‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 96 sur 174 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

De l'île de Bourbau , ianTÎei- 1775.

Tu veux donc, mou ami , que je te fassse conuaitre fa patrie ? tu veux que je te parle de ce pays ignoré, que tu chéris encore parce que tu n'y es plus.^ je vais tâcher de le satisfaire en peu de mots :

L'air est ici très sain; la plupart des maladie^; y soiit totalement inconnues; la vie est douce . uniforme, et par conséquent fort enuuyi-use ; la nourriture est peu variée; iiousn'avons qu'un petit nombre de fruits, mais ils sont excellens.

In x-M EL ANGES.

Ici ;iia raain dérobe à Toianger fleuri

Ces pommes dont Téclal séduisit Atalanle;

Ici l'ananas plus chéri Élève avec orgueil sa couronne brillante; De tous les fruits ensefnble il réunit l'odeHr.

Sur ce coteau l'atte pierreuse Livre à mon appétit une crème flatteuse ; La grenade plus loin s'eutr'ouvrc avec lenteur ^ La banane jaunit sous sa feuille élargie ; La mangue me prépare une chair adoucie ; \jn miel solide et dm* pend au haut du dattier ; La pèche croît aussi sur ce lointain rivage; Et , plus propi?e encor, Tnlile cocotier Me prodigue à la fois le mets et le breuvage.

Voilà tons les présens que nous fait Pomone : pour l'a-^iiante de Zépbyre, elle ne visite qu'à regret ces climaî.» brùlaus.

Je ne sais pourquoi les poètes ne manqueut jamais d'introduire un printemps éternel dans les pays qu'ils veulent rendre agréables : rien de plus maladroit; la variété est la source de tous nos plaisirs, et le plai«ir cesse de l'être quand il devient habitude. Vous ne voyez jamais ici la nature rajeunie; elle est toujours la même; un vert triste et sombre vous donne toujours la iii^îme sensation. Ces orangers, couverts imi même temps de fruits et de fleurs, n'ont pour moi riea d'inléressc-at, parce que jamais leurs branches dépouillées ne furent blt.nchies parles frimas. J'aime à voir la feuille naissante briser son enveloppe légère; j'aime à la voir crritre, se développer, jaunir et tomber. Le printemps plairait beaucoup moins s'il ne venait après l'hiver.

O mon ami ! lorscpie mon e.\>l sera fini avec quel plaisir je levcrrai t'enillancortr au moi.s de mai !

MliLAiVGE>. -lin

avic quelle a>Jdilé je jouirai de la n?(liiie! avec quelles Jélices je rempilerai les pariiiinî de la cammgae! avec quelle volupté je foulerai le gazon fleuri; les plaisirs perdus sont toujouis les inieiix sentis. Combien de fois n'ai-je pus reg-elté le chant du rossignol et de la fauvette! Nous u'avous ici que des oiseaux braillards, dont le cri importun attriste à la fois l'oreille et le cœur. En comparant la situalion à la mif'one, aj)prends, mon ami, à jouir de ce que tu possèdes.

Nous avons, il est vrai, uu ciel louiuurs pur et sereili, mais nous pajons tjop cher cet a%anîage. L'esprit et le corps sont anéantis ])ar la chaleur; tous leurs ressorts se relâchent; l'ânie est dans un assoupissement continuel; l'énergie et la vigueur intérieures se disssipeul par les pores. Il faut attendre le soir pour respirer; mais vous cherchez eu vain des ])romenades.

D'un côté mes yeux affligés N'ont pour se rejioser qu'un vaste auijihiihéâlre De rochers escarpés que le temps a ronges; De rares abrisseaux, par les vents outragés,

Y croissent tristement sur la pierre rougeàtre,

Et des lataniers allongés

Y montrerit loin à loin leur feuillage grisâtre. Trouvant leur sûreté dans leur peu de valeur, Là d'étiques perdereaux de leurs ailes bniyanjes Rasent impunément les herbes jaunissaii ■ s,

Et s'exposent sanscrjinte au canon du chasseur.' Du sommet des remparts dans les airs élancée, La cascade à grand bruit précipite ses Ibis, Et , reniant che^ ïhétis son onde courroucée, Du Nèg.e infortuné reiiverse les tiavaux. Ici, sous les confins des états de Neptune, Où jour cl nuit son épouse impor^lnt'

'192 IIELANGES.

Afliige les échos de longs mugissemi'iis.

Du milieu des sables hrûlans

Sortent quelques toits de feuillage ;

îlaremeut le Zéphir volage

Y rafraîchit l'air enflammé; Sous les feux du soleil le corps inanimé

Reste sans force et sans courage.

Quelquefois l'Aquilon bruyaut,

Sur ses ailes portant l'orage ,

S'élance du sombre orient ;

Dans ses autres l'onde profonde

S'émeut, s'enfle, mugit et gronde;

Au loin sur la voûte des mers

On voit des montagnes liquides S'élever, s'approcher, s'élancer dans les airs, Retomber et courir sur les sables humides; Les flammes du volcan brillent dans le lointain :

L'Océan franchit ses entraves , Inonde nos jardins , et porte dans nos caves Des poissons étonnés de nager dans !e via.

Le bonheur, il est vrai , ne dépend pas des lieux qu'on habile; la société, pour peu qu'elle soit douce et amusante, dédommage bien des incommodités du climat. Je vais essayer de te faire connaître celle qu'oi> trouve ici.

Le caractèie du Créole est généralement bon; c'est dommage qu'il ne soit pas à même de le polir par l'éducation. Il est franc, généreux, brave, et téméraire. Il ne sait pas couvrir ses véritables sentimens du masque de la bienséance ; si vous lui déplaises, vous n'aurez pas de peine à vous en apercevoir; il ouvre aisément sa bourse à ceux qu'il croit ses amis; n'élant jamais instruit des détours de la fehicane, ni de ce qu'on nomme les affaires^ il se laisse souvent tromper. Le préjugé du point d'ium-

neur est respecté chez lui plus que partout ailleurs. Il est ombrageux , inquiet , et susceptible à l'excès; il se prévient facilement, et ne pardonne guère. Il a une adresse peu commune pour tous les arts mécaniques ou d'agrément ; il ne lui manque que de s'éloigner de sa patrie, et d'apprendre. Son génie indolent et léger n'est pas propre aux sciences ni aux études sérieuses; il n'est pas capable d'application, et ce qu'il sait, il le sait superficiellement et par routine.

On ne se doute pas dans notre île de ce que c'est que l'éducation. L'enfance est l'âge qui demande de la part des parens le plus de prudence et le plus de soin : ici l'on abandonne les enfans aux mains des esclaves; ils prennent insensiblement les goûts et les mœurs de ceux avec qui ils vivent : aussi à la couleur près, très-souvent le maître ressemble parfaitement à l'esclave. A sept ans quelque soldat ivrogne leur apprend à lire , à écrire , et. leur enseigne les quatre premières règles d'arithmétique ; alors l'éducation est complète.

Le Créole est bon ami, amant inquiet, et mari jaloux. (Ce qu'il y a d'impayable, c'est que les femmes partagent ce dernier ridicule avec leurs époux, et que la foi conjugale n'en est pas mieux gardée de part et d'autre.) Il est vain et entêté; ii méprise ce qti'il ne connaît pas, et il connaît peu de chose; il est plein de lui-même, et vide de tout le reste. Ici, dès qu'un homme peut avoir six pieds de mais , deux caGers , et un négrillon , il se croit sorti de la côte de saint Louis; tel qui galope à cru dans la pleine, une pipa à la bouche , en grand caleçon, et les pieds nus , s'ima-giiie que le soleil ne se lève que pcuv lui. Ce fond d'orgueil et de suffisance vient de l'ignorance et de la mauvaise éducation.

D'ailleurs, accoutumé comme on l'est ici depi.is r. 1 ( ')

^;)î MIîLAINGES.

l'enfance à parler eu inailrt* à des esclaves , ou n'ai>prencl guère, ou l'ou oublie aiscmeut ce qu'exij,'Out un é^'al et uu supérieur. Il est dilficile de ne pas rapporter de l'inléricur de son domesti([i:e uu ton décisif, et cet esprit impérieux que révolte la plus légérecontradiction. C'est aussi ce qui entretient cette paresse naturelle au Créole , qui prend sa source dans la chaleur du clnnat.

Le sexe, dans ce pays, n'a pas à se plaindre de la nature : nous avons peu de belles femmes, maispres- ^{ue toutes cent jolies; et l'extrême propreté, si rare en i'Yance, embellit jusqu'aux laides. Elles ont, en général, une taille avantageuse et de beaux yeux. La chaleur excessive empêche les lis et les roses d'éclore sur leur visage; celle chaleur flétrit encore avant le temps d'autres attraits plus précieux : ici une femme de vingt-cinq ans en a déjà quarante. li existe un proverbe exclusif en faveur des petits pieds; pour l'honneur de iios dame.» , je m'inscris en faux contre ce proverbe. Il leur faut de la parure, et j'ose dire que le goût ne préside pas toujours à leur toilette : la nature, quelque négligée qu'elle puisse être, est plus agréable qu'un art maladroit. Ce principe devrait aussi les guider dans les manières étrangères qu'elles copient, et dans toutes ces grâces prétendues où l'on s'efforce de n'être plus soi-même.

Les jalousies secrètes et les tracasseries éternelles règuent ici plus que dans aucun village de province; aussi nos dames se voient peu entre elles: on ne sort que pour les visites indispensables, car l'étiquette est ici singulièrement respectée: nous commençons à avoir une cérémonie, une mode, un bon ton.

L'enfance de cette colonie a été semblable à l'âge d'or; d'excellentes tortues couvraient la surface de l'île; le gibier venait de lui-même s'offrir au fusil; la bonne foi tenait lieu de code. Le commerce dc&

MÉLANGES. I [)o

Européens à loiil gâté. Le Créole s'est déiiaiiiré iusensiblement ; il a substitué à ses mœurs simples et vertueuses des mœurs polies et cqrrompue^; l'inlérèt à désuni les familles; la chicane est devenue nécessaire; le cliabouc a déchiré le nègre infortuné; l'avidité a produit la lourberie; et nous eu sommes maintenant au siècle d'airain.

Je te sais bon gré, mou ami , de ne pas oublier les Nègres dans les instructions que tu me demandes ; ils sont hommes, ils sont malheureux ; c'est avoir bien des droits sur une âme sensible. Non , je ne saurais me plaire dans un pays où mes regards ne peuvent tomber que sur le spectacle de la servitude , où le bruit des fouets et des chaînes étourdit mon oreille et retentit dans mon cœur. Je ne vois que des tyrans et des esclaves , et je ne vois pas nicn semblable. On troque tous les jours un homme ci)ntre un cheval : il est impossible que je m'accoutume à une bizarrerie si révoltante. Il faut avouer que les Nègres sont moins maltraités ici que dans nos autres colonies ; ils sont vêtus; leur nourriture est saine et assez abondante ; mais ils ont la pioche à la main depuis quatre heures du matin jusqu'au coucher du soleil; mais leur maître, en revenant d'examiner leur ouvrage, répèle tous les soirs : « Ces gueux-là ne travaillent point; » mais ils sont esclaves, mon ami; cette idée doit bien empoisonner le maïs qu'ils dé', orent et qu'ils détrempent do leur sueur. Leur patrie est à deux cents lieues d'ici ; ils s'imaginent cependant entendre le chant des coqs et reconnaître la fumée des pipes de leurs camarades. Ils s'échappent quelquefois au nombre de douze ou quinze, enlèvent une piroque, et s'abaudonnent sur les flots. Ils y laissent presque toujours la vie; et c'est peu de chose I')rs(pron a perdu la liberté. Quelques uns cependisul sont arrivés à M^-

nn MELANGES,

daj^ascar; mais leurs compatrioles les ont tous massacrés, (Ji-ant qu'ils revenaient d'avec les blancs , et qu'ils avaieut trop d'esprit. Malheureux! ce Noni plutôt ces mêmes blancs qu'il faut repousser de vos paisibles rivages. Mais il n'est plus temps; vous avez déjà pris nos vices avec nos piastres. Ces misérables vendent leurs enfans pour un fusil ou pour quelques bouteilles d'eau-de-vie.

Dans les premiers temps de la colonie , les Nègres se retiraient dans les bois, et de là ils faisaient des incursions fréquentes dans les habitations éloignées. Aujourd'hui les colons sont en sûreté. On a détruit presque tous les marrons ; des gens payés par la commune en font leur métier, et ils vont à la chasse des hommes aussi gaîment qu'à celle des merles.

Ils reconnaissent ini Être suprême. On leur apprend le catéchisme; on prétend leur expliquer l'Évangile; Dieu sait s'ils en comprenenl le premier mot! on les baptise pourtant, bon gré, malgré, après quelques jours d'instruction qui n'instruit poinî. J'en vis un dernièrement qu'on avait arraché de sa pairie depuis sept mois; il se laissait mourir de faim. Comme il était sur le point d'expirer, et très éloigné de sa paroisse, on me pria de lui conférer le baptême. Il me regarda en souriant, et me demanda pourquoi je lui jetais de l'eau sur la tète ; je lui expliquai démon mieux la chose; mais il se tourna d'un autre côté, disant en mauvais fi'ançais : Après la mort tout est fini, du moins pour nous antres Nègres; je neveux point d'une antra vie, «ar peut-être y serais-je encore votre esclave.

Mais sur cet affligeant tableau.

Qu'à regret ma main continue, Ami , n'arrêtons point la vue,

Et tirons un épais rideau ; Dcgaiieoiis mou âme oppreaée Sous le i'ardeau de ces ennuis :

Sur les ailes de la Pensée Dirigeons mou vol à Paris , Et revenons à la caserne , Aux gens aimables , au Falerne , A toi, le meilleur des amis, A toi , qui du sein de la France M'écris encor dans ces déserts, Et que je vois bâiller d'avance En lisant ma prose et mes \ers.

Que fais-tu maintenant dans Paris? Tandis que le soleil est à notre zénith, l'hiver vous porte à vous autres la neige et les frimats. Réalise-ln ces projets d'orgie auxquels on lépond par de jolis vers et par de bous vins? Peul-èlre qu'entouré de tes amis et des miens , amusé par e^ux , tu les aujuses à ton tour par tes congés charmans.

Peul-èlre hélas! dans ce moment, Où ma plume trop paresseuse Te grilïonne rapidement Une rime souvent ilouteuse > Assiégeant un large pâté D'Alsace, arrivé tout à l'iîeurc.

Vous buvez frais à ma santé , Qui pourtant n'en est pas meilleure.

Dans ce pa\s !e temps ne vole pas, il se traîne ; l'Ennui kù a coupé Iès ailes. Le matin ressem])le au soir, le soir ressemble au matin; et je me couche avec la triste certitude que le jour qui suit sera semblable en ton tau précédent. Mais il n'est pas éloigné « el heureux moment où le \ aisjcau qui me rapportera

if)i -■MELANGES,

vers la France sillonnera légèrt-incîil la suilace dcî flots. Soufflez alors, enfaus impéliieux de Borée, euflez la voile tendue. Et vous, aimables Néréides, ponssez de vos mains bieni'alsantes rnon rapide gaillard. Vous rendîtes autrel'ois ce service aux galères d tuée, qui le méritait moins que moi. Je ne suis pas tout-à-fait si pieux; mais je n'ai pas trahi ma Didon. Et vous, ô mes amis ! lorsque l'Aurore , prenant une rol)e plus éclatante, vous annoncera l'heureux jour qui doit m e ramener dans vos bias, qu'une sainte ivresse s'empare de vos urnes :

D'imc guirlande nouvelle Ombragez vos jeunes fronts; Et qu'au milieu des flacons Brille le uiyrte fidèle.

Qu'auprès d'un autel fleuri Chacun d'une ^oix légère Chante pour toute prière, Regina potens Cfpri; Puis venant à l'accolade D'uu ami ressuscité , Par une triple rasade, Vous salùrez ma santé.

A M. LE CHî:VALIE?i DE CUBIERES,

De Feuillancour , 1? n juillet 177O

Non, mon portrait n'est pas fidèle,

"Vos jolis vers en ont menti ;

Et par la Raison averti

Du mensonge je ris comme elle.

Pour se croire fils d'Apollon ,

Il faudrait ne jamais vous lire :

MEl.A^iGlLS. 10:)

Traifrc , vous me donnez son nom , Et vous avez gardé so lyre !

Votre missive charmante m'oblige de convenir qu'elic est mieux entre vos mains que dans les miennes. Vous me louez comme Horace, et je n'ai d'autre ressemblance avec Virgile que de ni'ètre exposé sur le3 flot-; , et de vous avoir donné le sujet de vos vers agréables.

Croyez-moi, ne guérissez jamais de celte méîromanie dont vous vous plaignez, et dont vous ête^e seul à vous apercevoir.

Pour vos amis et peur vous-même

Ayez toujours auprès de vous

Ce joli démon qui vous aime

Et dont je suis eu vain jaloux.

Autrefois avec moins de grâce

Il inspirait Anacreon;

A Rome il allait sans façon

S'asseoir sur les geicoux d'Horace ;

Chaulieu l'enivrait à demi,

Et leurs chants présageaient les vôtres,

Vous êtes son nouvel ami

Et vous lui rendez tous les autres.

A JM. DEP... DU S...

Taris, 177;.

Tudisbien vrai,DuS...,quandunehcurei:seaiTb;i»uc De 1:0s pères joyeux couronna les ébats. Ils faisaient deux amis et ne s'en doutaient pas. Le même astre a réglé ta naissance et la mienne. ?jous re(^ùmcs le jour dai-.s ces climats brûlans Où deux fois le saleil repassoiil ^ur nos tètes

200 MÉLAN(;rS.

Féconde la iialt-re, et fixe dans dos cijainjw

Ce priuteiTips élcrnel chaulé par les [)oèles.

Là, comme ou fait ailleurs, je vérétai neuf ans.

Qu'on chantesiron veut les beaux jours deTeulaLitH';

Je n'en regrette aucun ; celte aimable ignorunct

Est un bonheur jjien fade aux yeux de la raison ;

Et la saison de l'innocence

Est une assez triste saison.

Transplantés tous les deux sur le bord de la France, Le hasard nous unit dgns un de ces cachots Qn , la férule en main, des enfileurc; de mots xNous montrent comme on parle, et jamais comme

on pense.

Arbrisseaux étrangers, peu connus dans ces lieux, S'il nous fallut souffrir la commurie culture, Des mains qui nous soignaient les secours dangereux N'ont pu gâter en nous ce que fi.t la nature.

A peine délivrés de la docte prison ,

L'honneur nous fit ramper sons le die;: des batailles,

Tu volas aussilôî aux murs de Besar.çon;

Un destin moins heureux me poussa dans Yersailk*s.

P^éuiiis sur les flots, nous bénissons le sort ; Mais il nous attendait aux rivages d'Afrique. Sans doute il te souvient de celte nuit critique Où nous allions passer du sommeil à la mort.^ I^n soldat (|ui fumait nous retint à la vie. iSous étions réservés à des dangers nouveaux. J'entends encore d'ici les rochers à'Abrolhos Retentir sous les coups des vagues en furie; Je vois notre vaisseau , dans un calme trompeur,

Céder nu courant qui l'entraîne ; Je vois régner partout une mcrne frayeur, Je lis dans tous les yeux que ma perle est certaine, Je revois le trépas et toute son liorrcur.

MÉLANGES. 2(Jl

() loi, de mes pousers dépositaire utile, Toi , qui connais mon cœur, tu sais s'il fut ému.

Voyant tout, mais d'un œil tranquille, J'écrivais, presque sûr d^ n'être jamais lu.

Te souvient-il encor de l'homme aux quati'e lentes, De ce couvent peuplé d'Ursulines galantes, Des maris portugais, de dona Theresa, Belle comme l'Amour, plus friponne peut-être, InGdèle d'avance à l'époux qu'elle aura , ^

Et nous jetant le soir des fleurs par la fenêtre .'

Le port des Hollandais nous reçut à son tour. Tu soupires sans doute, et la bouche chrétienne Nomme la tendre Bergh, jeune luthérienne, Q'je to*n zèle avait su convertir à l'Amour.

Nous arrivons enfin. Pardonne, ô ma patrie! Mais je ne connus point ce doux saisissement

Qu'on éprouve en te revoyant; Mon âme à ton aspect ne s'est pas attendrie. La patrie est uu mot, et le proverbe meut.

Toi seule, ô mon Eléonore, As rendu ce jour agréable à mes yeux.

Tendre et fidèle objet d'un amour maliieureux , reut-ètre lu ressens des peines que j'ignore ; Va , mon cœur les partage, et te rend les soupirs. En vain le sort jaluux termina nos plaisirs; De )uon bonheur passé je suis heureux encore. EuGn , après quatre ans d'inconstance et d'erreui-. Je te suis dans Paris. Là , maître de moi-même. Sans désirs, sans amour, paresseux )<ar systé.me, Sur la scène du monde assez mauvais act-ni-. Je déchire mon rôle , et deviens spectateur.

Mon vaisseau , ballu par l'orage, A regagné le port , et n'en sertira plus. ( )U(: disj-j« , dès demain , eiinuvé du riv;igf ,

Peiif-êtrc irai-jo encore l'exposer aw nanfrape

Sur ces mêmes cnieils qu'il n'a que trop connus.

C'est le travers de tous les hommes De chercher le repo> et de s'ea dégoûter. Ce bien si désiré n'est doux qu'à souhaiter.

Nous ne vivons point où nous sommes; L'esprit vole plus loin , il voiî d'autres climats, Il en lait la peinture à notre âme séduite , Et ce qu'il embellit a toujours plus d'appas.

La peine est aux lieux qu'on habite ,

Et le bonheur où l'on n'est pas.

ÉPiTRK

AUX INSURGENS. .

Parlez donc, messieurs de Eoston?

Se peut-il qu'au siècle où nous sommes ,

Du monde troublant l'unisson,

Vous vous donniez des airs d'être hommes ?

On prciend que plus d'une fois

Vous avez refusé de lire

Les billets doux que Georges trois

Eut la bonté de vous écrire.

On voit bien , mes pauvres amis.

Que vous n'avez jamais appris

La politesse européenne,

Et que jamais l'air de Paris

Ne fit couler dans vos esprit»

Cette tolérance chrétienne

Dont vous ignorez tout le prix.

Pour moi . je vous vois avec peine

A.rficher, maig.é les nlaisans.

Celle brulalilé romaine Qui vous vieillit de dêux iiiille aus.

Raisonnous un peu , je vous prie.

Quel droit avez-vous plus que nous

A cette liberté chérie

Dont vous paraissez si jaloux?

L'inexorable «yrannle

Parcourt le docile univers ;

Ce monstre , sous des noms divers ,

Écrase l'Europe asservie ;

Et vous, peuple injuste et mutin,

Sans pape, sans rois et sans reines,

Vous danseriez au bruit des chaînes

Qui pèsent sur le genre humain !

Et vous, d'un si bel équilibre

Dérangeant le plan régulier,

Vous auriez le front d'être lil)re

A la barbe du monde entier!

L'Europe demande vengeance ;

Armez-vous , héros d'Albion.

Rome ressucite à Boston ;

Etouffez -la dès son enfance.

De la naissante liberté

Brisez le berceau redouté ;

Qu'elle expire , et que son nom même,

Presque ignoré chez nos neveux ,

Ne soit plus qu'un vain mot pour eux ,

Et son existence un problème.

Page 1