‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 117 sur 174 · AN III · texte numérisé non relu

AN III

liiez. , riez, Hiauv?.is plaisans , Des coureurs de messes nouvelles, Des gens à culte, des marchands, Au dimanche toujours fidèles !

Par un seul mot on vous répond; Par un miracle on vous confond :

Miracle des plus authentiques, Des mieux faits, tout frais advenu , Et (jue cent témoins vcridiques En plein jour de leurs yeux ont vu.

Déjà dans Paris il circule.

De saints prêtres l'ont raconté, Des amateurs Tout colporté , Et la vieille la moins crédule A -son voisin l'a répété.

Par ses cochons Troye est fameuse ; Dans cette ville trop heureuse, Les Apôtres, depuis les Goths, Possesseurs de la cathédrale, Taillés en pierre, grands et beaux,

^ ]\ï:î; LANGES.

Édifiaient l'œil des dévots Par leur stature colossale.

Ce digne ouvrage des chrétiens Aux savans rappelait sans cesse Le cheval de bois dont la Grèce Fit présent à d'autres Troyeas.

Un fou , notre France en est pleine , De la République acheta Cette apostolique douzaine.

Qu'il eût mieux fait de laisser là.

Il repétait : « Vous êtes pierre, Et ce sera sur cette pierre Qp.e je bâtirai ma maison. »

tii effet cet homme peu sage Sur nos saints bàlit sans façon Un édifice à triple étage.

Aucun revers il ne prévoit.

Dans une confiance entière Sa main coupable sur le toit Attachait l'ardoise dernière ; Aloii arrive le décret Qui des messes long-temps bannies, Du salut, et des litanies Tolère le retour discret.

Cent bouches soudain le répandent, Et nos Saints enfouis Tentaident.

« Ma patience était à bout , "^ 't Pierre ; allons , debout , debout ! Toix leur donne du courage , .1 ciment chacun se dégage, herche ses jambes et ses bras , Sviî f'-ouî carré , ses cheveux plats ,. Surtout sa mitre épîscopale, Reprend ses membros et son bien ^ Laisse la maison sans soutien, El retourne à la cathédrale.

L'édifi«e croule aussitôt.

Voilà notre acquéreur bien sot , Bien ruiuë, disaut à d'autres, Qui sur l'Église ont des projets :

« Hélas! croyez aux douze apôtres , El ne les acheté:: jamais. »

LES AGPiÉMENS DU CULTE.

J'aime le culte ; la malice En vain s'égaie à ses dépens ; Au culte je rendrai justice; Ses avantages sont frappant.

D'abord il faut songer aux belles.

Or dans quels lieux, ayant dîné, Nos merveilleuses pourront-elles Montrer ces parures nouvelles Qu'adopte un luxe ruiné, Et ces modes parisiennes Soi-disant grecques et romaines?

De l'Italien boulevart L'heure est si toin! C'est sur le tard Que ce troupeau doit y p-n-aître, Entassé , non pas au hasard ; Bien foulé, cherchant bien à l'être.

Du soir voilà l'amusement.

Mais le matin chez soi que faire ?

L'église à leur désœuvrement Ouvre un rendez-vous nécessaire.

Du culte premier agrément.

Voyez ce jeune homme femelle , Voyez ce fat en cheveux blaacs , Sur une cravate rebelle

6() ,AIi-:LA.\GES.

Exercer Itiirs nobles talens.

î.'ouvrage en deux heures s'achève :

Par eux vaincu, le blanc linon De ses plis couvre leur menton, Et jusqu'à leur bouche s'élève.

Leur teint d'un carmin délicat Emprunte le timide éclat ; Pour mieux assurer leurs conquêtes, Ils ont pris leur habit carré, Et ce maintien évaporé Fatal aux féminines tètes :

Les voilà [rets; mais quel tourment!

Jusqu'au soir faudra-t-il attendre?

Ouvrez l'église, ils vont s'y rendre.

Du culte second agrément.

Le pain est rare. Quelques femmes Dont la vieillesse aigrit l'humeur.

Lasses d'une vaine clameur, A leurs corps préférant leurs âmes, A la messe iront quelquefois.

Et nous y gagnerons, je. crois.

La blanche et salutaire hostie, Qu'elles croqueront saintement, Trompera leur faim amortie.

Du culie troisièriie agrément.

Les marchands , zélés catholiques.

Du vieux dimanche observateurs, Et de la grand'messe amateurs , Ile jour-là ferment leurs boutiques :

Ce jour-là donc, point de voleurs.

Rançonnés pendant la semaiue, Le dimanche certainement Est pour nous une heureuse aubaine.

Du culte nouvel agrément.

Des vendredis el du carême li faui reprendre le système.

Le maigre échauffe, c'est un fail; Et réchauffement, comme oa sait.

Fait plus d'enfans que TAmour oiêrae.

C'est aux légumes , au poisson , Que votre horde monastique A dû sa vertu prolifique, Et son incroyable renom.

Ou va de nouveau les prescrire ; Et le vendredi , qui veut dire Jour de Venus , {)robablement Méritera ce nom charmant.

Du culte cinquième agrément.

Le ridicule et la sottise,

A mon avis, sont précieux ;

L'on s'ennuirail beaucoup sans eux.

De leur mère la sainte Église

'^ous rirez sans ménagement.

Or le rire, dit Hippocrate ,

Épanouit i'àme et la rrte.

Du culte sixième agrément.

Le culte nous est donc utile; Du culte l'abus est facile; Au culte ses temples rouvrons; Que les lois surveillent le culte; O culte ! ne fais i ien d'occulte , Et du culte nous jouirons , El de tout culte nous rirons.

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