‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 56 sur 174 · IL FAUT AIMER · texte numérisé non relu

IL FAUT AIMER

Vous qui de l'amoureuse ivresse

Fuyez la loi , Approchez-vous, belle jeunesse,

Ecoulez-raoi.

Votre cœur a beau se défendre

De s'enflammer ; Le moment vient, il faut se rendre,

Il faut aimer.

Hier, au bois, ma chère Anne lie

Prenait le frais :

Elle chantait sur sa musette ,

]>f'ainîons jamais.

M'approchant alors par derrière

Sans me nommer.

Je dis : vous vous trompez, ma clière,

Il faut aimer.

En rougissant la pastourelle

Me répondit :

D'amour la flèche est trop cruelle ,

On me l'a dit.

A treize ans le cœur est trop tendre

Pour s'enflammer :

C'est à vingt ans qu'il faut attendre

Pour mieux aimer.

Lors je lui dis : La beauté passe

Comme une fleur; Uugoiifne, bien souvent,

Dans sa fraîcheur; îlien ne peut, quand elle est flétrie,

La ranimer :

C'est quand on est jeune et jolie

Qu'il faut aimer.

Belle amie, à si douce atteinte

Cédez un peu :

Cet amour dont vous avez crainte

N'est rien qu'un jeu.

Annette soupire et commence

A s'alarmer.

Mais ses yeux avaient dit d'avance.

Il faut aimer.

L'air était frais, l'instant propice ,

Le bois touffu, Annette fuit, le pied lui glissé

Tout est perdu.

L'Amour, la couvrant de son aile,

Sut l'animer Hélas! je vois trop, lui dit-elle.

Qu'il faut aimer.

Les oiseaux, témoins de l'affaire,

Se baisaient mieux; L'onde, plus tard qu'à lordinaiTe,

Quittait ces lieux; Les roses s'empressaient d'éc'ore

Pour eml)aumer, El l'écho répétait encore,

Il faut aimer.

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