PRIÈRES AU SOMMEIL
J'en ai l'heureuse promesse :
Vers le milieu de la nuit, L'Amour m'ouvrira saus bruit L'alcôve de ma maîtresse.
Garde-toi , dieu du repos , De tromper ma douce attente; Sur les yeux de mon amante Ne verse point tes pavots.
Notre heure est bien loin encore , Ta le temps qu'en vain j'implore Ne vient pour nous qu'à pas lents. Ah ! je crains qu'avec adresse , Ta douceur enchanteresse Ne surprenne enfin ses sens, Et n'endorme sa tendress&.
Pour occuper ses loisirs, Qu'une aimable rêverie Donne à son âme attendrie L'avant-goût de nos plaisirs.
Toujours prompte à disparaître , La jouissance est peut-être Moins douce que les désirs.
A iMONSIEUR DE F.
Je croyais qu'avec l'inûdèle Tous mes liens étaient rompus :
Mou cœur ne m'en reparlait plus-:
De loin je la trouvais moins belle.
Doux espoir trop tôt dissipé!
Elle a souri , je l'aime encore.
L'inconstante ! elle m'a trompe , Elle me trompe, et je l'adore.
Épargne-toi de vains discours ; Va , j'entrevois mienx que personne Le mensonge de ses amours.
Et des plaisirs qu'elle me donne;
«2 POÉSIES EPvOTIQUES.
Ma raison l'accuse toujours , Et toujours mon cœur lui pardonne.
Ce cœur qu'elle a trop méconnu^ Ce cœur pour elle prévcuu, Doute eiicor de son inconstance.
Hier, après deux mois d'absence.
Elle reparut dans ces lieux :
J'ai mal évité sa présence, Je l'ai vue : ô moment heureux 1 Sur ses lèvres et dans ses yeux J'ai cru lire son innocence.
Tu ris de ma crédulité; Mais du soin de ma liberté En vain Ion ami lié s'occupe; Le dieu qui la fit pour charmer , M'avait, fait pour toujours l'aimer, Et pour être toujours sa dupe.