TABLEAU XI
Le ciel est pur, mais sans lumière; L'ombre enveloppe l'hémisphère.
Myrtis, égaré dans les bois, Trouble en vain leur vaste silence; L'écho seul répond à sa voix.
Du rendez-vous l'heure s'avance ; Adieu l'amoureuse espérance , Adieu tous les baisers promis « Des nuits malfaisante déesse , Disait-il, je hais ta tristesse; Je hais tes voiles ennemis. »
Il parle encore, et l'immorlelle , Comme Vénus riante et belle , Se présente à ses yeux surpris.
Recouverts de crêpes humides, Son char et ses coursiers rapides De l'cbène offrent la couleur.
A l'entour voltigent les Songes, Les Spectres et les vains Mensonges, Fils du Sommeil et de l'Erreur.
De son trône elle est descendue.
Le berger se trouble à sa vue , Et la crainte saisit son cœur ; Mais la déesse avec douceur, « Jeune imprudent , je te pardonne.
Je ferai plus; oui, mon secours Est souvent utile aux Amours.
LES BEGULSEMENS DE V£>«ys. } Que veux-tu? parle, je l'ordonne. « Myrtis , que charme sa beauté , Garde le silence et l'admire ; L'immortelle par un sourire Enhardit sa timidité.
Elle a déposé sur la terre Le pâle flambeau qui l'éclairé.
A ses cheveux bruns et tressés Des pavots sont entrelacés ; Une légère draperie, Noire et d'étoiles enrichie , Trahit l'albâtre de son corps, Et de l'amour les deux trésors.
Sur l'herbe s'assied la déesse; Le berger s'y place à son tour.
Il voit et baise avec ivresse Des charmes inconnus au jour.
Un feu renaissant le dévore.
« Encore, disait-il, encore.
Que nos plaisirs soient éternels ! »
. Elle sourit , et de l'Aurore Le retard surprit les mortels.