‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 118 sur 174 · LE REVEIL D'UNE MERE · texte numérisé non relu

LE REVEIL D'UNE MERE

Un sommeil calme et pur comme sa vie, Un long sommeil a rafraîchi ses sens.

Elle sourit et nomme ses enfans.

Adèle accourt de sou frère suivie.

Tous deux du lit assiègent le chevet; Leurs petits bras étendus vers leur mère , Leurs yeux naïfs, leur touchante prière, D'un seul baiser implorent le bienfait.

Céline alors, d'une main, caressante, Contre son sein les presse tour à tour, Et de son cieur la voix reconnaissante Bénit le ciel , et rend grâce à l'amour ; Non cet amour que le caprice allume , :■ Ce fol amour qui, par un doux poison , Enivre l'âme et trouble la raison, El dont le miel est suivi d'amerîume; Mais ce penchant par l'estime épuré, Qui ne connaît ni transports ni délire, Qui sur le cœur exerce un juste empire , Et donne seul un bonheur assuré.

Bientôt Adèle, au travail occupée, Orne avec soin sa docile poupée.

Sur ses devoirs lui fait un long discours. L'écoute ensuite , et, répondant toujours A son silence , elle gronde et pardonne , La gronde encore, et sagement lui donne Tous les avis qu'elle-même a reçus , En ajoutant : Surtout ne mentez plus.

Un bruit soudain la trouble et l'intimide, Son jeune fi ère , écuyer intrépide , Caracolant sur un léger bâton ,

Avee fracas Iravei-se le salon Qui retentit de sa course rapide.

A cet aspect, dans les yeux de sa sœur L'étonnemcat se mêle à la tendresse.

Du cavalier elle admire l'adresse; Et sa raison condamne avec douceur Ce jeu nouveau , qui peut être funeste. Vaine leçon I il rit de sa frayeur; Des pieds, des mains, de la voix et du geste. De sou coursier il hâte la lenteur.

Mais le tambour au loin s'est fait entendre : D'un cri de joie 'I ne peut se défendre. Il voit passer les poudreux escadrons ; De la trompette et des aigres clairons Le son guerrier l'anime ; il veut descendre. Il veut combattre; il s'arme, il est armé. Un chapeau rond surmonté d'un panache Couvre à demi son front plus enflammé; A son côté fièrement il attache Le buis paisible en sabre transformé; Il va partir; mais Adèle tremblanle.

Courant à lui , le retient dans ses bras. Verse des pleurs, et ne lui permet pas De se ranger sous l'enseigne flottante.

De l'amitié le langage touchant Fléchit enfin ce courage rebelle ; Il se desarme, il s'assied auprès d'elle, Et pour lui plaire il redevient enfant. A tous leurs jeux Céline est attentive , Et lit déjà dans leur âme naï\e Les passions, les goùls et le destin Que leur réserve un avenir lointain.

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