LE PRIX
A MADAME A:îTCINETTE GAMOT. *
« Quelle e.;t la femme dans Paris La plus digne d'un pur hommage,
* Belle-sœur du maréchal Ney, aujourd'hui in*rit'e au général de LaviUe.
Et qui , toujours aimable et sagt\ Sur son sexe obtiendrait le prix, Si ce doux prix était d'usage ? »
Ainsi le puissant Obérou, iJes aylpbes le premier, dit-on , Parlait à ses quatre confrèpes , Qui sur notre ingrate cité, Où leur nom n'est plus répété , Étendent leurs soins tutélaires.
« Celle que je couronnerais , Dit l'un d'eus, sévère pour elle.
Fuirait cette palme nouvelle.
La douceur est dans tous ses traits.
Elle a reçu de la l>fature Cette grâce, noble parure Que l'art jaloux n'imite pas.
Son rire n'a jamais d'éclats.
Des beaux- arts amante timide,
Dans l'âge encore où des plaisirs Son sexe léger est avide , Loin d'un monde bruyant et vide ^ Elle se fait d'heureux loisirs.
Ses discours, au bon goût fidèles.
N'ont point de vaine ambition :
Mais son imagination
A la raison donne des ailes. »
Le second s'exprime en ces mots :
« Je peuse qu'à votre suffrage
Une autre a des litres égaux.
A ses enfans elle partage
Son amour, ses soins , son repos.
Sur leurs penchans , qu'elle redresse.
Veille incessamment sa tendresse.
Son exemple éloquent instruit
Leur cœur et leur raison no\ice
Mais , étran-^ère à l'artilice,
Pour eux elle redoute et fuit Ces éclairs d'un esprit factice ,
Qui souvent présageul la nuit. »
Obérou gardait le silence. ,,^-, h
« Une autre encore à votre choix^ .
Dit le troisième, aurait des drcits. - De l'amitié sa bienveillance Exagère les douces lois.
Par leur sort qui change et varie , Ses amis tourmentent sa vie.
Elle adopte tous leurs destins ; Pour eux elle craint, elle espère ; Et , quand se lève un jour prospère , Prévoit des orares lointaius.
O combien cet .;..cès l'honore!
Elle gémit sur leurs malheurs; Mais le temps a séché leurs pleurs, Lorsque les siens coulent encore.
Un autre, disait le dernier, Présente un modèle aussi rare.
Le Destin pour elle est avare De la santé, ce bien premier Dont jamais rien ne dédommage, Surtout dans le printemps de l'âge, Que seul il ferait envier.
Sans soins pour elle et sans alarmes, Sa souffrance est calme toujours :
C'est pour d'autres qu'elle a des larmes Des plaintes, de louchans discours.
Sa voix douce et pure console ; Son sourire est une leçon ; Ce monde si froid, si frivole, Sur sa bouche aime la raison.
Ainsi la rose bienfaisante Que battent les vents importuns, l'enchant sa tcîe languissante.
BIELANGES, 93
Exhale cncor ses doux parfums. »
« A fss femmes, dit le Génie , Jl f. ■■'>-it un prix glorieux, jui : que l'Équité publie
Lear emple si précieux.
0i$T4-jr -^^reuei ce soin; et qu'un poète, Expiant de vaines chansons, Dans ses vers proclame leurs noms. »
Tous répondent : C'est Antoinette . »
A YSABEY,