‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 168 sur 174 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Je vais chanter... Non , messieurs; je me trompe : Ce vieux début a pour moi trop de pompe ; Je vais siffler sur un air de Handel , Quelques héros de l'antique Angleterre , Leur souverain , son audace guerrière.

Et de ses fils le laurier immortel.

Approchez donc , déesse de mémoire :

Vous eu manquez souvent , et de l'histuirc '

En maint endroit le texte est effacé;

Mais le présent nous dira le passé ;

Vous qui savez qu'un long sommeil paisibl» Rend à l'amour une heureuse vigueur, Et qu'au réveil l'époux le moins sensible Des doux désirs retrouve la chaleur, Plaignez Harold , surtout plaignez Gizène. 'Ouvrant les yeux, ce roi dit à sa reine : "Goddam! » Tout bas la reine dit au roi : «• Pourquoi jurer? li vaudrait mieux...— Pourquoi -^ C'est qu'en jurant la bile s'évapore.

— Vous en avez? — Beaucoup; j'ai mal dormi. ■ — Et moi trop bien : il fallait , mon ami...

— Guerre aux Français ! guerre mortelle ! — Encore.^ Et les traités? — Nous les avons rompus.

— Déjà — ?Trop tard. — A peine ils sont conclus^ On va d'impôts écraser le royaume.

— John Bull * paîra. — Que nous ont fait Guillaume Et ses Normands? — Ne sont-ils pas Français?

— Et nous, monsieur, nous sommes trop Anglais.

* Jean Bœuf, le peuple.

4m GODDAM!

Au loin noire or va soudoyer les crimes ,

Les vils complots et la rébellion;

Nos alliés deviennent nos viclinies;

Rien n'est sacré pour notre ambition...

— Je veux les mers; je les veux sans partage,

—Vous battrez-vous? — Fi donc! j'ai du courage,

IVlais je suis roi : je compte sur mes llls.

Ils laisseront la taverne et la chasse;

Et je prendrai, si j'en crois leur audace ,

Bordeaux, Dijon, Reims, et même Paris.

— Tâchons plutôt de l'ester où nous sommes.

Guillaume est jeune, intrépide. — Il ne peut

Franchir nos mers. — Il peut tout ce qu'il veuf.

— J'en conviendrai; ces Français sont des hommes

Expéditifs ; peint de momeus perdus.

— Vous étiez homme aussi. — N'en parlons pkis.»

Après ces mots, qu'en bâillant il achève. Le grand Harold pompeusement se lève; Signe trois bills, rit avec ses valets , Et d'une chasse ordonne les apprêts.

Mais Inepton, son chancelier fidèle, Triste, s'avance. « Eh bien , quelle nouvelle.^ Lui dit le roi. — Sire un conseil secret Est convoqué. — Qu'il attende; je chasse. — Il est urgent , Guillaume vous menace, Et d'une attaque il montre îe projet; Ses ports sont pleins. — Quel excès d'insolence! Vite, au conseil! exterminons la France. » ^

Pâle de peur , et de jactance enflé , L'aréopage est déjà ra.ssemblé.

Environnés de nuages humides, Sur lui planaient les Gnomes et Gnomides Dont il chérit le pouvoir prolecteur.

L'adroit Robbing*, Cheat**, sa fidèle sœur, * Vol. **- Fourberie.

GODDAINI! -l'jl

L'insoleut Pride*, et Flilh**|.vûniple et légère, Souvent ulile aux braves d'Angleterre, D'autres encor chargés d'emplois divers , Et dont les noms fatigueraient mes vers. Les fils du roi, Cambrid , Erland , Ansclare , Tenk , et Dolpha , de ce conseil bizarre Sont les Sully : Kyor, l'aîné de tous , Ambitieux sous un air sage et doux î Partit la veille , et rassemble l'armée. Sa majesté, de courroux enflammée , Entre au conseil en s'écriant ; «Je veux... Je ne veux rien ; délibérez ; j'écoute.

ANSCLARE.

Vos ennemis vous menacent : chez eux U faut porter le ravage. ^^

LE Ror.

Sans doute.

ANSCLARE.

Confie^-moi deux cents vaisseaux.

ANSCLARE.

J'embarquerai, j'armerai ces Français De leur pays bannis par l'injustice, Et que nourrit votre bonté propice.

LE ROI

Oui; leur aspect fatigue mes sujets.

CAMBRID.

A mes talens confiez la milice.

LE ROI

Va l'inspecter, et que Dieu la bénisse.

TENK,

Sire , il est temps que je sois général.

* Orgueil. ** Fuite.

Prends-les.

iri2 OODDAM !

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