‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 66 sur 174 · LA JOURNEE CHAMPÊTRE · texte numérisé non relu

LA JOURNEE CHAMPÊTRE

Volmon rêvait à des plaisirs iiouTemix, Et ce diseours dévoila sa pensée :

« L'histoire dit qu'à U cour de Cypris On célébrait une fête annuelle, Où du baiser Ton disputait le prix.

On choisissait des belles la plus belle, Jeune toujours, et n'ayant point d'amant. Devant l'autel sa main prêtait serment; Puis sons un dais de myrte et de feuill't;.;e Des combattaus eUe animait l'ardeur.

Et dans ses doigPTelle tenait la fleur Qui du succès devait être le gags.

Tous les rivaux inquiets et jaloux, Formant de^ vœux , arrivaient à la file; Devant leur juge ils ployaient les genou v ; Et chacun d'eux sur sa bouche docile De ses baisers imprimait le plus doux.

Heureux celui dont la lèvre brûlante Plus mollement avait su se poser 1 Heureux celui dont le siipple baiser Du tendre juge avait fait une amante 1 Soudain sur lui les regards se fixaient, Et tous peignaient le désir et l'envie; A ses côtés les fleurs tombaient en pluie ; Les cris joyeux qui dans l'air s'élançaient Le faisaient roi de l'amoureux empire ; Son nom chéri, mille fois répété, De bouche en bouche était bientôt portée Et chaque belle aimait à le redire.

T,e lendemain, les filles à leur tour Recommençaient le combat de la veille.

Que de baisers prodigués en ce jour !

L'heureux vainqueur sur sa bouche vermeille De ses baisers comparait la douceur; Plusieurs d'entre c-'.ix surpassaient iin attente;

LA JOURNEE CHAMPETRE.

Ses yeux remplis d'une flamme mourante Laissaient alors deviner son bonheur; Ses sens noyés dans une longue ivresse Sous le plaisir languissaient abattus :

Aussi le soir sa bouche avec mollesse S'ouvrait encm'e, et ne se fermait plus.

Renouvelons la fête de Cylhère ; De nos baisers essayons le pouvoir ; Dans l'art heureux de jouir et de plaire On a toujours quelque chose à savoir. »

« Non, dit Églé, ce galant badinage Ne convient plus dès qu'on a fait un choix ; Le tendre Amour ne veut point de partage; Et tout ou rien est une dy ses lois. »

Zépbyre alors commençant à renaître, Vient modérer les feux brûlans du jour ; Chacun retourne à son travail champêtre ; Disons plutôt à celui de l'arnour.

y>ois favorable, et qui jamais peut-être N'avais prêté ton ombre à des heureux, Tu fus alors consacré par leurs jeux.

Couché sur l'herbe entre les bras deLaure, "Volny mourait et renaissait encore; Et sous ses doigts la iwinta du couteau . Grava ces vers sur le plus btl ormeau : « Vous, qui venez dans ce bocage, A mes rameaux qui vont fleurir , Gardez- vous bien de faire outrage,

Respectez mou jeune feuillage ;

Il a protégé le plaisir. »

Un lit de fleurs's 'étendait sous l'ombrage; Ce peu de mots en expliquait rust\ge :

" Confidecit de mon ann^\r,

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Bosquet , temple du bonheur , Sois toujours tranquille et sombre :

Et puisse souvent ton ombre Cacher aux yeux des jaloux L'iie maîtresse aussi belle, Un amant aussi fidèle , Et des plaisirs aussi doux ! »

De ses rayons précipitant le reste, Phébus touchait aux bornes de son cours , Et s'en allait dans le sein des Amours Se consoler de la grandeur céleste; Son disque d'or qui rougit l'horizon Ne se voit plus qu'a tiavers le feuillage; Et du coteau s'éloiguanl daxautage.

L'ombre s'allonge et court dans le vallon. Enfin la troupe au château retournée De la cité prend le chemin poudreux; Mais tous les ans elle vient dans ces lieiix Renouveler la champêtre journée. ^

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