IL FAUT AIMER
Vous qui de l'amoureuse ivresse
Fuyez la loi , Approchez-vous, belle jeunesse,
Ecoulez-raoi.
Votre cœur a beau se défendre
De s'enflammer ; Le moment vient, il faut se rendre,
Il faut aimer.
Hier, au bois, ma chère Anne lie
Prenait le frais :
Elle chantait sur sa musette ,
]>f'ainîons jamais.
M'approchant alors par derrière
Sans me nommer.
Je dis : vous vous trompez, ma clière,
Il faut aimer.
En rougissant la pastourelle
Me répondit :
D'amour la flèche est trop cruelle ,
On me l'a dit.
A treize ans le cœur est trop tendre
Pour s'enflammer :
C'est à vingt ans qu'il faut attendre
Pour mieux aimer.
Lors je lui dis : La beauté passe
Comme une fleur; Uugoiifne, bien souvent,
Dans sa fraîcheur; îlien ne peut, quand elle est flétrie,
La ranimer :
C'est quand on est jeune et jolie
Qu'il faut aimer.
Belle amie, à si douce atteinte
Cédez un peu :
Cet amour dont vous avez crainte
N'est rien qu'un jeu.
Annette soupire et commence
A s'alarmer.
Mais ses yeux avaient dit d'avance.
Il faut aimer.
L'air était frais, l'instant propice ,
Le bois touffu, Annette fuit, le pied lui glissé
Tout est perdu.
L'Amour, la couvrant de son aile,
Sut l'animer Hélas! je vois trop, lui dit-elle.
Qu'il faut aimer.
Les oiseaux, témoins de l'affaire,
Se baisaient mieux; L'onde, plus tard qu'à lordinaiTe,
Quittait ces lieux; Les roses s'empressaient d'éc'ore
Pour eml)aumer, El l'écho répétait encore,
Il faut aimer.