ÉGLOGUE
Hier Nicetle , Sous des bosquets Sombres et frais, Marchait seulette.
Elle s'assit Au bord de l'onde.
Claire et profonde , Deux fois s'y vit Jeune et mignonne.
Et la friponne Deux fois sourit.
De l'imprudente La voix brillante Osait chanter Et répéter
POESIES EROTIQUES. ^ii
Chanson menteuse Contre Famour, Contre l'amour Qui doit un jour La rendre heureu&c.
Le long du bois Je fais silence, Et je m'avance Eu tapinois; Puis je m'arrête ; Et sur sa tête Faisant soudain Pleuvoir les roses, Qui sous ma main S'offraient écloses :
« Salut à vous , Mon inhumaine, N'ayez courroux Qu'on vous surprenne.
A vos chansons Nous vous prenons Pour Philomèle.
Aussi bien qu'elle Vous cadenciez, Ma toute belle ; Mais mieux feriez , Si vous aimiez Aussi bien qu'elle. >•
— « J'ai quatorze ans , Répond Nicette; Suis trc'p jeunette Pour les amans. »
— Crois-moi, ma chère; Quand ov, sait plaire, Ou peut aimer.
Plaire, cliaimer.
16 rOÉSIES EROTIQUES,
Surtout aimer, Cest le partage, C'est le savoir Et le devoir Du premier âge. »
— Oui; mais cet âge, Do moins chez vous , Est dans ses goûts Toujours volage.
Sur un buisson Le papillon Voit-il la rose.
Il s'y repose.
Est-il heureux.
Amant frivole.
Soudain il vole A d'autres jeux.
Mais la pauvrette, .
Seule et muette, Ne peut voler... »
Ici la belle Voulait parler Pour désoler Mon cœur fidèle ; Mais un soupir Vint la trahir.
Et du plaisir Fut le présage.
Le lieu , le temps , L'épais feuillage , Gazons naissans A notr? usage; Doux embarras D'une pucelle Qui ne sait pas Ge qu'oii v«ut d'elle,
Et dont le cœur Tous bas implore Certain bonheur Que sa pudeur Redoute encore , Tout en secret Pressait Nicette; A sa défaite Tout conspirait.
Elle s'offense, Gronde et rougit, Puis s'adoucit, Puis recommence, Pleure et gémit , Se tait, succombe.
Chancelle et tombe.,,.
En rougissant Elle se lève, Sur moi soulève Un œil mourant , Et', me serrant Avec tendresse.
Dit : « Fais serment D'aimer sans cesse.
Que nos amours Ne s'affaiblissent ? t ne finissent Qu'avec nos jours ! »