CHAPITRE VIII
Des moyens employés pour détruire les jésuites.
Pour combattre les jésuites avec avantage, que fallait-il ? opposer passion à passion, secte à secte, fanatisme à fanatisme : li Aillait armer contre eux le janséniste. Or, le janséniste , insensible par dévotion (i) ou par stupidité au malheur de ses semblables, ne se fût point élevé contre les jésuites, s’il n’eût aperçu en eux que les ennemis du bien public. Les magistrats le sentirent, et crurent que, pour l’animer contre ces religieux, il fallait étonner son imagination , et, dans un livre tel que celui des Assertions , faire sans cesse retentir à ses oreilles les mots d’impunité , de péché philosophique , de magip , d’astrologie, d’idolâtrie, etc.
On a reproché ces Assertions aux magistrats. (2).
(1) Jusqu’aux pédans jansénistes, tous conviennent qu’en France l’éducation actuelle ne peut former des citoyens et des patriotes.
2) Ce livre des Assertions, disaient les partisans des jésuites, digne d’un théologien hibernois, ne l’est point d’un parlement. Les Jésuites , ajoutaient-ils, n’ont donc pas été jugés par des magistrats , niais par des procureurs jansénistes. Ce que je sais , c’est qu’on doit en partie à ce livre la dissolution de cette société. Tant il est vrai que les plus heureuses réformes s’opèrent quelquefois par les moyens les plus ridicules!
SECTION VII, CHAPITRE VIII. 4 2i
Cependant si, lors de l'aflaire des jésuites, les magistrats n’avaient en France que peu de crédit et d’autorité; si la position des parlcmens par rapport aux jésuites était telle qu’ils ne pussent opérer le bien public que sous des prétextes et par des motifs différens de ceux qui les déterminaient réellement, pourquoi n’en eussent - ils pas fait usage , et n’eusssent - ils pas profité du mépris où tombaient les livres et la morale des jésuites, pour délivrer la France de moines devenus si redoutables par leur pouvoir, leurs intrigues, leurs richesses, leur ambition (i), et surtout par les moyens que leur constitution leur fournissait pour s’asservir les esprits ?
(i) Pons de Thiard de Bissy , évêque de Châlons-syr-Saône (le seul qui , dans les états de Blois de 1 558 , fût resté fidèle à Henri III ) , adresse une lettre au parlement de Dijon. Dans cette lettre , en date de 1590 , ce prélat déplore d’abord le malheur de sa triste patrie ; il décrit les horreurs de la ligue el ses crimes abominables ; il assure enfin que Dieu , dans sa colère , veut abîmer ce beau royaume que des imposteurs au masque de fer ont ébranlé de toutes parts. Puis , s’adressant au parlement, c’est ainsi qu’il l’exhorte à chasser les jésuites :
« Ces apôtres de Mahomet ont , dit-il , l’impiété de prêcher que la » guerre est la voie de Dieu. Que ces séducteurs diaboliques , ces » amateurs présomptueux de la fausse sagesse , ces zélateurs hypo- 31 critcs , ces murailles reblanchies , ces Eoles auteurs des tempêtes » civiles, ces incendiaires des esprits , ces boute-feux des séditions , » ces émissaires de l’Espagne, ces espions dangereux et habiles dans 3i l’art de dresser des embûches, soient donc à jamais bannis de 33 France! »
Portant ensuite la parole au jésuite Charles et à ses confrères « Vous voyez, dit-il , tous ces forfaits exécrables qui font gémir les 3> gens de bien , et vous n’y opposez pas le moindre signe d’improba- J3 tion ! vous faites plus, vous y applaudissez; vous promettez aux 33 plus grands crimes les récompenses célestes ; vous excitez à les 33 commettre, et vous placez dans le ciel d’infâmes brigands que 33 vous lavez dans la rosée de votre miséricorde.
3> Le roi très-chrétien vient d’être assassiné par l’attentat horrible 33 de vos semblables , et vous l’immolez encore après sa mort! Vous 3> le dévouez aux flammes éternelles , et vçus osez prêcher qu’ou doit y lui refuser le secours des prières ! 33
4^2 DE l’homme.
Le vrai crime des jésuites fut l’excellence de leur gouvernement. Son excellence fut partout destructive du bonheur public.
Il faut en convenir, les jésuites ont été un des plus cruels fléaux des nations; mais sans eux l’on n’eût jamais parfaitement connu ce que peut sur les hommes un corps de lois dirigées au même but.
D’après l’exemple des jésuites, comment se former une idée des moyens de donner une excellente législation ?