‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 114 sur 174 · LEDA · texte numérisé non relu

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Vous ordonnez donc , jeune Hélène, Que ma Muse enfin vous apprenne Pourquoi ces cygnes orgueilleux , Dont vous aimez le beau plumsge , Des simples hôtes du bocage IS'owl point le chant mélodieux ?

Aux jeux frivoles de Is fable J'avais dit adieu sans retour.

Et ma lyre plus raisonnable Était muette pour l'Amour :

Obéir est une folie ; Mais le moyen de rcfixser

Une bouche fraîche et johe .

Qui demande par un baiser!

Dans la forêt silencieuse Où TEurotas parmi les fleuri Boule son onde pasesseuse , Léda, tranquille, mais rêveuse.

Du fleuve suivait les erreurs.

Bientôt une eau fraîche et limpt 1 • Va recevoir tous ses appas , Et déjà ses pieds délicats Effleurent le cristal humide.

Imprudente ! sous les roseaux Un dieu se dérobe à ta vue ; Tremble, te voilà presque nue.

Et TAmour a touché ces eau.v.

Léda, dans cette solitude, Ne craignait rien pour sa puôew! ; Qui peut donc causer sa rou:;eur ' El d'où vieut son inquiétude.^ Mais de son dernier vêtement Enfin elle se débarrasse , Et sur le liquide élément Ses bras étendus avec grâce La font glissor léirèrement.

rn cygne aussitôt se présenie.

Et sa blancheur éblouissante , Et son cou dressé fièiement , A l'imprudente qui l'admire Causent un doux éionnement , Qu'elle exprime par tin sourii- .

Les cvgnes chantaient autref*j!.s.

Virgile a daigné nous l'apprendre Le nôtre a Léda fit entendre Las accen* flûtes de sa voix.

Tantôt , nag^snt avec \itess« ,

:>i) MELANGES.

I! s'égare en un long circuit; Tantôt sm- le lloî qni s'enluil . Il se balance avec mollesse.

Souvent il plonge comme nn trait; Caché sons l'onde il nage encore, Et foul-à-coupil reparaît Plus près de celle qu'il adore.

Léda, conduite par l'Amour, S'assied sur les fleurs du rivage, Et le cygne y vole à son four.

Elle ose sur son beau plumage Passer et repasser la main.

Et de ce fréquent badinage Toujours un baiser est la fin.

Le chant devient alors plus tendre, Chaque baiser devient plus doux; De plus près on cherche à l'entendie.

Et le voilà sur les genoux.

Ce succès le rend téméraire; Léda se penche sur son bras ; Un mouvement involontaire Vient d'exposer tous ses appas; Le dieu soudain change de place.

Elle murmure faiblement; A son cou penché mollement Le cou du cygne s'entrelace; Sa bouche s'ouvre par degrés An bec amoureux qui la presse; Ses doigt», lentement égarés Flattent l'oiseau qui la caresse; L'aile qui cache ses attraits Sous sa main aussitôt frissonne, Et des charmes qu'elle abandonne L'albâtre est touché de plus près.

Bientôt ses baisers moins timides Sont échatiftés par le désir;

Et, précédé d'un long soupir, Le gémissement du plaisir Échappe à ses lèvres humides.

Si vous trouvez de ce tableau

La couleur quelquefois Iropvive,

Songez que la fable est naïve,

Et qu'elle conduit mon pinceau;

Ce qu'elle a dit, je le répète.

Mais elle oublia d'ajouter

Que la médisance indiscrète

Se mit soudain à raconter

De léda l'étrange défaite.

Vous pensez bien que ce récit

Enorgueillit le deuple cygne;

Du même honneur il se crut digue,

El plus d'un succès l'enhardil.

Les femmes sont capricieuses :

Il n'était fleuve ni ruisseau

Où le chant du galant oiseau

jX'attiràt les jeunes baigneuses.

L'exemple était venu des cieux;

A mal faire l'exemple invite :

Mais ces vauriens qu'on nomme dieux

Ne veulent pas qu'on les imite.

Jupiter prévit d'un tel goût

La dangereuse conséquence;

Au cygne il ôta réloquence :

En la perdant il perdit tout.

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