LE SO^GE
Le Sommeil a touché ses yeux ; Sous des pavots délicieux Ils se ferment , et son cœur veille.
A l'erreur ses sens sont livrés.
Sur son visage , par degrés , La rose devient plus vermeille ; Sa main semble éloigner quelqu'un Sur le duvet elle s'agite; Son sein impatient palpite , Et repousse un voile importun.
Enfin , plus calme et plus paisible,
Elle retombe mollement; Et ie sa bouche lentement S'échappe un murmure insensible.
Ce murmure plein de douceur Ressemble au soutilede Zéphyre, Quand il passe de fleur en fleur :
C'est la Volupté qui soupire; Oui, ce sont les gémissemens D'une vierge de quatorze ans , Qui, dans un songe involontaire, Voit une bouche téméraire Effleurer ses appas naissans, Et qui , dans ses bras caressaus , Presse un époux imaginaire.
Le sommeil doit être charmant, Justine , avec un tel mensonge; Mais plus heureux encor l'amant Qui peut causer un pareil songe!