‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 109 sur 174 · A BERTIN · texte numérisé non relu

A BERTIN

Tu connais la jeune Constance

Dont l'orgueil et l'indifiereuce Intimidaient l'Amour , les Grâces et les J'^ns. :

Sa pudeur semblait trop farouche ; llarementle sourire embellissait sa bouche : Rarement la douceur se peignait dqns ses yeux.

Les uns admiraient sa sagesse :

Tant de réserve à dix-neuf ans !

D'autres di>^^aient : l'Amour est fait pour la jeunesse La Nature à Constance a refusé des sens.

Mais l'autre jour cette Lucrèce D'un mal nouveau pour elle éprouva les douleurs.

On dit que malgré sa faiblesse, Elle sut retenir et ses cris et ses pleurs. Ce dangereux effort épuisa son courag >; De ses sens im moment elle perdit l'usage; Puis en ouvrant les yeux plus calmes et plus doux , Elle trouva l'Amour couché sur ses ".'uoux.

Pénétrer ce mvstère est chose difCciU'.

Les uns, sur la foi de Virgile,

Disent que ce pelit Amour, Au souffle du Zépliir doit peut-être le jour.

Mais d'autres, avec éloquence, Nous vantent le pouvoir de celte fleur sans nom , Qui serrât auirefois à la chaste Junon, Lorsqu'au dieu des combats elle donna naissance. Décide, si tu peux. Hier j'ai vu Constance :

Constance a perdu sa lierlé.

Le chagrin sur son front laisse un léger nuage ,

Ella pâleur de son vistige Donne un charme à ses traits pins doux que la beauté.

Sa contenance est incertaine;

Ses yeux se lèvent rarement :

Elle rougit au mot d'amant.

Soupire quelquefois, et ne parie qu'à peine.

A CHLOE.

Selon vous, mon sexe est léger; Le vôtre uous.parait volage; Ce procès, qu'on ne peut juger, Est renouvelé d'âge en âge.

"Vous ])ronnnce/. dans ce moment ; Mais j'appelle de la sentence.

Croyez-moi , c'est injustement Que l'on s'accuse d'inconstance.

Il n'est point de longues amours, J'en conviens; mais presque toujours Votre âme s'abuse elle-même.

Dans sa douce crédulité, ^

Souvent de sa propre beauté Elle embellit celui qu'elle aime, il. -,

MÉl. ANGES.

Il a tout, du rnonient qu'il plaît Grâce au désir qu'il a fait uaitre, Vous voyez ce qu'il devait être, Vous ne vovez plus ce qu'il est. • Oui, vous placez sur son visage Un masque façonné pai" vous; Et séduites par cette image , Vous divinisez vutie ouvrage, 1 t vous tombez à ses genoux.

Mais le Temps 1 1 l'Expérience , Écartant ce masque emprunté, De l'idole ({ue l'on encense Montrent bientôt la nudité- On se relève avec surprise; On doute encor de sa méprise; On clicrcbe d'un œil affligé Ce qu'on aimait, ce que l'on aime; L'illusion n'esî plus la même.

Et l'on dit : Vous avez changé.

Du reproche, suivant l'usage, On passe au refroidissement ; Et tandis qu'on paraît volage On est détrompé seulement.

Des amantes voilà Vhistoire, Chloé; mais vous pouvez m'en croire, C'est aussi celle des amans.

En vain votre cœur en murmure; C'est la bonne et vieille Nature Qui fit tous ces arrangemens.

Quant au remède, je l'ignore; Sans doute il n'eu existe aucun :

Car le vôtre n'en est pas un :

Ne point aimer, c'est pis encore.

-Ml: LANGES. |0

A MO>SIEUR

LE CHEVALIER DE PARNY

SUR SON ÉpÎtRE a CHLOÉ.

Il n'est point d'erreurs éternelle^ , Point d'éternel engagement :

Enfin, chevalier, librement Tu vas te servir de tes ailes.

En France on est imilatenr ; Avec houlette et panetière, Nous avons vu plus d'un auteur Arborer déjà ta bannière .

Déjà nos amans, deux à deux , Allaient véréter en silence Et s'eunuyer à qui mieux mieux .

A force de persévérance : Enfin tu vas guérir la France • D'un travers trop accrédité.

Et, grâce à la résipiscence, Partout tu vas être cite Pour l'apôtre de l'Inconstance.

Il t'en a coûté sûrement De persiffler l'Amour fidèle ; Éléonore était si belle, Tu lui promis si tendrement De n'aimer, de n'adorer qu'eilc , J'étais ton rival malgré moi :

Dieux! combien je désire eurorc De trouver une Éléonore, Et de la chanter comme toi !

Mais je reviens à ton adage ,

Jlii'est point d3 Ioniques ainours :

l*ourvu que Ton aime lonjoiirs, Qu'iQîporte que roii soit volage?

Partant de là, je te prédis Des eouquètes toujours nouvelles; Aime, trompe tontes les belles, ]\]c'iissans l'attendre au paradis...

1 1 est-il pour les infidèles.^

M. le comte de La Musse.

RÉPONSE

Jeune La Musse, j'ai relu

Vos jolis vers datés de Nantes,

Et de ces rimes élégantes

Le tour aisé m'a beaucoup plu.

Mais vous montrez peu d'indulgence.

Avec malice profitant

De quelques mots sans conséquence,

Vous m'accusez d'être inconstant,

Et d'avoir prêché l'inconstance.

C'est beaucoup, c'est trop, entre nous.

De ma confession sincère

Devenez le dépositaire ,

Et je serai bientôt absous.

Mon cœur s'en ressouvient encore;

A la sensible Eléonore

Je dois les plus beaux de mes jours.

Jours heureux ! maîtresse charmante !

O combien fut douce et brillante

La jeunesse de nos Amours!

Alors d'une flamme éternelle

Je nourris le crédule espoir,

Mr.LANGES. 21

Et j'avais peine à concevoir Qu'on pûl jamais être infidèle.

« Heureux, disais-je, trop heureux Celui qui , dans les mêmes lieux , Toujours épris des mêmes charmes, Toujours sûr des mêmes plaisirs , Ignore les jalou:.es larmes, Et rincoustancc des désirs!

Une conquête passagère Peut amuser la vanité ; Mais le paradis sur la terre j^'est que pour la fidélité. »

Je le croyais; la raison même Semblait approuver mon erreur.

Kélas! en perdant ce qu'on aime, On cesse de croire au bonheur.

« Projet d'untî longue tendresse, Dis-je alors , projet insensé.

Vous avez trompé ma jeunesse :

Et le serment d'une maitresse Sur le sable est toujours tracé.

Les femmes ont l'humeur légère; La nôtre doit s'y conformer.

Si c'est un bonheur de leur plaire , C'est un malheur de les aimer. »

Avais-je tort? parlez sans feindre :

Amaut fidèle, amant quitté, TS'avais-je pas bien acheté Le droit frivole de me plaindre !

Un homme sage, en pareil cas , Se console, et ne se plaint pas.

Je n'en lis rien : malgré l'absence.

Mes pleurs ont coulé constamment, Et d'un amour sans espérance J'ai gardé six ans le tourment.

Je suis giiL-ri ; de ma faiblesse Le temps^n'a laissé dans mon c<rm Qu'un souvenir plein de douceur, Et mêle d'un peu de tristesse.

Je n'ai ni chagrins ui plaisirs.

Je répète avec complaisance :

« Les dégoûts suivent rinconslan<f, La constance fait des martyrs :

Heureux qui borne ses désirs Au repos de l'inditférence! »

Mais quand je revois les attraits De ce sexe aimable et volage, Dans mon cœur je sens des regrets, Et je dis : C'est pourtant dommage !

A MONSIEUR

LE CHEVALIER DE PARÎNY

Je*J))e Parny , ce n'est plus un mystère , D'Apollon tu reçus le jour:

Apollon chérissait les bosquets do Cythere , Et dans ces lieux Cypris devint ta mère Sous le myrte où naquit l'Amour.

A ton berceau le Dieu venait sourire, Tes doigts déjà préluJaient sur la lyre! Il t'enseignait à moduler des tons.

Bientôt, abandonné dans l'amoureux enîpue , Tu jurpris les échos du charme de tes sons ; D'un cœur brûlant tu peignis le délire, Et ses tourmens, et ses doux abandons.

Apollon t'entendit, sa voix resta muette.

MELAJSGJ'.S. 2'^

De tes accens il connut le pouvoir.

De ton triomphe on le vit s'émouvoir.

Et son silence accusa sa défaite.

Mais de l'amour d'un père heureux enchantement • J'ai vu par tes accords les Muses entraîiiées,

Quitter sa cour et son trône éclatant, Te couronner de fleurs au Pinde moissonnées , De mille dons combler leur jeune amant ; Et , sans punir leur fuite téméraire , Le dieu lui-même , admirant les chansons , Vient, m'a-t on dit, modeste et solitaire, Prendre à son tour de tes leçons.

LOAISEL DE TrÉOGATE.

REPONSE

Des parens. que vou£ jue donnez Hélas! mes soins infortunés IN'out poicit obtenu la tendresse Apollon ne m'écoute plus ; Vénus , la crr.elle Vénus Ne m'a pas rendu ma maitresse.

Par eux, enfin, déshérite, Je cesse d'aimer et d'écrire, A leur arrêt je dois souscrire , Car c'est tous qu'ils ont adopte.

MELAjVGES.

A M. DEFONTANES,

SUR SA TRADUCTION DE l'eSSAI SUR 1,'hOMHE,

Du Resnel , dans ses longues rimes , De l'optimiste d'Albion A délayé les vers subUmes Et l'heureuse précision :

Sa timide et faible opie Nous voile de l'original La raison nerveuse et hardie , Et pour son lecteur tout est mal.

Mais Pope vous prêta sa lyre.

Son chant rapide, harmonieux :

Et les Frérous auront beau dire , Aujourd'hui tout est pour le mieux.

RÉPONSE

Malgré votre éioge indulgent,

Prêts à s'armer de rigorisme,

Mes chers lecteurs , en me jugeant ,

Ne croiron«t pas à l'optimisme.

Ce n'est point Pope assurément,

Ni Platon , ni Pangloss lui-même

Dont l'esprit créa ce système;

Il fut le rêve d'un amant.

Que l'Amour vous inspire encore,

Portez long-temps son doux lien;

Chantez Zulmis , Eléonore :

C'est dans leurs bras que tout est biei^

ZVLÉLAKGIS.

LE TOMBEAU D'ELCHARIS.

■;lk' n'est déjà plus , et de ses heureux jours ^ ... vu s'évauouir l'aurore passagère:

Ainsi s'éclipse pour toujours

Tout ce qui brille sur la terre Toi que son creur connut, foi qui fis son bonheur,

Amitié consolante et tendre.

De cet objet chéri viens recueillir la cendre.

Loin d'un monde froid et trompeur •Choissis^ons à sa tombe un abri solitaire; Entourons de cyprès son urne funéraire, Que la Jeunesse en deuil y porte avec ses pleurs

Des roses à demi-fanées; Que les Grâces plus loin, tristes et consternées , S'enveloppent du voile emblème des douleurs. Représentons l'Amour, l'Amour inconsolable

Appuyé sur le monument; Ses pénibles soupirs s'échappent sourdement; Ses pleurs ne coulent pas; le désespoir l'accable.

L'instant du bonheur est passé; Fuyez, Plaisirs bruvans , importune Allégresse.

EucbarJs ne nous a laissé Que l.'i triste douceur de la pleurer sans cesse.

Tout poète est un peu menteur.

Malj;ré la doiiceur de vos rimes.

De vos louanges anonymes.

L'encens n»'a paru trop natlcur.

MEI.AjN'GES Oui, l'Amoui- occupa ma vie, Et ce lut là luou seul travers :

Boulieur, tourmens, erreurs, folie, Je lui dois tout, jusqu'à mes vers.

De ma lyre j'ai fait hommage A ce se>e amiable et volage , Qui mériia mes premiers chaut^.

Donnez- lui vos premiers accens.

S'il faut ici parler sans feindre , Il est volage, il est charmant :

Heureux qui lui plait un moment!

Heureux même qui peut s'en plaindre !

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