ÉPILOGUE
C'était ainsi qne ma muse autrefois,
Fuyaut la ville et cherchant la nature,
De l'âge d'or retraçait la peinture.
Et s'égarait sous l'ombrage des bois.
Pour y chanter, je reprenais encore
Ce luth facile, oublié de nos jours,
Et qui jadis dans la main des Amours
Fit résonner le nom d'Éléonore.
Mon cœur naïf, mon cœur simple et trompé,
N'ayant alors que les goûts de l'enfance,
A tous les cœurs prêtait son innocence.
Ce rêve heureux s'est bientôt dissipé.
D'un doigt léger pour moi la Parque file
LA JOURNÉE CHAMPÊTRE. Ma
Depuis viugt ans de cinq autres suivis ; La Raison vient, j'entrevois les Ennuis Qui sur ses pas arrivent à la file.
Mes plus beanx jours sont donc évanouia ! Illusions, qui trompez la jeunesse, Amours najfs, transports, première ivresse. Ah! revenez. Mais hélas! je vous perds; Et sur le luth mes mains appesanties Veulent enfin former de nouveaux airs.
Il n'est qu'un temps pour les douces folies; Il n'est qu'un temps pour les aimables vers.
LES FLKURS
Vous t4-oinpiez doue un amaut cnspressé.
Et c'est en vain que vous m'aviez laissé
D'un pr«mpt retour l'es^iérauce flalt^-u»-»-.?
De nouveaux soins vous fixent dans vos bois.
De cette absence, hélas! trop douloureuse,
Vos écrits seuls me consolent parfois :
Je le^ relis, c'est ma plus douce éiude.
N'en doutez point, dès les premiers beaux juui
Porté soudain sur l'aile des Amours,
Je paraîtrai dans votre solitude.
Seiile «t tranquille à l'ombre des berceaox,
Vous me vantez les ciiarines du repos,
Et les douceurs d'une sage moile.'se;
Vous les goîitt/: aussi votre paresse
D\\ soin des fleurs s'occupe uniquement.
Ce doux travail plairait à votre amant;
Flore est si belle, et surtout au village !
Fixez chez vous cette beauté volage-
Mais ses faveurs ne se donnant jamais;
Achetez donc, et payez ses bienfaits.
Des Aquilons connaissez l'influeuce,
lii de Phœbé mépri ez la puissance.
On vit jadis nos timides aïeux
L''nterroger d'un regard curieux;
]Vlais aujourd'iîui la sage Expérience
A détro^^pé )e crédule mortel.
Sur nos jardins Phœbé n'a plus d'empire.
De son rival l'empire est plus réel :
C'est par lui seul que tout vit et respire;
Et le parterre où vont naître vos fleurs
Dos recevoir ses ravons créateurs.
. LESri^EtJRS. lia
î>u triste liiver Flore craint la présence ; C est au printemps que son règne coinniénce. Voyez-vous naître un jour calme et serein ? Semez alors, et soyez attentive ; Cpr du Zépliir le souffle à voire main Peut dérober la i:;raine fugitive.
De sa boulé Teau doit vous a-ssurer.
En la noyant, celle qui, trop légère, Dans le cristal ne pourra pénétrer.
Sans y germer, vieillirait sous la terre.
L'oguon préfère un sol épais et gras ; Un sol léger suffît à îa semence ; Couliez-lui votre douce espérance , Et de vos fleurs les germes délicats.
Mais n'allez noint sur la graine élouiKe Accumuler un trop pesant fardeau ; Et, sans tarder, arrosez-la d'une eau Par le soleil constamment échauffée.
Craignez surtout que l'onde en ua moment N'entraîne au loin !a graine submergée.
Pour l'arrêter qu'une paille allongée D'un nouveau toit la couvre également.
Par ce moyen vous pourrez aisément Tromper l'effort des Aquilons rapides , Et de l'oiseau les recherches avides.
N'osez jamais d'une indiscrète main •
Toucher la fleur, ni profaner le sein
Que cliaqu.; aurore humecte de ses larmes ;
Le doigt ternit la fraîcheur de ses charmes,
Et leur fait perdrez iw. tendre velouté,
Signe chéri de la %irginité.
Au souffle heureux du jeune époux de Flore
Le bo\itoU fiais s'empressera d'cclore ,
El d'exhaler ses plus douces odeurs :
Zéjdiyre seul doit caresser les fleurs.
Le tendre amant embellit ce qu'il touche. Témoin ce jour où le premier haiser Fut toul-à-coùp déposé sur ta bouche.
ITu feu qu'en vain tu voulais apaiser Te colora d'une rougeur nouvelle; Mes yeuv jamais ne te virent si belle. Mais qu'ai-je dit.^ devrais-je à mes leçons Des voluptés entremêler l'image?
Réservons la pour de simples chansons , Et que mon vers désormais s-)it plus sage.
De chaque fleur connaissez les besoins.
Il est des plants dont la délicatesse De jour en jour exige plus de soins.
Aux vents cruels dérobez leur faiblesse; Un froid léger leur donnerait la mort.
Qu'un mur épais les défende du nord; Et de terreau qu'une couche dressée Sous cet abri soit pour eux engraissée. Obtenez-leur les regards bienfaisans Du dieu chéri qui verse la lumière.
J'aime surlout que ses rayons naissans Tombent sur eux ; mais par un toit de verre De ses rayons modérez la chaleur; Un seul suffit pour dessécher la fleur. Dans ces prisons retenez son enfance, Jusqu'au moment de son adolescence.
Quand vous verrez la tige s'élever, Et se couvrir d'une feuille nouvelle!
Permettez-lui quelquefois de braver Les Aquilons moins à craindre pour elle. Mais couvrez-la quand le soleil s'enfuit. Craignez toujours le souffle de la nuit. Et les vapeurs de la terre exhalées; Craignez le froid tout-à-roc.p reproduit,
El du prinptemps les tardives gelées.
Malgré ces soins , parfois l'on voit jaunir Des jeunes fleurs la tige languissante.
Un mal secret sans doute la tourmente ; La mort va suivre, il faut la prévenir. D'un doigt prudent découvrez la racine; De sa langueur recherchez l'origine; Et, sans pitié, coupez avec le fer L'endroit malade ou blessé par le ver.
De cette fleur l'enfance passagère De notre enfance est le vivant tableau. J'y vois les soins qu'un iils coûte à sa mète, Et les dangers qui souvent du berceau Le font passer dans la nuit du tombeau. Mais quelquefois la plus sage culture Ne j)cut changer ce qu'a fait la Nature, Ni triompher d'un vice enraciné.
Ce fils ingrat, en avançant en âge, Trompe souvent l'espoir qu'il a donné ; Ou, par la mort tout-à-coup moissonné.
Avant le temps il voit le noir rivage. Souvent aussi l'objet de votre amour, La tendre fleur se flétrit sans retour. Parfois les flots versés pendant l'orage Dans vos jardins porteront le ravage, Et sans pitié l'Aquilon furieux Renversera leur trésor à vos yeux.
Mais quand d'Iris l'écharpe colorée S'arrondira sous la voûte des cieux , Quand vous verrez près de Flore éploréy Le papillon recommencer ses jeux , Sur leurs besoins interrogez vos plantes. Et réparez le ravage des eaux.
Avec un fil , sur de légers rameaux, Vous soîitiendrcz leurs titres chancelantes.
448 LESFLE(JK.S<
Ces liouvcaux. soius, partagés avec vous.
Amuseront mon oisive paresse.
Mais ces ti avaux , 6 ma jeune maîtresse ,
Seront mêlés à des travaux plus doux.
Vous m'entendez, el rougissez peut-être.
Le jour approche où nos jeux vont renaîlic.
Hât^z ce jour dé«<ré si long-lempï ,
Dieu du repos, dieu des plaisirs tranquilles,
Dieu méconnu dans l'enceinte des villes;
Fixez enfin mes désirs inconstans,
Et terminez ma recherche impi-jdenle.
Pour être heureux, il ne faut qu'une amante,
L'ombre àei bois, les fleurs et le printemps.
Printemps cliéri, doux matin de l'année,
Console-nous de l'ennui des hivers;
Reviens enfin , et Flore emprisonnée
Ta de HouTcau s'élever dans les airs.
Qu'avec plaisir je compte tes richesses!
Que ta présence a de charmes pour moi !
Puissent mes vers, aimables comme toi.
En les chantant te payer tes largesses!
Déjà Zéphyre annonce ton retour.
De ce retour modeste avant-courière,
Sar le gazon la tendre primevère
S'ouvre, et jaunit dès Is premier beau jour.
A ses côtés la blanche pâquerette
Fleurit sous l'herbe , et craint de s'élever.
Vous vous cachez, timide violette;
Mais c'est en vain ; le doigt sait vous trouver;
Il vous arrache à l'obscure retraite
Qui recelait vos appas inconnus ;
Et destinée aux boudoirs de Cy thère ,
Vous renaissei sur un trône de verre ,
Ou TOUS wourez sur le sein de Vénuiî.
L'Inde au1rd"oi« no«* doBiM» l'ané^notie
De nos jardins ornement printannier.
Que lous les ans , au retour de l'autonire. Un sol nouveau remplace le premier.
Et tous les ans la fleur reconnaissante Reparaîtra plus belle et plus brillante. HUe naquit des larmes que jadis Sur un amant Venus a répandues.
Larmes ù'amour, vous u'ètes point perdues ; Dans cette fleur je revois Adonis .
Dans la jacinthe un bel enfant respire ; J'y reconnais le fils de Piérus :
Il cherche encor les regards de Phébus ; Il craint encor le souffla de Zéphyre.
Des feux du jour évitant la chaleur.
Ici fleurit l'infortuné Narcisse.
Il a toujours conservé la pâleur Que sur ses traits répandit la douleur : Il aime l'ombre à ses ennuis propice ; Mais il craint l'eau qui causa son raalheiu-.
N'oubliez pas la brillante auricule ;
Soignez aussi la riche renoncule ,
Et la tulipe, honneur de nos jardins:
Si leurs parfums répondaient à leurs chartnee ,
La rose alors, prévoyant nos dédains ,
Pour son empire aurait quelques alarmes.
Que la boulotte eu lève leurs ognons
Vers le décHn de la troifîième année;
Puis détachez les nouveaux rejetous
Dont vo!Js verrez la tige environnée;
Ces rejetons fleuriront à leur tour;
Donnez vos soins à leur timide enfance;
De vos jardins elle fait Tespérance,
Et vos bienfaits seront payés un jour.
Voyez ici la jalouse Clytie Durant la nuit se pencher tristement , Puis relever sa tête appesantie Pour regarder son infidèle amant.
Le lis, plus noble et plus brillant encore, Lève "^ans crainte un front majestueux; Roi des jardius, ce favo.-i de Flore Charme à la fois l'odorat et les veux. Mais quelques fleurs chérissent l'esclavage, L'humble genêt, le jasmin plus aimé, Le chèvre-feuille, et le pois parfumé, Cherchent toujours à couvrir un treillage. Le jonc pliant sur ces appuis nouveaux Doit enchaîr:er leurs flexibles rameaux.
L'iris deniande un abri solitaire:
L'ombre entretient sa fraîcheur passagère. Le tendre œillet est faible et délicat ; Veillez sur lui; que sa fleur élargie Sur le carton soit en voûte arrondie.
Coupez les jets autour de lui pressés ; N'en laissez qu'un; la tige en est plus bell ■• Ces antres brius, dans la terre enlbncés , Vous donneront une tige nouvelle ; Et quelque jour ces rejetons naissans F«.emplac£ront leurs pères vieillissans.
Aimables fruiîs des larmes de l'Aurore , De voîre nom j'embellirais mes vers; Mais quels parfums s'exhalent dans les airs? Disparaissez, les roses vont cclore.
Lorsque Vénus, sortant du sein des mers, Sourit aux dieux chirmés de sa présence. Un nouveau jour éclaira l'univers :
Dans ce momeut la rose prit naissance.
LES FLELR5. 121
D'un jeune lis elle avait la blancheur; Mais aussitôt le père de la treille De ce nectar dent il fut l'inventeur Laissa tomber une goutte vermeille , Et pour toujours il changea sa couleur : De Cylhérée elle est la Heur chérie , Et de Paphos elle orne les bosquets ; Sa douce odeur, aux célestes banquets , Fait oublier celle de l'ambroisie ; Son vermillon doit parer la Beauté ; C'est le seul fard que met la Volupté ; A cette bouche où le sourire joue Son coloris prête un charme divin ; Elle se mêle auv lis d'un joli sein ; De la Pudeur elle couvre la joue; Et de l'Aurore elle rougit la main.
Cul!ivez-la cette rose si belle; Vos plus doux soins doivent être pour elle. Que le ciseau dirigé par vos doigts Légèreu>ent la blesse quelquefois.
ÎS'oyez souvent ses racines dans l'onde. Des plauts divers faisant un heureux choix, Préférez ceux dont la tige féconde Renaît sans cesse, et fleurit tous les mois. Songez surtout à ce bosquet tranquille Où notre amour fuyait les importuns ; Conservez-lui son ombre et ses parfums : A mes desseins il est encore utile.
Ce doux espoir, dans mon cœur attristé, Vient se mêler aux chagrins de l'absence. Ah! mes ennuis sont en réalité, El mon lK)nheur est tout en espérance!
JAMSEL,
j\NECDOT£ UiSTOllIQUE.
Jeune, sensible , et né pour les vertus ,
Jamsei aimait comme on n'aime plus ,
Et d'Euplirosine il fixa la tendresse.
D'un prompt hymen ils n'ourrissaient l'espoir.
Et chaque jour ils pouvaient se revoir.
Seuls une fois, dans un instant d'ivresse ,
Troublés tous deux, éperdus, entraînés,
Par le bonheur ils se sont enchaînés.
Ton souvenir fera couler des larmes ,
Premier baiser, délice d'un moment,
Et dans leur coeur où pénètrent tes chaimos
Tu laisseias un long embrasement!
Souvent leur bouche implora l'hyménée :
Mais sans pitié l'on repoussa leurs vœux .
Belle Euphrosine, une mère obstinée ,
Pour enrichir un fils ambitieux ,
T'avait d'avance au cloître condamnée.
Les lois voyaient et n'osaient prévenir
Ces attentats; il fallut obéir.
De son amant à jamais séparée,
Dans ces tombeaux creusés au nom du ciel
Vivante encore elle fut enterrée,
Tomba sans force aux marches de l'autel ,
Et prononça son malheur éternel.
A son ami plongé dans la tristesse
Le monde en vain offrait tous les secours ,
Tous les plaisirs que cherche la jeunesse ,
Les jeux, les arts, de nouvelles amours :
Rien ne distrait sa morne inquiétude;
Pour lui le monde est une solitude.
JAMSEL. 125
Moins misérable en peint le voyageur Sur des rochers poussé par le naufrage : Privé des siens, seul clans ce lieu sauvage, Il s'épouvante el pâlit de frayeur ; Des pas de l'homme il cherche et craint la trace , Et sur le roc il monte avec efiorl ; Il ne voit rien , n'enleud rien ; tout est mort; Silence affreux l d'effroi son cœur se glace; Vers 1g rivage il revient promptement; Son œil encor parcourt avidement Des flots calmés la lointaine surface; Mais le rivage et les Qots sont déserts , Et ses longs cris se perdent dans les airs.
Jamsel enfin en pleurant se rappelle
Qu'un tendre père et qu'un ami fidèle,
Sacrifiés jusqu'alors à l'amour,
Depuis long- temps demandent son retour;
« J'irai, dit-il; peut-être que leur vue
Adoucira le poison qui me tue;
De ma faiblesse ils seront le soutien,
Et dans leur cœur j'épancherai le mien ,
Comme un torrent an lugubre murmure ,
Qui , tout-à-coup enflé par l'aquilon ,
Dans le bassin où dort une onde pure
Va de ses flots verser le noir limon. »
Jamsel retourne aux lieux qui l'ont vu naître.
Il croit en vain dans ce séjour champêtre
Calmer son âme , et respirei- la paix.
La solitude augmente ses regrets.
Ni le printemps, ni les parfums de Flore ,
Ni la douceur du baiser paternel ,
Ni l'amitié plus consolante encore,
Rien n'effaçait un souvenir cruel.
Un noir chagrin lentement le dévore.
De temps en temps son orgueil abattu
'Jî-'i JAMSEL.
Se relevait honteux de sa faiblesse ,
Dans les écrits où parle la L-a^'esse
Il veut puiser la force et la vertu.
Hélasl son œil en parcourait les paires ;
lilais son esprit inatîentif, errant,
Volait ailleurs, et de tendres jmagp?
Le replongiîaient dans un trouble plus grand.
Si quelquefois un ami lui rappelle
De ses aïeux le rang et la valeur,
Aux mots sacrés de patrie et d'honneur
Il se réveille; une fierté nouvelle
Dans ses regards remplace la langueur,
Et peint son front d'une heureuse rougeur.
D'un joug honteux ce moment le délivre,
Il a vaincu sans doute , et va re\ivre
Pour l'honneur seul ? Non , ce noble transport
De sa faiblesse est le dernier effort;
Et l'amilié, qui ne peut se résoudre
A délaisser l'insensé qui la fuit
Voit succéder le silence et la nuit
A cet éclair qui promettait la foudre.
Se Irouve-t-il dans un cercle nombreux?
Seul il conserve un air morne et farouche ;
Des mots sans suite échappent de sa bouche ,
Entrecoupés de soupirs douloureux.
Les entreliens l'obsèdent ; rien ne frappe
Ses yeux distraits; sans voix , et sans couleui\
Long-temps il garde un silence rêveur ;
Puis toul-:,-coup il frissonne, il s'échappe,
Et va des bois chercher la profondeur.
Infortuné! si l'amour t'abandonne.
D'autres plaisirs peuvent te consoler.
Vois-tu les fleurs dont l'arbre se couronne?
Sur ces prés verts vois-tu l'onde couler.'
Des vastes champs observe la culture ,
Du jeune pâtre écoute les chansons.
JA^iSEL. 123
Suie la vendange et les riches moissons ; Homme égaré, reviens à la nature.
Mais la nature est muette à ses yeux.
Aux prés fleuris sa tristesse préfère TJn sol aride , un rocher solitaire, Et des cyprès le deuil silencieux.
L'omhre survient ; la lune renaissante Lui prête en vain sa lueur bienfaisante Pour retourner au toit accoutumé ; Sur le rocher pensif il se promène ; Puis S4r la pierre il s'étend avec peine, Pâle , sans force , et d'amour consumé.
Si du sommeil ta douceur étrangère Vient un moment assoupir ses douleurs, Un songe affreux le saisit, et des pleurs, Des pleurs briilans entr'ouvrent sa paupière. Le jour paraît , il déteste le jour ; La nuit revient, il maudit son retour.
« J'ai tout perdu, tout , jusqu'à l'espérance , Dit-il enfin ; pleurer, voilà mon sort. Oh, malheureux 1 à ma longue souffrance Je ne vois plus de teime que la mort. Pourquoi l'attendre? y courir, est-ce un crime.* Non, sur mes jours, mon droit est légitime. P'aible sophiste, insensé discoureur.
Peux-tu défendre au triste voyageur.
Qu'un ciel brûlant dessèche dans la pkine, De chercher l'ombre et la forêt prochaine ? Qu'un soldat reste au poste désigné; Sa main traiiquille a signé l'esciwage Et de ses droits il a vendu l'usage ; Moi, je suis libre, et je n'ai rien signe; Mourons. « Il dit , et sa main intrépide , Sans hésiter, prend le tube homicide ; Le plomb s'échappe et finit ses tojrmens. Sou ami vient; ô douloureux momens!
423 JA.MSEL,
Mais de son cneur étouffant le murmure ,
D'un blanc mouchoir il couvre la blessure.
Soin superflu! Jamsel, en soupirant,
Sur cet ami soulève un œil mourant
Qui se referme , et d'une voix éteinte :
« Je meurs , dit-il , sans remords et sans crainle.
Assez long-temps j'ai supporté le jour.
Pardonne-moi ; je ne pouvais plus vivre.
Donne à l'objet de mon funeste amour
Ce voile teint d'un sang.... » Il veut poursuivre:
Sa bouche à peine exhale un son confus :
Chère Euphrosine! il soupire, et n'est plus.
Loin de ces lieux, sa malheureuse amie, Que fatiguait le fardeau de la vie , Au ciel en vain se plaignait de son sort , Et demandait le repos ou la mort.
De ses chagrins son air trahit la cause. Ce n'était plus la beauté dans sa fleur. Les longs ennuis , l'amour, et la langueur, Sur son visage avaient pâli la rose :
En la peignant, on eût peint la douleur. De sa tristesse on ose faire un crime. Loin de la plaindre, on hâte le moment Où du malheur cette faible victime Dans le trépas rejoindra son amant.
Entre ses mains un messager fulèie Vient déposer le voile ensanglanté.
EUe frissonne, et recule, et chancelle.
« Il ne vil plus, mon arrêt est porté, » Dit-elle ensuite; et sa plainte touchante, Et ses regards se tournent vers le ciel ; Et tout-à-coup sa bouche impatiente De cent baisers couvre ce don cruel.
Tous ses malheurs vivement se retracent A son esprit; des pleurs chargent ses yeux;
JAMSEL. !
Mais elle craint que ses larmes u'effacent D'un sang chéri le reste précieux.
« Sans moi , Jamsel , pourquoi quitter la vie ? Dit-elle enfin d'une voix affaiblie.
Mais attends-moi, je ne tarderai pas:
On aime encore au-delà du trépas. »
Ce dernier coup , et de si longues pv^iues ,
Ont épuisé ses forces ; par degrés
Le froid mortel se glisse dans ses veines ,
La clarté fuit de ses yeux égarés.
« Dieu de bonté , fais grâce à ma faiblesse ! »
Après ces mots, sur sa bouche elle presse
Le lin sanglant , nomme encore -Jamsel,
Tombe, et s'endort du sommeil éternel.