RÉTRACTATION
Grande alarme au bas du Parnasse î Pour les poètes quel revers !
Ils chantent; le dieu de la Thrace, Vainqueur rapide, échappe aux vers Qui volent en vaiu sur sa trace ; Vénus même, se ravissant, Refuse un encens inodore; Le tumulte , au Pinde creissant , Gagne l'Olympe, et croît encore.
L'ignorante et fière Junon Élève une voix indiscrète ; Jupiter prend un autre ton :
« Eh hien donc au peuple poète Passons un peu de déraison; Mais pour lui poiut de préférence; J'étends plus loin mon indulgence :
Dans les combats , chez Apollon , Même à Paphos, l'intention Pour le fait sera re'putée. ^> Le bon Vulcain cria bravo , Sur notre terre on fit l'écho , Et ma boutade est rétractée.
REPONSE
Comme un autre j. suis Français; Mais toujours on doit au Paruasse Craindre les conseils de l'audace , Et le poids des vastes sujets.
Mes rimes sont chose légère; Quoique Fiançais, je sais me taire.
Sans doute de Napoléon Il est sonore le grand nom ; Mais il faut la voix d'un Homère, Il faut une Iliade entière Auxcoiubats, aux lauriers épars
es MELANGES.
De ce favori de la Gloire, Qui, donnant des ailes à Mars, De pleurs exempte la Victoire; Qui, «îur des monceaux d'étendards, Debout et promettant l'olive.
Aux yeux de l'Europe craintive Devient le César des Césars.
D'un héros que Toeil suit à peine, Quel poète, sans perdre haleine.
Peut prendre le vol menaçant , Et de Boulogne s'élançaut , Comme un foudre tomber sur Vienne?
Elle enivre , l'eau d'Hippocrène; Buvons avec sobriété :
La poétique vanité Des vanités est la plus vaine.
Mes amis, l'aiqle audacieux.
Souriant au faible ramage Des faibles chantres du bocage , S'élève et plane dans les cieux.