le Ciel , qui voulait mon bonheui-, Avait mis au fond de mon cœur La paresse et Tinsouciance; Je ne sais quel démon jaloux Joignit à ces aimables goûts L'inquiétude et l'inconstance.
Après un exil d£ vingt mois , Je quittais la brûlante Afri(iu(.' , J'allais pour la dernière fois Repasser le double tropique; Mais un désir impérieux Me pousse aux indiens rivages.
Toujours errant et paresseux, J'aime et je maudis les voyagt-s.
En aide-de-camp trausformé, J'ai vu la mer Asiatique , Et de la Taprobane antique Le ciel constamment enflammé.
Sa rive, aujourd'hui pacifiqflie,
N'offre ni vaisseau ni canon; Suffreu n'y lajs-ia que sou noiî!.
Cl'esl la son unique défense; Et la hollandaise prudence , Qui du sort prévoit peu les coups , Se repose avec indolence Sur les lauriers cueillis par nous.
J'ai parcourii d'un pas rapide Des bois tristes et saos é':hos.
Une main adroite et peifide Y transplanta quelques moineaux, Comme une ancienne connaissance J'ai salué ce peuple ailé, Du lieu chéri de sa naissance A regret sans doute exilé.
Poussé par un venl favorable , J'arrive dans Pondichéry.
Montrez-moi ce fauieux Bussy Aii.x Indiens si redoutable.
J a mort l'a frappé , mais trop !arJ ; Aisément vaincu par Sluard.
Par la :L;outte et par la vieillesse.
Il va rejoindre nos guerriers, Dépouillé de tous les laurier*- Qu'il usurpa dans sa jeunesse.
Ce monde si souvent troublé Par la politique étrangère , Ce monde toujours désole Par l'Européen sanguinaire, Sous les maux qu'y laissa la guern- Gémira long-temps accablé.
Unie au glaive inexorable, l.a Famine, plus implaciible, Eu a fait \m vaste tombeau.
Les champs regrelleat lenr^iarure; Le cotou languit sans cuilurc, Et ne charge plus le fuseau.
L'Avarice tourne ses voiles Vers ce lieu jadis Uorissant, Arrive, et se plaint froidement Qu'on a haussé le prix des loiles.
Pour ne pas l'entendre , je fuis
Le brûlant séjour de la ville;
Contre la ville et ses ennuis
Oulgarey sera mon asile.
O printemps ! réponds a mes vœux.
Si ma voix , jadis plus brillante,
Célébra la beauté riante
Et fit aimer ton règne heureux,
Demande à Flore la parure,
Et viens, escorté du Zéphyr,
Donner ta robe de verdure
Aux champs que je vais parcourir.
Jeune et mélodieuse encore ,
Ma lyre a protégé les fleurs;
Charmantes filles de l'Aurore,
Pour mes yeux liàfez-vous d'éclorc ,
Rende/.-moi vos douces odeurs.
Arbres chéris, dont le feuillage
Plaisait à mon cœur attristé,
Prêtez moi cet utile ombrage
Que mes vers ont souvent chanté.
Que dis-je? ce climat vanté
Ne connaît ni Zéphyr ni Flore ;
Un long et redoutable été
Flétrit ces champs et les dévore ;
Mon cœur, mes yeux sont mécontens;
Et je redemande .sans ces.se
IMes amis avec le printemps ;
J'aurais dit dans un autre temps; Le printemps avec ma maîtresse.
Mais hélas ! ce nouveau séjour Me commande un nouveau langage; Tout y lait oublier l'amoui-, Et c'est l'ennui cpii me rend sagt- .
Vaincu parles feux du soleil, Je me couche sur l'herbe rare; Je cède aux pavots du sommeil; La douce Illusion m'égare. .
Tout-à-coup je suis introduit Dans un bois épaissi par elle , Dont la fraîcheur est éternelle.
Et ([ui change le jour en nuit.
J'aperçois des perles liquides Sur le feuillage vacillant; J'ordonne, et les rameaux humides Viennent toucher mon fiont brûlant.
Mais un cri frappe mon oreille ; Ce cri propice me réveille; Et je m'éloigne avec effroi De la couleuvre venimeuse, Qui dans sa marche tortueuse Glissait en rampant jusqu'à moi.
Le jour fuit, lludieu fidèle, Va prier Rutreu et Brama, Et i'hal)itude me rappelle Que c'est l'heure de l'Opéra.
Venez , charmantes Eayà.lères , Venez avec tous ces appas ht ces parures étrangères Que mes yeux ne conuaissfut pas.
Je vjux \oir ce sein élastique Enferme dans un hois fégcr,
MELANGliS.
El cette grâce asiatique Dout V Histoire philosophique Se plaît à peindre le danger Venez, court'sanes fameuses.
Répétez ces jeux séduisaus, Ces pantomimes amoureuses , Et ces danses voluptueuses Qui portent le feu dans les sen^.
Raynal vous a îrop embellies, Et vous trompez mou fol espoir.
Hélas ! mes yeux n'ont pu vous voir Ni séduisantes ni jolies.
Le Goût proscrit leurs ornemens .
L'Amour n'échauife point levir dcUise, Leur regard est sans éloquence , El leurs charmes font peu d'amans, rs en déplaise aux voix mensongcrc>i ; N'eu déplaise aux brillans écrits.
On ne rencontre qu'à Paris Les véritables Bayadères.»
J y serai bientôt de retour; Et puisse enfin la destinée Dans cette ville fortunétt Fixer désormais mon séjour 1 Je suis fatigué des voyages.
J'ai vu siu" les lointains rivages Ce qu'en Europe tu peux voir.
Le constant abus du pouvoir.
A l'intérêt d'un sot eu place Partout les hommes sont vendus; Partout les fripons reconnus Lèvent le front avec audace; Partout la Force fait les loi^ :
La Probité paisible et douce
MELA^GES. "jl
Réclame en vain ses justes droits; Partout la giand'chambre est uu bqis Funeste au passant qu'on détrousse.
L'Amour est bieu un bois aussi, Et le plus lin s'y laisse prendre; Mais dans celui-là, Dieu merci, L'on peut crier et se défendre.
Heureux donc qui dans vos climats , Maître de lui, sans embarras, S'amuse des erreurs publiques.
Lit nos gazettes, rit tout bas De nos sottises poli tiquas , Donne à l'Amour quelques soupir;^, A l'Amitié tous se:^ loisirs, De son toit rarement sécarte, Et qui , jjrudemment paresseux , Ne te fait jamais ses adieux Que pour voyager sur la carte!