‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 41 sur 174 · ELEGIE II · texte numérisé non relu

ELEGIE II

C'en est donc fait! par des tyrans cruels, Malgré ses pleurs à l'autel entraînée, Elle a subi le joug de l'hyménée.

Elle a détruit par des nœuds solennels Les nœuds secrets qui l'avaient enchaînée.

Et moi , long- temps exilé de ces lieux, Pour adoucir cette absence cruelle , Je me disais : Elle sera fidèle; J'en crois son cœur et ses derniers adieux.

Dans cet espoir j'arrivais sans alarmes. Je tressaillais en a^-rêtant mes yeux Sur le séjour qui cachait tant de charmes, El le plaisir faisait couler mes larmes. Je payai cher ce plaisir imposteur ! Prêt à voler aux pieds de mon amante , Dans un billet tracé par l'inconstante Jfi lis son crime , et je lis mon malheur. Un coup de foudre eût été moins terrible. Éléonore! ô dieux! est-il possible !

Il est donc fait et prononcé par toi L'affreux serment de n'être plus à moi : Eléonore autrefois si timide , Éléonore aujourd'hui si perfide , De tant de soins voilà donc le retour ! Voilà le prix d'un éternel amour !

Car ne crois pas que jamais je t'oublie : Il n'est plus temps, je le voudrais en vain; Et malgré toi tu feras mou destiu , Je te devrai le malheur de ma vie.

En avouant ta noire trahison ,

Tu veux encor m'arracher ton pardon :

Pour l'obtenir, tu dis que mon absence

A tes tyrans te livra sans défense.

Ah ! si les miens , abusant de leurs droits ,

Avaient voulu me contraindre au parjure,

Et m'enchaîner sans consulter mon choix,

L'amour, plus saint , plus fort que la nature,

Aurait bravé leur injuste pouvoir;

De la constance il m'eût fait un devoir.

Mais ta prière est un ordre suprême :

Trompé par toi, rejeté de tes bras.

Je te pardonne, et je ne me plains pas :

Puisse ton cœur te pardonner de même !

ÉLÉGIE m.

Bel arbre, pourquoi conserver

Ces deux noms qu'une main trop obère

Sur ton écorce solitaire

Voulut elle-même graver ?

Ne parle plus d'Éléonore;

Rejette ces cbiffres menteurs :

Le temps a désuni les cœurs

Que ton écorre unit encore.

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