‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 26 sur 174 · RETOUR A ÉLÉONORE · texte numérisé non relu

RETOUR A ÉLÉONORE

AL ! si jamais on aima sur la terie.

Si d'un mortel on vit les dieux jaloux , C'est dans le temps où, crédule et sincère, J'étais heureux, et l'étais avec vous.

Ce doux lien n'avait point de modèle : Moins tendrement le frère aime sa sœur, Le jeune époux son épouse nouvelle, L'ami sensible un ami de son cœur.

O toi, qui fus ma maîtresse fidèle, Tu ne l'es plus ! Voilà donc ces amours

Que la promesse éternisait d'avance!

Ils so-nt passés; déjà ton inconstance Eu tristes nuits a changé mes beaux jours. N'est-ce pas moi de qui l'heureuse adresse Aux voluptés instruisit ta jeunesse.^ Pour le donner, ton cœur est-il à toi ? De ses soupirs le premier fut pour moi. Et je reçus ta première promesse.

Tu me disais: « Le devoir et l'honneur Ne veulent point que je sois votre amante. N'espérez rien: si je donnais mon cœur, Vous tromperiez ma jeunesse iînprudente : On n>e l'a dit, votre sexe est trompeur. « Ainsi parlait ta sagesse craintive; Et cependant tu ne me fuyrïspas; Et cependant une rougeur plus vive Embellissait tes modestes appas; Et cependant tu prononçais sans cesse Le mot d'amour qui causait ton effroi ; Et dans ma main la tienne avec mollesse Venait tomber pour demander ma foi.

Je la donnai, je te la donce encore.

J'en fais serment au seul dieu que j'adore, Au dieu chéri par toi-même adoré; De tes erreurs j'ai causé la première; De mes erreurs tu seras la dernière.

Et si jamais ton amant égaré Pouvait changer, s'il voyait sur la terre D'autre bonheur que celui de te plaire, Ah! puisse alors le ciel, pour me punir, De tes faveurs m'ôter le souvenir !

Bientôt après, dans ta paisible couche Par le plaisir conduit furtivement.

J'ai malgré toi recueilli de ta bouche C'e premier cri si doux pour un amant;

Ta combattais, timide Éléouore; Mais le combat fut bientôt terminé; Ton cœur ainsi te l'avait ordonné.

Ta main pourtant me refusait encore Ce que ton cœur m'a«vait déjà donné.

Tu sais alors coml)ien }e fus coupable! Tu sais comment j'étonnai ta pudeur !

Avec quels soins au terme du bonheur Je conduisis ton ignorance aimable!

Tu souriais, tu pleurais à la fois; Tu m'arrêtais dans mon impatience; Tu me nommais, tu gardais le silence : Dans les baisers mourut ta faible voix. Rappelle-toi nos heureuses folies.

Tu me disais en tombant dans mes bras : Aimons toujours, aimons jusqu'au trépas.

Tu le disais! je t'aime, et tu a. oublies.

Xî. PALIiNODiE.

Jadis, trahi par ma maîtresse^

J'osai calomnier l'Amour;

J'ai dit qu'à ses plaisirs d'un jour

Succède un siècle de tristesse.

Alors , dans un accès d'humeur,

Je voulus prêcher l'inconstaucc.

J'étais démenti par mou cœur;

L'esprit seul a commis l'offense.

Une amante m'avait quitté;

Ma douleur s'en \ rit aux amantes.

Pour consoler ma vanité,

J« les crus toutes inconstantes.

POESIES ÉROTlQl>E* Le dépit m'avait égaré.

Loin de moi le plus grand des crimes , Celui de noircir par mes rimes Un sexe toujours adore, Que l'amour a fait notre maître, Qui seul peut donner le bonheur, Qui sans notre exemple peut-être N'aurait jamais été trompeur.

Malheur à toi, lyre fidèle, Où j'ai modulé tous mes airs.

Si jamais un seul de mes vers Avait offensé quelque belle !

Sexe léger, sexe charmant , Vos défauts sont votre parure.

Remerciez bien la nature, Qui vous ébaucha seulement, Sa main bizarre et favorable Tous orue mieux que tous vos soins; Et vous plairiez peut-être moins Si vous étiez toujours aimable.

LE RAGGOxMMODEMENT

Nous renaissons, ma chère Éléonore; Car c'est mourir que de cesser d'aimer. Puisse le nœud qui vient de se former Avec le temps se resserrer encore !

Devions-nous croire à ce bruit imposteur Qui nous peignit l'un à l'autre infidèle ? Notre imprudence a fait notre malheur Je te revois plus constante et plus bell'^.

Règuesurmoi; mais règne pour toujour-s.

Jouis en paix de l'heureux don de plaire. Que notre vie, obscure et solitaire, Coule en secret sous l'aile des Amours; Comme un ruisseau qui, murmurant à peine. Et dans son lit resserrant tous ses flots, Cherche avec soin l'ombre des arbrisseaux, Et n'ose pas se montrer dans la plaine. Du vrai bonheur les «entiers peu connus Nous cacheront aux regards de l'envie; Et l'on dira, quand nous ne serons plus, Ils ont aimé, voilà toute leur vie.

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