TABLEAU IX
D'Érigone c'était la fèfe.
Des bacchantes sur les coteaux Couraient sans ordre et sans repos.
La plus jeune pourtant s'arrête , Nomme ?.Iyrtis , et fuit soudain vSous l'ombrage du bois voisin.
Le lierre couronne sa tète ; Ses cheveux ilôt lent au har^ard; Le voile qui la couvre à peine, Et que des vents enfle l'haleine.
Sur son corps est jeté sans art; Le pampre forme sa ceinture.
Et de ses bras fait la parure; Sa main tient un thyrse léger.
Sa bouche riante et vermeille Présente à celle du berger Le fruit coloré de la treille.
Son abandon, sa nudité, Ses yeux lascifs et son sourire Promettent l'amoureux délire Et l'excès de la volupté.
Au loin ses bruyantes compagnes De cymbales et de clairons
LES DÉGt;iSEMENS DE VÉ:\US. -f^i Fatiguent l'écho des montagnes, Mêlant à leurs libres chansons La danse qui peint avec grâce L'embarras naissant du désir.
Et celle ensuite qui retrace Tous les mouvemens du plaisir.
« Jeune berger, respecte Égine.
La terre me donna le jour;
Jadis je suivais Proserpine,
Et de Cérès j'orne la cour. »
En disant ces mots dans la plaine
Elle fuyait devant Myrtis ,
Et déjà du berger l'haleine
Vient humecter son cou de lis.
Elle échappe à sa main ardente.
Plus rapide, il vole, et deux fois
Saisit la tunique flol,tante,
Qji se déchire entre ses doigts.
« Préviens son triomphe, ô ma mère! »
Elle dit : aussitôt la terre
vS'enlr'ouvre avec un bruit affreux,
Vomit le bitume et la pierre,
El présente un goufti-e de feux.
Myrtis épouvanté s'arrête.
La Nymphe retourne la tète ,
Et de loin lui tendant la main,
L'appelle avec un ris malin.
Le berger un moment ' lance ;
Vénus le rassure en secret;
Égine, qu'il poursuit, s'élance,
Et dans lot, flammes disparait.
-I4'j LES UEGLISEMENS DE VENUS.
Il s'y jette; imprudence heureuse!
Sur un lit de mousse et de fleurs Il tombe , et la nymphe amoureuse Sourit entre ses bras vainqueurs.