CHAPITRE XXVII
Des temps où l'Église catholique laisse reposer ses prétentions .
L’esprit d’un siècle est-il peu favorable aux entreprises du sacerdoce ; les lumières philosophiques ontelles percé dans tous les ordres de citoyens ; le militaire, plus instruit, est-il plus attaché au prince qu’au clergé; le souverain lui- même, plus éclairé ? s’est-il rendu plus respectable à l’Église ; elle dépouille sa fé-
rocité, modère son zèle, elle avoue hautement l’indépendance du prince. Mais cet aveu est-il sincère? est-il l’effet de la' nécessité , de la prudence, ou de la persuasion réelle du clergé? La preuve qu’en se taisant, l’Église n’abandonne pas ses prétentions, c’est qu’elle enseigne toujours à Rome la même doctnnè. Le clergé aff ecte sans doute le plus grand respect pour la royauté : il veut qu’on l’honore jusque dans les tyrans (i). Mais ses maximes à ce sujet prouvent moins son attachement pour les souverains, que son indifférence et son mépris pour le bonheur des hommes et des nations.
Qu’importe à l’Église la tyrannie des mauvais rois, pourvu qu’elle partage leur pouvoir!
Lorsque l’ange des ténèbres emporta le fils de l’homme sur la montagne, il lui dit : «Tu vois d’ici tous les royau- » mes delà terre ; adore-moi, je t’en fais le maître». L’Église dit pareillement au prince : « Sois mon esclave, » sois l’exécuteur de mes barbaries, adore-moi , inspire » aux peuples la crainte du prêtre , qu’ils croupissent » dans l’ignorance et la stupidité; à ce prix, je le donne » un empire illimité sur tes sujets : lu peux être tyran.»
Ennemi sourd de la puissance temporelle , le sacerdoce , selon les temps et le caractère des rois , les ménage ou les insulte. Du moment où le souverain cesse d’être son esclave, l’anathème est suspendu sur sa tête. Le souverain est-il faible , l’anathème est lancé : il est le jouet de son clergé. Le prince est-il éclairé et ferme, son clergé le respecte.
Le pape se refuse aux demandes de Valdemar, roi
(i) Si l’Eglise défendit quelquefois aux laïques le meurtre du prince, elle se le permit toujours. Il est vrai , disent les théologiens , que les papes ont déposé les souverains , prêché contre eux des croisades, béatifié les Clément; mais ces légèretés sont des fautes du pontife, et non de l’Église. Quant au silence coupable gardé à ce sujet parles évêques, il fut, ajoutent-ils, l’effet de leur politesse pour le saint-siège, et non d une approbation donnée à sa conduite.
554 de l'homme.
de Danemarck ; ce roi lui fait celte réponse (i) : « De » Dieu je tiens la vie, des Danois le royaume, de mes » pères mes richesses, de tes prédécesseurs la foi que » je te remets par les présentes, si tu ne m’octroies ma » demande. » Tel est le protocole de tout prince éclairé avec la cour de Rome. Qu’on la brave , on n’a point à la redouter.
Les prêtres, par la mollesse de leur éducation , sont pusillanimes : ils ont la barbe de l’homme et le caractère de la femme. Impérieux avec qui les craint, ils sont lâches avec qui leur résiste.
II. suffit qu'un prêtre gagne la confiance du prince: celte confiance gagnée , il éloignera du monarque les hommes éclairés. Ces hommes sont, contre le sacerdoce , les soutiens invisibles du trône et de la magistrature : une fois bannis d’un empire, les peuples dirigés par les prêtres retombent dans leur ancienne stupidité, et les princes dans leur ancien esclavage.
Peut-être l’esprit des nations est-il maintenant peu favorable au clergé. Mais un corps immortel ne doit jamais désespérer de son crédit : tant qu’il subsiste, il n’a rien perdu. Pour recouvrer sa première puissance, il ne faut qu’épier l’occasion , la saisir, et marcher constamment à son but. Le reste est l’œuvre du temps.
Qui jouit comme le clergé d’immenses richesses peut l’attendre patiemment. Ne peut-il plus prêcher des croisades contre les souverains et les combattre à force ouverte, il lui reste encore la ressource du fanatisme contre tout prince assez timide pour n’oser établir la loi de la tolérance (2}.
(1) fitam habemus à Deo , regnum ab incolis , dicitias à paren- !ibus, fidemà fuis predecessoribus , quant, sinobis non faces, remit iimus perprcesentes.
(2) Partout ou l’on tolère plusieurs religions et plusieurs sectes , "lies s’habituent insensiblement l'une à l’autre ; leur zèle perd tous