‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 87 sur 174 · TABLEAU XIV · texte numérisé non relu

TABLEAU XIV

" Qu'ordonnez-vous, chaste déesse?

— liien ; Vesta, trompacl tous les yeux

Pour toi seul a quitté les cieux.

Je Vaime. — Tous ! — De ma sagesse

Tu triomphes , heureux Myrtis !

J'ai des attiaits; mais, trop sévère ,

J'effrayais les Jeux et les Ris :

Hélas ! j'aurais mieux fait de plaire. »

De ce triomphe inattendu

Mjrtis jouit en espérance.

Vesta, sans voile et sans défense;

Oubliait sa longue vertu.

Au jeune Lenjcr qui l'embrasse ,

Et qui l'embrasse vainement ,

15U LES DÉGUISEMENS DE Vli'NUS.

Elle se livre gauchement :

Ses baisers n'ont aucune grâce.

De son aigre sévérité, Punition juste et cruelle!

Triste et honteuse, l'immortelle Remporte au ciel sa chasteté.

TABÏEAU XV.

Dans Tonde fraîche une bergère

Se baignait durant la chaleur.

Sur le rivage solitaire

Myriis passe ; au cri de frayeur

Il répond avec un sourire :

« Ne craignez rien : sous ces berceaux ,

Sage et discret , je me re^ire.

Mais quand vous sortirez des eaux,

Je vous habillerai moi-même.

— Sois généreux , jeune Myrtis ,

Et n'emporte pas mes habits,

Peut-être la Nymphe qui t'aime

Saura te » Discours superflus !

Le berger ne l'entendait plus.

De l'onde elle sort , et tremblante Elle arrive sous le bosquet.

Malgré sa prière touchante , Myrtis poursuit son doux projet.

Eu plaçant la courte tunique Sur ce corps de rose et de lis , Il touche une gorge élastique Et d'autres charmes arrondis ; Sa main rattache la ceinture.

Trop haut d'abord et puis trop bas:

La bergère eu i-iant murmure,

LES DÉGUISEMENS DE VÉNUS. 15 Et cependant ne l'instruit pas.

A son humide chevelure On rend le feston de bluel.s Qui toujours forme sa parure.

Les brodequins viennent après :

I-ong-tcmps incertaine et craintive , Elle rougit, entin s'assied, A Myrtis présente son pied, Et sa rougeur devient plus vive.

Dans ce moment heureux , Phébus Était an haut de sa carrière; Le jour finit, et la bergère Avait encore les pieds nus.

TABLEAU XVL

Du raidi s'élance l'orage.

Dans son frêle bateau, Myrtis, Jouet des vents et de Thétis, Ne peut regagner le l'ivage.

« Apaise tes fougueux enfans, Eelle Orythie, et sur la rive Pour toi je brûlerai l'encens. »

Au ciel monte sa voix plaintive.

Soudain un nuage léger Sur les flots mugissans s'abaisse :

Il s'entr'ouvTc; et d'une déesse Les bras enlèvent le berger.

Tremblant, il garde le silence; Un baiser dissipe sa peur.

Neptune jusqu'aux cieux s'élance ; Les vents redoublent leur fureur; Myrtis caché dans le nuage S'élève au milieu de l'orage ,

152 LES D1-&U1SE.MENS DE VK^.' US. Avfcc séeiirilé fend l'air.

Voit parlir le rapide éclair Qui suit la foudre vengeresse, Et sur le scia de sa maîtresse Il brave Éole et Jupiter.

TABLEAU XVil.

« De Myrtis que la voix est tendre!

Il approche, et n'a pu me voir :

Sous cet arbre il viendra s'asseoir; Je veux me cacher et l'enteudre. »> La jeune btr^^ère, à ces mots, Sur i'arbre monte avec adresse, El disparait dans les rameaux.

Le beii,'er sous leur voûte épaisse Bientôt arrive, et les échos Répètent jes acceus nouveaux :

« Un oiseau venu de Cythère Se cache, dit-on , dans ce b^^is.

Sa vo-ix est touchante et légère, Et son bec embellit sa voix.

Les chasseurs sont à sa pourcuife.

Mille fois heureux son vainqueur !

Mais il craint la cage et î'evile; Et c'est lui qui prend l'oiseleur.

Jeune oiseau , Ion joli plumage Fait naitre Tanioureux désir; Et pour moi, djns l'épais feuillage:

Tu seras l'oiseau du plaisir. »

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