DE L ASSISTANCE QUI HUMILIE ET DE CELLE QUI HONORE
Octobre 1848.
Nous n'aimons pas à croire les peuples ingrats : nous croyons seulement à T impuissance des mots pour faire le salut des sociétés, s'ils ne sont commentés par les institutions. Nous croyons à deux sortes d'assistance, dont l'une humilie les assistés et l'autre les honore. Ce n'est pas le gouvernement seul, ce sont tous les honnêtes gens voués par religion ou par humanité au service des pauvres en des temps si difficiles, qui doivent choisir entre ces deux manières de secourir les hommes.
Oui, l'assistance humilie, quand elle prend l'homme par en bas, par les besoins terrestres seulement, quand elle ne prend garde qu'aux souffrances de la chair, au cri de la faim et du froid, à ce qui fait pitié, à ce qu'on assiste jusque chez les bètes : car les Indiens ont des hôpitaux pour les chiens, et la loi anglaise ne permet pas de maltraiter impunément les chevaux. L'assistance humilie, si elle n'a rien de réciproque, si vous ne portez à vos frères qu'un morceau de pain, un vêlement, une poignée de paille que vous n'aurez probablement jamais à lui demander, si vous le mettez dans la nécessité douloureuse pour un cœur bien fait de recevoir sans rendre; si, en nourrissant ceux qui souffrent, vous ne semblez occupé que d'étouffer des phiintes qui
attristent le séjour d'une grande ville, ou de conjurer les périls qui en menacent le repos.
Mais l'assistance honore quand elle prend l'homme par en haut, quand elle s'occupe, premièrement de son âme, de son éducation religieuse, morale, politique, de tout ce qui l'affranchit de ses passions et d'une partie de ses besoins, de tout ce qui le rend libre, et de tout ce qui peut le rendre grand. L'assistance honore quand elle joint au pain qui nourrit la visite qui console, le conseil qui éclaire, le serrement de main qui relève le courage abattu ; quand elle traite le pauvre avec respect, non-seulement comme un égal, mais comme un supérieur, puisqu'il souffre ce que peutêtre nous ne souffririons pas, puisqu'il est parmi nous comme un envoyé de Dieu pour éprouver notre justice et notre charité, et nous sauver par nos œuvres.
Alors l'assistance devient honorable parce qu'elle peut devenir mutuelle, parce que tout homme qui donne une parole, un avis, une consolation aujourd'hui ^ peut avoir besom d'une parole, d'un avis, d'une consolation demain, parce que la main que vous serrez serre la vôtre à son tour, parce que cette famille indigente que vous aurez aimée vous aimera, et qu'elle se sera plus qu'acquittée quand ce vieillard, cette pieuse mère de famille, ces petits enfants, auront prié pour vous.
Voilà pourquoi le Christianisme place les œuvres spirituelles de miséricorde au-dessus des temporelles, et demande que les premières accompagnent les secondes. Yoilà pourquoi lorsque le vendredi saint le pape
258 51ÉLANGES.
va, à l'hôpital des Pèlerins, laver les pieds des pauvres et les servir à table, après qu'il a versé l'eau sur le pied de quelque misérable paysan devant lequel il s'agenouille, il le baise avec vénération, apprenant par cet exemple au riche que son or est bien froid, s'il n'y joint l'aumône des lèvres et du cœur; au pauvre, qu'il n'est pas de condition plus honorable que la sienne, puisque la religion met à ses pieds celui qui est le vicaire de Dieu et le chef spirituel de l'humanité.
Voilà pourquoi enfin l'Église avait donné à l'assistance telle qu'elle la voulait ce doux nom de charité, qu'il ne faut plus repousser comme on l'a trop fait, qui exprimait plus que ce nom même si populaire de fraternité : car tous les frères ne s'aiment pas, et charité signifie amour.
Qu'on nous permette l'application de ces principes à quelques exemples. Dans plusieurs arrondissements de Paris la distribution des secours aux ouvriers sans travail se fait par des porteurs salariés ; à peu près comme ces personnes opulenles qui distribuent leurs aumônes par les mains de leurs laquais. Comment les familles assistées seraient-elles émues d'un bienfait qui a toute l'exactitude, mais aussi toute la sécheresse d'une mesure de police? A-t-on jamais vu les gens reconnaissants et touchés jusqu'aux larmes de la régularité avec laquelle les bornes-fontaines s'ouvrent chaque matin et les rues s'éclairent chaque soir?
Le gouvernement a sauvé de la misère douze mille citoyens en leur assignant des teiTes en Algérie. Il a
EXTRAITS DE L'ÈRE NOUVELLE. - iy.)
pourvu avec un soin qu'on ne saurait trop louer à la solennité du départ, à la commodité du transport, aux besoins matériels du premier établissement. Qu'a-t-il fjiit pour les besoins de l'esprit? Le jour marqué pour le départ est ordinairement le dimanche ; pourquoi la messe célébrée au lieu même de l'embarquement ne répandrait-elle pas les consolations de la foi sur ces familles voyageuses dont les cœurs troublés demandent une protection plus puissante que celle des hommes? où sont les aumôniers qui accompagneront la nouvelle colonie sur ce terrain dangereux, sous ce ciel de feu dont les ardeurs sont peut-être moins brûlantes que les passions? oii sont les asiles, les écoles, où est l'enseignement qui formera non-seulement les enfants, mais les adultes à une condition si nouvelle, aux leçons de l'hygiène qui sauvera leur vie, de l'agriculture qui en fera l'emploi?
Vous allez ouvrir au peuple de Paris un certain nombre de chauffoirs publics. C'est une mesure bienfaisante. Mais avez-vous songé à l'emploi de ces longues soirées? Livrerez-vous les loisirs de ces nombreux travailleurs à la propagande du vice, de l'émeute? Ou bien profiterez-vous de ce privilège qui vous est donné d'assembler les hommes pour les occuper honorablement, pour les instruire, pour les renvoyer sous leur toit plus éclairés et meilleurs?
DE l'aumône.
Décembre 1848.
C'est une thèse préférée des socialistes, de dénoncer l'aumône comme un des détestables abus de la société chrétienne. Car, disent-ils, l'aumône insulte le pauvre, puisqu'elle l'humilie, puisqu'elle ne lui permet pas de rompre son pain noir sans reconnaître qu'il est redevable à ceux qui se disent ses bienfaiteurs, et qu'étant devenu leur obligé il a cessé d'être leur égal. Ils en concluent que l'aumône, loin de consacrer la fraternité, la détruit, puisqu'elle constitue, pour ainsi dire, le patriciat de celui qui donne, l'ilotisme de* celui qui reçoit. Ce qu'ils réclament pour les opprimés de la misère, c'est un partage qui les satisfasse et ne les oblige pas, c'est un règlement qui les laisse quittes envers la société ; ce n'est pas la charité, c'est la justice.
Nous ne saurions méconnaître l'habileté d'une doctrine qui est sûre de ne pouvoir se produire dans les discussions publiques sans se faire couvrir d'applaudissements, puisqu'elle s'adresse au plus opiniâtre des sentiments humains, à celui qui palpite sous les haillons comme sous l'or et la soie : nous voulons dire l'orgueil. Oui, c'est l'éternel espoir de l'orgueil humain de se dégager de tout ce qui obligé, parce que toute obligation implique dépendance, mais c'est un espoir éter-
nellement trompé. Non, nous no connaissons pas un homme, si bien partagé qu'il soit des biens de ce monde, qui puisse se coucher un soir en se rendant ce témoignage qu'il ne doit rien à personne. Nous ne connaissons pas de llls qui se soit jamais acquitté envers sa mère, pas de père de famille honnête qui ait jamais trouvé le jour où il ne devait plus rien à l'amour de sa femme et à la jeunesse de ses enfants. Quand nous aurions l'honneur de mourir pour notre pays, nous nous croirions encore ses débiteurs. La Providence n'a pas permis que les rapports sociaux se balançassent comme l'actif et le passif d'un commerce bien conduit, et que les affaires de l'humanité fussent réglées comme un livre en partie double. Tout l'art de la Providence, et pour ainsi dire tout son effort, est, au contraire, de lier le passé à l'avenir, les générations aux générations, l'homme à l'homme, par une suite de bienfaits qui engagent et de services qui ne s'acquittent pas.
Ne voyez-vous pas, en effet, que les grands services sociaux, ceux dont une nation ne se passe jamais, ne peuvent ni s'acheter, ni se vendre, ni se tarifer à prix d'argent, et que si la société rétribue ceux qui les rendent, elle se propose non de les payer, mais seulement de les nourrir? Ou bien croyez-vous avoir payé le vicaire à qui l'Etat donne cent écus par an pour être le père, l'instituteur, le consolateur d'un pauvre village perdu dans la montagne, ou le soldat qui reçoit cinq sous par jour pour mourir sous le drapeau? Mais le soldat fait à la patrie l'aumône de son sang, le prêtre celle
(le sa parole, de sa pensée, de son cœur, qui ne connaîtra jamais les joies de la famille. Et la patrie à son tour ne leur fait pas l'injure de croire qu'elle les paye; elle leur fait l'aumône qui leur permettra demain de recommencer l'humble dévouement d'aujourd'hui, de retourner auprès du lit du cholérique, ou sous le feu des Bédouins. Et ceci est si vrai pour le sacerdoce particulièrement, que l'Église, en acceptant la rétribution de la messe, n'a jamais consenti à la recevoir comme un salaire, mais comme une aumône, et que les grands ordres religieux du moyen âge, les plus savants, les plus actifs, firent profession de mendicité. Ne dites donc plus que j'humilie le pauvre, si je le traite comme le prêtre qui me bénit et comme le soldat qui se fait tuer pour moi.
L'aumône est donc la rétribution des services qui n'ont pas de salaire. Car à nos yeux l'indigent que nous assistons ne sera jamais l'homme inutile que vous supposez. Dans nos croyances, l'homme qui souffre sert Dieu, il sert par conséquent la société comme celui qui prie. Il accomplit à nos yeux un ministère d'expiation, un sacriiice dont les mérites retombent sur nous, et nous avons moins de confiance, pour abriter nos têtes, dans le paratonnerre de nos toits, que dans la prière de cette femme et de ces petits enfants qui dorment sur une botte de paille au quatrième étage. Ne dites pas que si nous considérons la misère comme un sacerdoce, nous voulons la perpétuer : la même autorité qui nous annonce qu'il y aura toujours des pauvres parmi nous
est aussi celle qui nous ordonne de tout faire pour qu'il n'y en ait plus. Et c'est précisément « cetle éminenle c( dignité des pauvres dans l'Eglise de Dieu, » comme dit Bossuet, qui nous met à leurs pieds. Quand vous redoutez si fort d'o/>//^6'/" celui qui reçoit l'aumône, je crains que vous n'ayez jamais éprouvé qu'elle oblige aussi celui qui la donne. Ceux qui savent le chemin de la maison du pauvre, ceux qui ont balayé la poussière de son escalier, ceux-là ne frappent jamais à sa porte sans un sentiment de respect. Ils savent qu'en recevant d'eux le pain comme il reçoit de Dieu la lumière, l'indigent les honore; ils savent que l'on peut payer l'entrée des théâtres et des fêtes publiques, mais que rien ne payera jamais deux larmes de joie dans les yeux d'une pauvre mère, ni le serrement de main d'un honnête homme qu'on met en mesure d'attendre le retour du travail. Nous sommes tous malheureusement sujets à bien des hauteurs et à bien des brusqueries avec les gens de métier. Mais il y a bien peu d'hommes assez dépourvus de délicatesse pour rudoyer le malheureux qu'ils ont secouru, pour ne pas comprendre que l'aumône engage celui qui la donne et lui interdit pour toujours tout ce qui pourrait ressembler au reproche d'un bienfait.
Quand vous dogmatiserez contre la charité, fermez du moins la porte aux mauvais cœurs, qui sont trop heureux de s'armer de vos paroles contre nos importunités. Mais surtout fermez la porte aux pauvres ; ne cherchez pas à leur rendre amer le verre d'eau que
264 MÉLAKGES.
l'Evangile veut que nous leur portions. Nous versons le . peu que nous avons d'huile dans leurs blessures : n'y mettez pas le vinaigre et le fiel. Non, il n'y a pas de plus grand crime contre le peuple que de lui apprendre à détester l'aumône, et que d'ôter au malheureux la reconnaissance, la dernière richesse qui lui reste, mais la plus grande de toutes, puisqu'il n'est rien qu'il ne puisse payer !
AUMOiNES POUR NOTRE SAINT-PERE LE PAPE PIE IX.
Janvier 1849.
Le signe que nous attendions est venu rompre un silence bien long pour nous, et nous permettre de répéter un appel qui devait s'élever de tous côtés en même temps, afin que personne n'y reconnût la voix des partis.
Au moment où la France apprit l'ingratitude de Rome et l'exil de Gaëte, tous les cœurs s'émurent, tous les yeux se tournèrent vers le Pontife dont l'Europe entière admirait la sainteté et la sagesse; et non-seulement ceux qui croient, mais beaucoup de ceux qui ont le malheur de ne pas croire, touchés d'une si auguste infortune, auraient voulu mettre à ses pieds leurs biens et leurs vies.
Les jours écoulés n'ont rien fait pour calmer l'émo-
lion des premiers moments : la grande injustice dure encore, et les besoins se sont multipliés. Pic IX, qui le lendemain de son avènement avait fait vendre la moitié des chevaux de ses écuries, qui épuisait son patrimoine en charités, n'avait pas attendu l'heure de l'épreuve pour se dépouiller d'un luxe désormais inutile. Tous ceux qui ont eu l'honneur de l'approcher savent combien il lui coûterait peu de retourner aux filets de saint Pierre ou à l'obscurité des catacombes ; et il n'y a pas longtemps qu'on lui entendait dire « qu'il re- « mercierait Dieu, tant qu'on lui laisserait une besace a et un bâton avec la liberté de parcourir la terre en « bénissant les peuples sur son chemin. » Mais au-dessous du souverain Pontife, il faut voir toutes les grandes administrations de l'Eglise, le consistoire, la propagande, la pénitencerie et tant d'autres dont les actes sont gratuits, les charges immenses, les revenus taris, dont les ressources naturelles seraient perdues pour longtemps, lors même que l'autorité pontificale ne tarderait pas à rentrer dans Rome, et qui, interrompues dans leur exercice, jetteraient le trouble dans toutes les affaires religieuses de la chrétienté. D'ailleurs, quand l'Etat romain se trouve sous le poids de tant de difficultés, il n'est pas juste de lui laisser supporter tout ce qu'a de dispendieux le gouvernement des consciences par toute la terre.
Sans doute l'hospitalité de Naples et la bienfaisance de l'Espagne ont pourvu aux premières nécessités ; mais il ne convient ni à l'honneur de la France, ni à la
i>06 MÉLANGES.
dignité de la République, de souffrir que la papauté soit pensionnaire des couronnes étrangères. La France, qui a pourvu depuis onze cents ans à la liberté du souverain pontificat, en lui donnant un domaine temporel, dont les rois allaient tenir l'étrier d'Alexandre III et d'Innocent IV, quand ces grands proscrits fuyaient aussi devant les Gibelins de leur siècle, la "France ne peut oublier ni ses droits ni ses devoirs. Si le malheur des temps et les intrigues des factions ne permettent pas au Pontife de venir nous demander un asile dont les passions politiques abuseraient; si Pie IX, retenu d'ailleurs par l'espoir du prochain repentir de son peuple, ne vient pas à nous, par nos aumônes nous irons à lui. Nous ferons voir au monde et à l'Italie, qui a besoin de cette leçon, que la passion de la liberté n'a étouffé dans nos cœurs ni la foi, ni la justice, ni la reconnaissance. Nous rendroîîs cet hommai^e au Pontife libérateur, dont le malheur présent n'est pas moins l'ouvrage des ennemis de ses réformes que des ennemis de son autorité. Surtout nous rendrons ce service à l'indépendance de l'Église ; noUs rendrons à Pie IX cette liberté à laquelle il réduit ses désirs, et que la diplomatie européenne ne lui reconnaît pas, d'aller où il lui plaît et de bénir comme il veut. Les offrandes du monde catholique, qui rachetèrent autrefois tant de prisonniers, délivreront le souverain pontificat des partis qui voudraient en faire l'instrument d'une nationalité, comme des rois qui voudraient en faire l'étai de leurs trônes. Nous aurons prouvé qu'il n'y a pas une
lerre catholique, si calomniée qu'elle soit, qui ne puisse donner au vicaire de Jésus-Christ le pain et le vin du sacrifice, et que l'Eglise, ce pouvoir spirituel, se joue des entraves financières auxquelles une politique matérialiste assujettit les empires.
Enfin nous ferons un acte de loi. Au temps des guerres saintes, quiconque prenait l'épée pour la délivrance de Jérusalem mettait la croix sur sa poitrine. Ceux qui veulent la mettre sur leur front s'engageront dans cette croisade pacifique. Les jours où nous vivons sont difficiles, l'avenir obscur, les questions politiques capables d'armer toutes les passions et de troubler la prévoyance des plus fermes esprits. Mais au milieu de cette lutte des opinions politiques, c'est un fait considérable qu'aucune doctrine philosophique, aucune doctrine religieuse n'ait prétendu à la conquête des âmes, et que le Christianisme soit resté seul sans contradicteurs dans un temps qui a tout contredit. Jamais la foi ne s'est montrée plus forte qu'au milieu des ruines de 1848, de même que nos cathédrales paraissent plus grandes que jamais quand on démolit ces constructions, qui semblaient les soutenir et qui ne faisaient que cacher la solidité de leurs murailles. L'exilé de Gaëte a déjà reçu plus d'hommages sur ce rocher solitaire que les plus glorieux de ses prédécesseurs sous les voûtes dorées du Vatican. Nos offrandes seront comme autant d'adhésions, comme autant de pierres ajoutées à ce fondement éternel de la foi. Debout sur le piédestal que nous aurons élargi, Pie IX
2o8 MELÂ>'GES.
paraîtra aux yeux de la postérité comme la plus grande image de l'inébranlable autorité du Christianisme, comme on voit dans les mosaïques des vieilles églises romaines le Christ debout sur le rocher, et disant aux faibles : Ne craignez pas, j'ai vaincu le monde. •
Ego vici mundum.
A Dieu ne plaise que nous ayons l'ambition de mesurer aux faibles sommes que nous recueillerons la piété de la France ! Le plus grand nombre des offrandes ira se cacher avec l'obole de la veuve dans le tronc des paroisses. Mais à côté de l'obole secrète que Dieu aime, il est bon qu'on voie la protestation éclatante qui instruit les hommes. Il est juste qu'une réparation solennelle efface la trace de l'injure publique. Il est honorable que des fils veuillent être nommés à leur père et qu'ils lui disent : c( Très-saint Père, il y a plusieurs mois qu'aux premiers nuages qui troublèrent la sérénité de vos années nous ne voulions pas prévoir vos douleurs futures, mais nous leur promettions d'avance un adoucissement dans le respect et l'amour de tout l'univers. Puisque Dieu a permis pour votre gloire et pour notice enseignement que les mauvais jours soient venus. Très-saint Père , recevez l'aumône de la France ; recevez-la comme le Sauveur reçut les cinq pains et les deux poissons du jeune homme sur la montagne; bénissez ce pain, rompez-le et qu'il se multiplie comiîie les besoins de l'Église. En tendant vers nous cette main que tant de lèvres ardentes ont baisée, vous nous
donnerez bien plus, saint-Père, que vous n'aurez reçu. Vous donnerez un grand exemple à cette société à laquelle on veut enseigner le mépris de Taumônc, l'abolition de la charité et la fraternité par la spoliation. Quand le représentant de N. S. Jésus-Christ, et par conséquent de tous les pauvres, dont Jésus-Christ est le chef, quand le libérateur des peuples, quand le glorieux Pie IX aura accepté l'aumône, qui donc la refusera? La bienfaisance catholique, réhabilitée en la personne d'un si grand Pontife, n'humiliera plus les indigents; elle ne trouvera plus de porte qui lui soit fermée; elle fera le tour des nations malades, guérissant leurs misères, mais bien plus encore leurs colères et leurs ressentiments. Et il se trouvera que Dieu, en vous conduisant peut-être dans l'exil pour renouveler la foi par le spectacle d'une autorité sans appuis terrestres, vous y avait aussi mené, très-saint Père, pour renouveler la charité, qui est le dernier secret de notre régénération. »