‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 115 sur 174 · GOUP-D'OEIL SUR CYTHERE · texte numérisé non relu

GOUP-D'OEIL SUR CYTHERE

Salut, ô mes jeunes amis!

Je bénis l'heureuse journée

¥a la rencoiilre fortunée Qui chez moi vous ont réunis.

De vos amours quelles nouvelles?

Car je m'intéresse aux amo\irs.

A-vez-vous trouvé des cruelles?

Vénus vous rit-elle toujours?

J'ai pris congé de tous ses charmes , Et je ressemble au vieux guerrier Qui rencontre ses frères d'armes Et leur parle encor du métier.

Amant de la belle Onésie,

Est il passé son règne heureux?

Non, ta volage fantaisie

Ne pense pins à trouver mieux ,

Et pour toi j'en rends grâce aux dieux,

Messieurs , peut-être à sa paresse Doit-il l'honneur d'être constant; N'importe , il garde sa maîtresse :

Par indolence ou par tendresse Je doute qu'on eu fasse autant.

Toi surtout qui souris d'avance , Vaurien échappé desdiagons, Tu n'as pas expié, je pense, Tes intrigues de garnisons, Ni les coupables trahisons Dont j'ai reçu la confidence.

Tu trompes l'Hymen et l'Amour ; Mais l'un et l'autre auront leur tour.

Et je rirai de la vengeance.

Tu ne ris pas , toi , don! la voix Prêche incessamment la ron:.tance.

Est- il vrai que depuis trois mois Tu sais aimeï saiis récompense?'*

Je m'intéresse à ton malheur; Tor. àme est tendre et délicate.

Et je veux taire à ton ingrate Une semonce en ta faveur.

Ecoutez-moi, prudent;.; Elvire :

Vous désolez par vos lenteurs L'amant qui brûle, qui soupire.

Et qui mourra de vos rigueurs.

Votre défense courageuse Est un vrai chef-d'œuvre de l'art , Et de la tactique amoureuse Vous allez être le Folard.

Clhacun a sou rôle ; et du vôtre Si vous vous acquittez très bien .

Lui, qui connaît aussi le sien, Prend patience avec une autre.

Approche, ami sage et discret.

Quoi! tu rougis.^ mauvais présage.

Achève, et sois sûr du secret:

Biblis! ai-je bien entendu?

Ton goût a craini'de se méprendre,

Et des fj'uils qu'en \cut nous défendre

Il choisit le plus défendu.

Par un excès de tolérance

Je pardonne à ton imprudence:

Mais i! vaudrait mieu.v in.iter

Ce fou dont l'ardeur assidue

Se fait un jeu de tourmenter

Nos Lais qu'il passe en revur.

Il choisit peu ; tous le* plai irs

Amusent son insouciance;

El jusqu ici Ja providence

L'a ])réscrvé des souvenirs

Que mérite son inconstance.

Il n»e semble voir des hussards Toujours armés, toujours eu guerre.

Dont lecourai^e téméraire ]ïrave les amoureux hasards.

Moi qui suis chevalier des belles , Je vous crirai : Soyez fidèles , L'iaconstaiice ne mène à rien.

Mais vous n'aurez point pitié d'elles, El peut-être ferez-vous bien.

On vous le rendra , je l'espère ; Ne vous plaignez donc point alors , Et pardonnez à la première Qui vengeia l'honûeur du cor^M.

La plainte est toujours inutile.

Suivez l'exemple d'un amant Qui , trahi , même injustement.

Lut son arrêt d'un oeil tranquille. Et fit au Journal de Paris lasérer ce plaisant avis ;

« J'avais hier une maîtresse, - De celles que l'on a souvent ; Mais je reçois en ra'éveillant Un congé plein de politesse.

Venez , monsieur mon successeur^ Prendre les effets au porteur Que m'avait confiés la belle ; Je vous remettrai ses cheveux , Ses traits , ses billets amoureux.

Et son serment d'être fidèle. »

De votre siècle ayez les mœurs.

La loyauté n'est plus de mode*^; L'amour nous parait inconnnode > Et nous évitons ses langueurs.

Voici la nouvelle méthode i

N'aimez pas, mais feii^nez toujours , C'est le vrai moyen d'être aimable.

Sachez d'un vernis agréable Couvrir vos frivoles discours.

Soyez humbles avaat la conquête.

Aux fers présentez votre tête , Et ployez un peu les genoux ; Mais tyran après la victoire , Vantez , affichez votre' gloi»e , Et soyez froidement jaloux.

Frondez le sexe qui vous aime.

C'est l'usage; a)ez de vous-même Une excellente opinion; Négligez souvent la décence.

Et joignez un peu d'impudence A beaucoup dmdiscrélion.

îl ne faut pas qu'on vous prévienne; Avant que le dégoût survienne Quittez, et quittez brusquement; L'éclat d'une prompte rupture Vous tire de la clause obscure Où végète le peuple amant.

Soudain votre gloire nouvelle Passe de la ville à la cjur; On vous cite ; plus d'uue belle Vient solliciter à son tour L'honneur de vous rendre infidèle; Et vous voilà l'homme du jour.

De ces travers épidémiques Chloris a su se garantir; Chloris dont les attraits magiques Ont le talent de rajeunir.

La bouche inuccenle et nar\H Chérit le mot de sentimcn:, El sa voix quelquefois plaintive

Il ' 4

/i2 mela:nge?.

Persuade ce mol charmant.

Du ciel la sagesse profonde

De bien airner lui lit le don;

Dani ce siècle de trahison

Elle est lidèle à tout le monde.

Apres Chlorîs ayez Anna,

Et, s'il se peut, conservez-la.

Dans SCS missives indisci êtes

Vos yeux satisfaits -et surpris

Liront ses sennens bien écrits

Sur de beau papier à vignettes.

Il faut tout dire; les billets

Que trace sa main fortunée

Deviennent un quart d'heure après

Des ahnanachs de l'autre année.

N'importe, un quart d'heure a son prix.

Mais à vos soies je recommande,

Messieurs, la discrète IN'œris ,

Ses vingt ans sont bien accomplis ,

Et son impatience est grande:

Elle soupire quelquefois.

Soumise au pouvoir d'une mère,

Elle attend qu'à ces tristes lois

L'Hymen vienne enfin la soustraire.

Sa voix appelle tous les jours

Cet Hymen qui la fuit sans cesse.

Que faire donc.^ dans sa détresse

Au Plaisir Nœris a recours.

Ce dieu , pour voler auprès d'elle», A pris une forme nouvelle.

Sou air est timide et discret ; Ses yeux redoutent la lumière; Toujours pensif et solilaire, Il cherche Tombrc et le secret.

Il ne connaît point le partage;

Il ne s-'tisfait point le cœur; Mais il laisse le nom de sage , Et s'accommocTtj avec rhonneur.

A son culte sûr et facile Nœris se livre sans frayeur, Et d'uue volupté tranquille Elle savoure la douceur Mais la rose sur son visage Par degrés a fait place au lis; Adieu ce brillant coloris, Le premier charme du jeune âge; L'embonpoint manque à ses attraits; Ses yeux dont la flamme est éteinte Sont toujours baissés ou distraits; Et déjà, malgré sa contrainte.

Sur son front on lit ses secrets.

Un amant prudent et fidèlt , Nœris, connenl mieux à vos goûts :

Vos jeux en deviendront plus doux Et vous n'en serez pas moins belle.

S'il s'en présente un dès ce jour, Écoutez-le, fût-il volage; L'Hymen ensuite aura sou tour, Et viendra, suivant son usage, Réparer les torts de l'Amour.

Aurais- tu bien la fantaisie De renoncer au doux repos Pour tenter ces exploits nouveaux , Chantre brillant de tatilie?

Nous avons aimé tous les deux; Sur les bords fleuris du Permesse L'Amour poussa notre jtîuuesse , Et l'heureux nom d'une maîtresse Embellit nos vers j)aresseux.

Mais tout s'use, même au Parnasse.

De la première illusion Le charme s'affaiblit et passe , Et nous laisse avec la raison.

Brisons la lyre qui publie Nos caprices et uos travers ; Crois-moi , c'est assez de folie , Assez d'amom , assez de vers.

Tois Nelson dans les bras de Lise ; Il y médite les fadeurs Qui vont ennuyer Cydalise Et fléchir ses" longues rigueurs.

Cydalise compatissante ■ A Nelson donne un rendez-vous Pour se venger du froid Cléante \ Mais Cléante n'est plus jaloux.

Près d'une amante belle et sage Il se croit heureux sans rival , Et fait confidence à Dorval D'un bonheur que Dorval partage :

Celui-ci, volage à son tour, Poursuit la jeune Célimène , Et sa poursuite sera vaine, Cécile nuit à son amour.

De Vénus ainsi va l'empire.

Nous avons trop aimé Vénus, Rious-en ; il est doux de rire ©es faiblesses que l'on n'a plas

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