DOCTRINE DE SAINT-SIMON
A travers dix-huit siècles de combats et de victoires, le Christianisme, prêché par des pauvres, soutenu par des martyrs, avait marché, tel qu'un géant, à la conquête du monde. Son pied foulait les ruines de Rome idolâtre; autour de lui ses adversaires terrassés jonchaient l'arène. 11 étendait les bras pour appeler tous les peuples de la terre, elles peuples accouraient dans son sein. Son empire s'étendait de jour en jour, prêt à embrasser dans ses limites toutes les régions du globe.
Voilà qu'un nouvel assaillant est descendu dans la lice. Une nouvelle doctrine réclame à son tour le sceptre de l'univers. Les disciples de Saint-Simon le philosophe s'avancent pour annoncer la chute du Dieu des chrétiens, et élever, disent-ils, sur les débris de la vieille croyance, une religion neuve, puissante pour le bonheur de l'humanité.
Mais avant de croire à leur parole, la raison les cite à son tribunal ; elle est désireuse de voir quels sont ces fiers envahisseurs de la société chrétienne, quelles armes ils apportent au combat, quel est enfin ce système hardi qu'ils proposent à la régénération du genre humain.
La doctrine saint-simonienne se divise en deux parties : la première, liistorique et critique, destinée à donner une explication satisfaisante des révolutions religieuses qui se sont succédé sur la face de la terre, à constater la mission du Christianisme, sa décadence et le besoin d'une croyance nouvelle; la seconde, dogmatique et organique , consacrée à l'exposition de l'œuvre de Saint-Simon, des dogmes qu'il a proclamés et de l'organisation sociale dont il a tracé le plan. '
Examinons successivement ces deux divisions du système qui nous est proposé : considérons d'abord si la théorie historique, qui lui sert de base, est d'accord avec les faits; nous entrerons ensuite plus avant dans la discussion, et nous essayerons d'apprécier la doctrine en elle-même.