A CHACUN SELON SA CAPACITÉ , A CHAQUE CAPACITÉ SELON
SES ŒUVRES : belle et chrétienne maxime ; consolante promesse de la part d'un Dieu ; menace effrayante peutêtre dans la bouche d'un homme ! Où sont-ils ceux qui seront établis juges de la terre, ces êtres si vivement sympathiques, qui appelleront toutes les capacités à leur tribunal, pour leur distribuer une place, pour rendre sans appel des arrêts qui décideront des destinées humaines? Sans doute ils doivent être à l'abri de toute erreur ; ils doivent jouir d'une somme immense d'intelligence et de sagesse : le présent, le passé et l'avenir n'ont plus de secrets pour eux ; car il faut qu'ils prévoient ces développements subits qui élèvent quelquefois les âmes les plus grossières à un haut degré de perfection ; il faut qu'ils connaissent toutes les profon-
deurs de la nature humaine; il faut qu'ils possèdent, ce qu'aucun philosophe n'a pu encore obtenir, une psychologie complète. La Providence ne saurait permettre ([ue des hommes imparfaits gouvernassent le monde en dernier ressort. Qu'on me les montre donc ces êtres privilégiés, et je leur dirai : Vous êtes des dieux, ou plutôt encore je leur demanderai qui les a jugés eux-mêmes, qui a constaté leur capacité. Sont-ce leurs inférieurs en mérite, ceux qui leur doivent être soumis? Mais alors les capables sont jugés par les incapables ; ce qui, dans le système saint-simonien, est absurde; ou bien les incapables reçoivent sans examen des autorités qui se constituent elles-mêmes, l'obéissance aveugle gouverne ' les peuples, et la société tombe dans le plus servilci despotisme.
Je sais qu'on répondra que la sympathie enfante des merveilles, que le plus capable se présentera de luimême, et que les acclamations des sujets le porteront au pouvoir. Mais pour admettre dans cet assentiment une infaillibilité permanente, il faut faire table rase du conflit des passions, des intérêts qui se croisent, des intrigues qui se multiplient ; il faut faire abstraction de la différence des vues et des caractères; il faut nier la versatilité des majorités, des masses populaires ; il faut supposer, en un mot, une nation parfaite : et alors a quoi servirait, de grâce, l'organisation sociale, qui n'a d'autre but que le perfectionnement? et, d'iin autre côté, que deviendrait la stabilité d'un gouvernement où l'autorité même ne serait pas viagère? Le genre
RLI LEMONS SI T. I.\ IHXJIU.NK \)\i SAÏNT-SlMoN. TmT
Inimain se perfectionnant sans cesse, à chaque instant peut surgir une capacilé nouvelle, supérieure, digne de remplacer la capacité régnante; à chaque instant l'épreuve doit reconnnencer, et les degrés du trône saint-simonien sont continuellement couverts de })onti- Tes-rois passés et à venir, de capacités détrônées qui descendent et de capacités naissantes qui s'élèvent. Or*, à travers cette fluctuation, comment pourra le vaisseau de l'État marcher vers le port ?
Il y a plus, l'étahlisseinent de cette étrange organisation nécessiterait une œuvre plus singulière encore : c( La propriété, disent les fils de Saint-Simon, qui dece puis hien des siècles va s'affaiblissant toujours, cesce sera d'exister; avec elle tombera l'hérédité pour faire ce place à la communauté des biens et à la répartition, ce selon le besoin, selon le mérite (1). » Si mon inlenlion était d'entrer dans une discussion historique, il ne serait peut-être pas difficile de montrer que ce qu'on a pris pour l'affaiblissement de la propriété n'en fut que la transfoi'mation ; et que, tandis que la propriété de ritomme mr Phomme se détruisit peu à peu sous l'intluence du Christianisme, le défrichement des terres s'accrut en raison inverse, et la propriété du sol acquit plus d'intensilé. Mais ici c'est assez de faire observer que la propriété est un besoin pour l'homme; c'est pour ainsi dire une extension du moi, de la personnalité : ce que l'homme ])ossède devient comme un
[\) Doclnnc de Sai}tt-Sinwn, [•ii'isirii. Tohleau flr in relitiion sniul- ^^imonienne.
'm8 MKIANGES.
autre lui-même; c'est une sphère qu'il se crée pour le éveloppement de son activité, de telle sorte qu'à la propriété est attachée T indépendance, et que celui qui ne possède pas devient mercenaire, c'est-à-dire soumis pour le gain de sa subsistance au bon plaisir d'autrui (1).
Ils seraient donc mercenaires tous les membres de la société saint-simonienne : donc ils cesseraient d'être libres.
Allons plus loin. A l'instant où l'on renverse la propriété, l'hérédité tombe avec elle : on ravit aux enfants les^ biens, la gloire, l'amour de leurs pères, comme si la nature n'avait pas fait la tendresse paternelle prévoyante au delà même de la mort; comme si celui qui baigna la terre de ses sueurs, et arrosa de son sang le sol de la patrie, pouvait mourir consolé en pensant que S€s fils n'auraient à recueillir ni le fruit de ses travaux, ni la reconnaissance de ses concitoyens; comme si un(^ vénération universelle, invincible, n'environnait pas
(I) La propriété reçue ou acquise, ol)lemic par le travail ou par 17/£'redité, se présente sous Tune et l'autre de ces deux formes, comme l'expression vive des affections, des besoins de la nature humaine. D'une parL la propriété acquise cet une création de Taclivité de l'iiomme; c'est Urésultat de son développement. 11 la chérit donc comme étant l'œuvre (Uses efforts, le prix de ses sueurs, comme le miroir fidèle où viennent se réfléchir tous les travaux de sa vie. La propriété héréditaire a une valeui analogue : elle est pour l'homme le monument de l'activité de ses pères, l'expression de leur sagesse, de leur industrie. Dépositaire des souvenirs domestiques, des affections les plus douces; témoignage de la sollicitude des aïeux pour leurs petits-fils, elle est féconde en pensées consolantes : il semble que l'esprit des ancêtres y veille, y préside encore ; aussi estelle l'objet d'une sorte de culte, de vénération filiale.
Il est une troisième espèce de propriété, prix impur de riniustice personnelle ou héréditaire i celle-là, la conscience la désavoue, et la religion la flétrit.
IVKKLEXIONS SIK LV DOGilUM': DH SAINT-SIMON. ô7Ai
les rejetons des grands hommes ; comme s'il ne fallail pas qu'une main filiale soutînt au temps de sa vieillesse la mère qui a usé ses jours pour donner et conserver l'existence à ses enfants; comme si enfin ces enfants mêmes, arrachés au foyer paternel, ne devaient jamais redemander ceux dont ils tiennent la vie, et qu'on pul changer les affections de leur cœur comme le lieu de leur domicile. Quedis-je? Non content de détruire les vertus, on prétend encore créer des crimes. En effaçant les distinctions de naissance, on ordonne l'ingratitude, on provoque l'inceste. Le mariage cesse d'être un lien sacré; des unions fortuites comme celles des animaux, dissoluhles comme elles, formées par la volupté, rompues par le dégoût, donnent le jour à une race faible, dégénérée, entachée, quoi qu'on en dise, des crimes de ses pères : tant il est vrai qu'en pulvérisant les liens de la famille, on brise ceux de la société, et que la corruption des mœurs tue les nations.
De l'abolition générale des priciléges, les prédicateurs de la nouvelle doctrine déduisent encore ïémanripation des femmes. Élevée par le Christianisme à toute la dignité de sa condition, la femme est la compagne de l'homme, et non son esclave ; mais le Créateur, qui fit bien toutes choses, donna à chacun d'eux son domaine et ses attributions. A l'homme le monde appartient, et il le subjugue par la sagesse, la puissance et la force ; à la femme le cœur de l'homme, et elle y règne par la grâce, la douceur et la beauté. Oh î qu'elle ne renie point son apanage, car il est grand ; qu'elle
ôiO MÉLANGES.
n'envie point celui de son époux, car c'est un fardeau Irop lourd pour elle! L'homme et la femme sont faits pour s'aimer, non pour lutter ensemble : à chacun son caractère, à chacun sa mission et sa vie.
Ici un soupçon grave s'élève : on a accusé les saintsimoniens de poser en principe politique la communauté des femmes. Malgré leur dénégation formelle, il est certain que leurs enseignements et leurs discours ont manifesté une forte tendance vers ce résultat, qui au reste ne serait qu'une conséquence rigoureuse de leur système. Pour nous, nous aimons mieux mille fois les croire rebelles à la dialectique qu'aux lois les plus saintes de la nature, et nous nous hâtons de tirer un rideau sur des conjectures ([uï font rougir de honte et d'indignation... •
Ainsi la politique de Saint-Simon est une rêverie que la raison désavoue : sa logique aboutit au pyrrhonisme, sa morale se résume dans la conception épicurienne de l'intérêt, et le panthéisme est le fond de sa métaphysi(|ue. Doctrines déplorables, débris des idées erronées (le quelques penseurs épars parmi les siècles, et dont la philosophie de nos jours, grande et généreuse, a fait bonne justice.
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RtFLEXlO^^S SIR LA DOCTRINE DK SAINT-SIMON. .-.il
mèine ; mais notre lâche no serait pas accomplie, si nous ne remontions à l'origine de ce système, si nous ne cherchions à retrouver Tidée qui présida à sa formation : car celui qui cherche la vérité ne se contente pas d'ohserver les faits, il se sent pressé du besoin de s'élèvera la connaissance des causes : FrJix qui potnil rcnim aufito^cerr ((msas!
Les disciples de Saint-Simon l'annoncent comme un révélateur, comme un homme inspiré. « A des épocpies c( antiques, disent-ils, Moïse et Jésus vinrent de Dieu « pour préparer les voies à l'association universelle. « Saint-Simon vient aussi de Dieu pour l'accomplir; et (( sa mission se prouve, non par des miracles, mais par « la sublimité, la vérité de sa parole. »
Un homme parut aussi, il y a douze cents ans, qui se disait prophète, révélateur définitif : lui aussi prétendait que Moïse et Jésus n'avaient fait que lui préparer les voies ; que le Christianisme altéré, corrompu, n'avait plus de valeur ; qu'il fallait un régénérateur à l'univers. Mais au moins celui-là reconnaissait-il la nécessité de prouver sa mission d'une manière simple, authentique : aussi alléguait-il des miracles, et ses grands coups de cimeterre, ses victoires multipliées, lui servaient d'arguments démonstratifs. Cet homme fut Mahomet.
Et voilà qu'aujourd'hui, après douze siècles de civilisation, des hommes se lèvent pour établir leur révélation sur leur propre témoignage, et prétendent imposer à l'univers les conceptions de leur génie.
Ôi2 MÉLANGES.
Qu'ils sachent donc que l'homme, tout sympathique qu'il est, ne saurait croire à rinfaillibitc humaine. Il faut lui démontrer que Dieu a parlé par une bouche mortelle, et la preuve doit être sensible, frappante, afin de pouvoir convaincre les âmes les plus grossières et persuader les cœurs les plus froids.
Or pensent-ils donc, ces nouveaux docteurs, que la sublimité, la vérité de leur parole soit évidente pour tous, et que leurs dogmes de haute métaphysique soient intelligibles pour tous les esprits? Quant à nous, faibles et misérables capacités, sans doute nous ne l'avons point cru : égarés peut-être par ce vieux préjugé qu'on appelle srns commun^ nous avons trouvé dans la religion saint-simonienne erreurs, contradictions. Bien plus, par cela même que les modernes apôtres reconnaissent la mission divine de Moïse et de Jésus Christ, la leur nous a semblé fausse, impossible; car, tandis que Moïse venait pour développer et éclaircir la révélation primitive, tandis que le testament du Calvaire accomplissait les promesses du testament du Sinaï, Saint-Simon prétend édifier une doctrine totalement contradictoire : le législateur d'Israël annonçait le Messie, et le Messie proclame la stabilité, l'éternité de sa parole; et en prédisant les faux prophètes à venir, il les avait frappés d'anathème (1). Et Saint-Simon
(1) Prenez garde aux faux pro[)liètes (jui vicnneut à vous sous des vêlements de brebis, et qui sont au dedans des loups ravisseurs. — Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. — Voici que je suis avec vous jusqu'à la consomr.ialion des siècles. [Évangile.)
RÉFLEXIONS SUR !.A DOCTRINE DE SAINT-SIMON. TiTi
déclare que TÉvaiigile de ^csus-Christ a perdu la puissance et la vie, cl qu'il vient, lui, révélateur nouveau, remplacer une croyance à qui Dieu même avait assuré îa perpétuité; en sorte qu'une inspiration détruirait l'autre, et que les décrets de l'Eternel se contrediraient et changeraient avec les siècles.
Ainsi s'évanouit le deus ex ma china de la doctrine saint-simonienne; elle redevient purement humaine, •et Vœnrre du maître n'est plus qu'un système, dont la naissance et le développement s'expliquent sans peine à la raison.
Saint-Simon naquit dans un siècle de troubles et d'orages, où la science semblait s'être levée contre la foi, où des doctrines irréligieuses parties de la classe éelairée se répandaient parmi le peuple, où chaque jour enfin les passions déchaînées semblaient marcher à la ruine de la société. A ce spectacle, il désespéra du Christianisme et de la France ; il crut assister à l'agonie de l'Eglise et de l'Etat : une imagination ardente lui persuada qu'il était appelé à bâtir sur leurs ruines, à régénérer la croyance religieuse et l'organisation sociale. Son erreur fut d'avoir méconnu l'invariabilité desprin- , cipes selon lesquels l'humanité se développe, d'avoir cru que le but nécessaire de la critique est de détruire; comme si juger et condamner étaient une même 4ïhose (1).
Pour élever ce grand édifice qui était devenu l'objet
-', I) Critique, en grec /.v.Tix/f;, de /.y.-rz'.j, juger, et non détruira..
.lii MKLAXiLS.
de tous ses mes, il recueillit ses souvenances, il alla frappant aux portes de toutes les écoles de l'antiquitr et des temps modernes, glanant çà et là les lambeaux de mille conceptions philosophiques pour en revêtir la science noue elle.
Et d'abord le panthéisme, qui constitue sa métaphysique, apparaît comme un mélange de spinosisme el des vieux systèmes grecs, empruntés eux-mêmes aux philosophes hindous. L'universalité de la substance, la distinction de ses deux formes spirituelle et matérielle, l'axiome du développement perpétuel, indéfini, appartiennent à Giordano Bruno, Spinosa, et à quelques penseurs de l'Allemagne. Le principe de l'unité, la vivification du grand tout par Tamour, l'émanation des âmes, enfin la métempsycose, sont autant de pensées antiques, fruit des premières méditations de la philosophie naissante, et souvent égarée sous le ciel merveilleux de l'Orient. Mais au moins la mémoire de la révélation primitive dominait et épurait encore ces doctrines : elles admettaient l'idée morale du jugemeni après la mort, que Saint-Simon renie; et la métempsycose offrait aux justes l'espérance d'une transformation glorieuse, aux coupables la crainte d'une honteuse métamorphose et d'une vie future expiatoire (l).
La négation de la vérité et de la justice absolues,
(1) L'idée de cette unité vivante, de cet nnioiir qui \ivi(îe le gnuid tout. se retrouve à chnque instant dans rantiquité païenne v{ philosopliique. M L;i [»enséo, disait Xénopliane, est la seule ^ibstance réelle, persévé- « rante, innnnalde. » [Diocjènc Lnhre, 9, g 10.) Et l'on sait que les « iiliilosoplios ;inciens comprenaient sons le nom générique de Pensée
IU;i LEXIONS Sim la nOCTIUNE DE SAIM-SIMO.N. .".t:.
sur laquelle, ainsi (|ue nous ravuns observe, reposenl à la fois la lojjiique et la morale sainl-simonieunes, estelle autre chose que le résumé des enseignements de Pyrrhon et d'Epicure, renouvelés dans les dernieis siècles par Bayle, Hume, llelvélius, popularisés par les écrits de Voltaire?
« toutes les manières d'être de Tiiine : on n'en était point encore v(Mni ii séparer l'intelligence de Tamour.
Le passage suivant d'Apulée est plus curienx encore.
Qiiœ fuerunl exorta cl qnie venlura soqncnUu-, lUi'c in veiilrc .lovis rcruni compago nianeltant... Primiis ciimtoniin est et Jupiler ullinms idoiii. Jupiter cl caput et niediuui csl; sunl ex Jo\e cuntla ■ Jupiter et mas est atque idem nymplia percnnis. Spiritiis csl cunclis : validusque est Jupiler igiiis; Jupiter est pelagi radix, est lunaquc, solque. Cunctorurn rcx est priuccpsqiic et originis auctor ; Namque sinu occultan>, dulccs in luniinis auras (Aincla tulil sacre vcrsans s»d) peclore curas.
[Carmen de mundo.)
Ailleurs {}létanwrp1io$c>>, liv. II, p. 250) Apulée nonune la naliu\' VunitémuUifonue.
La pensée d'Aratus n'est pas moins frappante :
Esc Atô; àp-/wac(j9a, tov &'j^î'~Cit' àv(5'sc; iMu.ît
Tlxca.'. (V àvôpwTTwv à-j'oso,-/ tj.zavr, 8ï ôâXaaaa
Tc'j "^àp /.y), "j'î'vo; ia<j.h.
(Arati Phœnomena, v, i-.^.
Hésiode fait naître l'Amour le premier de tous les dieux, pour féco (\qile stérile Chaos :
Atoi asv TTîWT'.'ïTa, Xao; '^^i'H-: , aùràp ï-i'-y. Faï' c'JS'jcr—pvo;, 77âvT0)v i'rîo; àdçaXs; aîî'. AôavaTfov, ci v/yjcsi y.xyr, v.'^o'evTC; ()/.'ja7:c'J, Tocprapâ r' r.îpc'svTa u.'r/j\i y.^ovô; vjp'.'^v.r.; h ^* Èpo;, o; /-â).>.'.(3Tc; v/ àOavâTs'.c. Oicid'.,
A'JG'.V.Ï/.r.Ç, 7T0CVTWV TE Oc(OV, 77aVT0)V T àvôpWTTOiV .
[Tfieogonia, v. 110-121.
De nombreux philosophes grecs présentaient aussi TAmour comme le générateur de l'univers, la cause et la substance première.
Enfin le plan de l'association universelle est tracé en grande partie sur la République de Platon. Il est curieux, en parcourant les œuvres du philosophe grec, d'y retrouver la communauté des biens, des enfants, de l'éducation ; le nivellement des sexes, la rétribution selon la capacité, et autres rêveries semblables que l'on colporte aujourd'hui parmi nous comme choses nouvelles (1). A ces conceptions helléniques s'entremêlent parfois quelques vues de J. J. Rousseau et de l'abbé de Saint-Pierre, des souvenirs lointains de la République chrétienne de Henri IV et de la Théocratie juive.
Ainsi des débris assemblés de ces systèmes surannés, incohérents, modifiés d'après les exigences de l'époque, le nouveau révélateur a prétendu former un colosse. Puis, tel qu'un autre Prométhée, il a voulu, pour lui
{ I ) « Les dons de la nature ont été également distribués entre les deux « sexes ; Tliomme et la femme jouissent des mêmes avantages : impose- « rons-nous donc toutes les charges à Thomme, sans en faire aucune part « à son épouse? Douées des mêmes qualités, les femmes partageront donc « avec leurs époux le soin de veiller ii la garde de la cité... La consé- « quence de cette loi est la communauté des femmes et des enfants; en <( sorte que le père ne connaisse point celui qu'il a engendré, et que le tils « à son tour ne puisse distinguer son père... Entre les gardiens de la « cité tout doit être commun. »
(Jy.oîwç (5'i£CTrap[J-£vai al' cpucfsi? sv àacpoïv toÎv ^waiv v.rù. irocvrcov asv p.éTc'-/ci yjvf, £7îi7/,'5'c'j';.aT(ov xaTa çûaiv, TravTtov c^à àvr.p. H cOv àvopâc. rrocvra Trpoa- Tâic;j.£v, -^'Jva.;>cl ^s oùf^àv; Kat "^"jva.'.xô; àpa x,al àv^po; r. aùrf. gÛt-.; si; ou- >.9xr,v TTo/.cw;. Kat -^"jvaï/.e; àpa aX Ti'.atjrai t'.ï? toicutji; àvf^pâciv èxXsxTî'at ajvoixîïv T£ v.iX G'jvç'jXaTTStv, èTTEÎTTsp statv './.'/val Y.%\ Ç'j"]f"^âV£Ï; aÙTCÏ; tt.v oûaiv... TcÙtw É'îTcTai vo'ao; -à? -^'•jva.ï/.%; -rccGy,; ctvxi xcivà:.,. /.al tcIi; Traîna; au /.ctvcùç, x,al p.xTê •^ovÉa â'/C-j'ovcv sùî'îva'. rô^ aùroii, u-riTê Traîèa, "j'cî'x... Aîî xcivTJ -avra £>TtTrii5'£'Jîiv tc6; t£ cpûXaxa; /.al rà; cpuXa)C'(5'a;. (Dt' Rcpublica, l'ih. V, p. 456, 457.)
Si les bornes de cet opuscule eussent permis de plus longs détails, on aurait pu citer de nombreux passages de la doctrine saintrsimonienne, calquéssurdes phrases de Platon : un tel parallèle ne manquerait pasd'intéiêl.
<lonnor la vie, ravir le feu du eiel : il a saisi (juelquestines de ces idées sublimes, créatrices, qui apparlienrieut au calholicisme. Le plau de la hiérarchie religieuse, le précepte de rameur, l'idée même de l'association universelle, sont autant de grandes et fécondes <loclrines que l'Eglise revendique.
Mais lorsque Saint-Simon aspire à devenir original, et s'écarte du Christianisme qui lui sert de modèle (I), aussitôt sa doctrine présente ou un mouvement rétrograde remarquable, ou une exagération ridicule. Jésus- Christ annonçait l'égalité des hommes aux yeux de Dieu, et la rétribution selon les oeuvres dans la patrie céleste : Saint-Simon enseigne l'égalité des hommes à leurs propres regards, et le jugement définitif sur la terre. L'Homme- Dieu de Nazareth affranchissait la femme et brisait les fers de l'esclave : le phifosophe tVan(;ais veut, malgré la nature, égaler la femme à l'homme et détruire la propriété. L'un proclame une vaste société religieuse où tous vivront dans une communauté de croyance; l'autre prêche une association politique où tous, barbares et policés, jouiraient des mêmes institutions, des mêmes avantages matériels. Mais, quand l'Évangile ordonne le triomphe de l'esprit et le servage de la chair, quand il confesse un Dieu spirituel et une àme immortelle, Saint-Simon recule (2);
(I; youveaii ChristiiUiisinc, c'est le titre d'un des ouvrages de S;iinl- .Sinion.
y2) Cette expression est répétée plusieurs fois dans les livres des saintsinioniens.
r/tïs :Mt:i ANGES.
les enseignements, les préceptes et les promesses du (llirist lui semblent au-dessus des forces humaines : il place sa religion comme juste milieu entre le Christianisme qui lui paraît trop haut, et le paganisme qui est trop bas; et il s'applaudit d'avoir concilié l'esprit et la matière à peu près comme ces philosophes qui expliquaient l'union de l'Ame et du corps par un métUdleur pi astique j bizarre enfant de leur cerveau rêveur.
JtE L APPLICATION DE I.A DOCTRI.Xr: I)i; >AINÎ-SI>Im.N .
Les considérations qui précèdent conduiseut à aj)précier les résultats d'une pareille doctrine, si jamais elle recevait son application.
Peuples, tournez vos regards du coté de l'Orient, vers les ruines des anciens portiques d'Athènes, vers les vieilles demeures des mages et des gymnosophisles : c'est là qu'ils veulent vous ramener; ce n'est qu'une marche rétrograde de quelque mille ans qu'ils prétendeut vous imposer, ceux qui vantent la perfectibilité. Voyez ces arts, ces sciences, perfectionnement moral dont le Christianisme, de l'aveu de ses adversaires, vous avait fait possesseurs en soumettant les sens à la raison, la chair à l'esprit; c'est cette œuvre magnifique qu'ils viennent détruire, ceu\ qui vous parlent de l'amélioration de Fliomme, et ils ne s'aperçoivent pas
)IKM,K\I0.NS M II 1,\ IHH irUM: HK SA1M-SIM(»n '[\)
qu'en brisant la l)an'irre qui contient les passions, ils vont frayer à ce torrent impéluenx une voie large pour la ruine d*' In civilisation européenne, dont le laborieux ('nlaiitement a coûté clix-bujl siècles. Pères, serrez pour la dernière fois vos cnfanlsdans vos bras; et vous, enfants, pour la dernière fois souriez à vos pères; tous ensemble dites adieu à vos affections domestiques ; car c'est là ce que veiileni vous enlever ceux qui se disent les propagateurs d'une loi djamoui*. Puis jetez les yeux sur ce troue élevé d'où partent des oracles : c'est de là ijue vont descendre parmi vous des torre Us de rie^ de poésie et de bonheur : c'est là que se prononcent des jugements sans appel; car c'est là que se sont placés eu^;mèmes ceux qui vous annoncent la liberté. Mais surtout n'oubliez pas de leur accorder les récompenses qu'ils vous demandent. « Vous entourerez d'bojnmages e( « d'affections ceux qui vous entraînent à votre bonheiii', (( parce qu'ils y songeaient avant vous : donnez-leur <c des noms qui n'appartiennent qu'à eux, que les arts a embellissent leur demeure, et l'entourent de tout C(î « que la poésie peut imaginer de plus brillant. Placezu les si haut, que tous les yeux puissent contempler en « eux le symbole vivant des destinées sociales (1). » Leur modeste ambition dédaigne les palmes du martyre ; ce sont les richesses, les honneurs du monde, qu'ils convoiteiit. Allez donc, donnez à vos nouveaux maîtres de la gloire, mais sujMout de l'or, de l'or à
(l; Ces paroles se trouvent à ].i p:igo 51^ cl à ia juii;e îO tlo \ln(ro>!'rtion à la Doii^inc de Snin(-Si))}')u, t ■'•posiiinn. |iro«Hi''î'o nn^^':';.
pleines mains. Donnez, et vous recevrez deux en échange le denier du mercenaire, si toulefois un denier leur reste après qu'ils auront saiisfîut aux exigences de leurs vastes capacités.
Et comment croire sérieusement que toutes les nations de la terre, à quelque degré de perfectionnement qu'elles appartiennent, f^ran{;ais et Iroquois, flegmatiques habitants du Nord et fougueux enfants du Midi, viendront se soumettre à un même joug, et qu'il sera possible d'astreindre tous les membres de la grande famille humaine à une même organisation sociale? Comment se persuader que les passions vont disparaître de la terre à la voix du législateur, comme au coup de baguette d'un magicien? que la capacité qui montera sur le trône sera saluée par des acclamations unanimes, comme si tous les hommes pouvaient apprécier tous les genres de mérite, comme si la jalousie et l'amour-propre devaient s'éteindre pour jamais ? El l'on pense que, prosternés devant ce pontife-roi, cok pic f/énérif tour, les espi'its, tout indépendants et libres que Dieu les ait faits, croiront en lui par sympathie, soumettront leur raison à la raison d'un autre homme, recevront de ^a bouche les maximes obscures d'une révoltante métaphysique, et qu'tà son ordre ils dépouilleront les sentiments les plus enracinés, les affections les plus chères, renonceront à la famille, à la propriété, et fouleront aux pieds toutes les lois de leur être ! Téméraire confiance que la nature confond et que la raison désavoue ! Vaines illusions qui ser;\ient fécondes en (lépIoral>le>
RÉFLEXIONS SUR I.\ DOCTRIM: DE SAINT-SHION. "M
résultats, s'ils n'était lieureusement impossible de les réaliser.
r.OMJJSION.
Nous avons jelé sur la doctrine sainl-simonienne un coup d'œil scrutateur. Elle se présentait à nos regards comme fondée sur le principe de la perfectibilité bumaine, comme appuyée sur un système historique que les faits vérifient, comme appelée par les besoins de l'humanité : elle s'annonçait vraie dans ses dogmes, neuve et révélée dans son origine, fertile et bienfaisante dans ses résultats. Et l'histoire la dément, la conscience de l'humanité la réprouve, le sens commun repousse ses dogmes, sa révélation est une fable, sa nouveauté est une déception ; son application enfin, qui tendrait à détruire toute science et toute morale, serait désastreuse, si elle n'était impossible; et, contradictoire avec son principe, elle ferait reculer le genre humain bien loin en arrière du point où il se trouve aujourd'hui.
D'un autre coté, nous apparaissait le Christianisme qui se proclame catholique^ universel, et qui doit, comme tel, embrasser tous les temps, tous les lieux, tous les besoins de la nature humaine. Et, en effet, il s'est déployé à nos yeux comme le cadre immense dans lequel l'humanité va se développant et se perfection-
:.5ti MÉLANGES.
îiaiit sans cesse. Dès les premiers Ages du monde, il se présente sous la forme de la révélation primitive, dénaturée bientôt parla faiblesse etles passions, rappelée pai la mission de Moïse, consommée enfin par Favénement, la vie et la mort de Jésus-Christ, et confiée à la i^arde de l'Église pour subsister jusqu'à la fin des siècles. ^
Nous l'avons viî, d'accord avec les plus saines doctrines de la philosophie, prévoir tous les besoins de r humanité pour les satisfaire. Il ne prétend pas, lui, imposer à Fintelligence une^métaphysique qui soulève le sens commun : ses dogmes touchants et sublimes jiourrissent l'esprit et remplissent le cœur d'onction et d'amour. Il n'a pas l'ambition, lui, d'envahir le globe, pour en soumettre tous les habitants à une chimérique uniformité : son royaume n'est pas de ce monde, de ce nionde matériel où tout change, théâtre de perpétuelles vicissitudes : c'est dans le sanctuaire de l'àme, «'est sur la raison et le sentiment qu'il veut fonder son empire; car les grands principes de la vérité et de la justice ne changent jamais. 11 n'ordonne pas à l'homme, lui, de s'assujettir tout entier à la voix d'un de ses semblables; il connaît trop bien la noble indépendance de notre nafni'e. Au-dessus des rois qui jugent les peuples, il montre le Très-IIaul qui juge les rois; il apprend à l'innocent condamné à appeler de la justice humaine à la justice divine : au-dessus de l'Eglise qui enseigne, il découvre l'esprit de Dieu qui est avec elle, et qui lui « ommunique son infaillilulilé ; ce n'est pas aux lumiè-
RÉFLEXIONS Slip, LA DOCTRINE DE SAINT-SIMON. TjSI
l'es individuelles du souverain Pontife que le catholique soumet sa foi, c'est à celui qui parle par sa bouche.
Vainement avait-on accusé la reli^rion de rÉvancrile de jeter le mépris sur les sciences, les arts et l'industrie : nous l'avons vue environner d'encouragements protecteurs tout ce qui est vrai, beau et utile. Son application nous a semblé une glorieuse vérification de sa doctrine, et nous avons aperçu dans l'avenir les grandes destinées qui lui sont réservées.
Après cela, sans doute, il est facile à des hommes pleins de talents de construire un mannequin sans vie, de le revêtir de ridicules, et de lui donner le nom de christianisme, pour aller ensuite contre lui rompre la lance et croiser l'épée. 11 leur est facile encore de recueillir les lambeaux de toutes les philosophies antiques, d'en faire une sorte de fantôme de religion, et de le présenter au peuple, revêtu de tout l'éclat de leur éloquence, te peuple ira par curiosité à ces spectacles nouveaux, mais il reviendra en secouani la tète; sa raison éclairée ne sera point dupe, et déjà le bon sens public a fait justice (l).
Ce n'était donc point seulenrent pour combattre le
(I) Voici les paroles sévères adressées par iid disciple de Saint-Simon aux religionnaires prétendm mint-simoniem : « Cette prétention [de « révclateurs) n'est juslilîable par aucune parole, par aucun acte de la « vie de Saint-Simon, par aucun mot de ses écrits. En morale, la règle de « ses paroles, de ses actes, de ses écrits, a été le christianisme. H a re- ♦< connu Tortliodoxie des ([uinze |.remiprs siècles de l'Eglise, et s'est « déclaré par le fait membre de cette Église orthodoxe. Votre hiérarchie « est un plagiai et votre dogme un syncrétisme. Vous veniez de lire « rhisloiie de PÉglise, et vous avr/ superposé votre éioCfi^ ii la forme
WKLA>GES. •2.
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système de Saint-Simon qu'il fallait saisir la plume : il fallait s'emparer d'une occasion si favorable pour ramener les esprits sur des réflexions profondes, trop longtemps négligées ; il fallait prendre acte de ce retour vers les études graves, vers les pensées généreuses, qui se manifeste aujourd'hui ; il fallait signaler enfin la
« cliréticnnc pour découper sur ce patron, sauf à y glisser par-ci par-là « quelques ca])rices de votre ciseau. )i
Plus loin, Fauteur ajoute : « Le panthéisme des saint-simoniens est gros « de trois conséquences : du svstènie des castes héréditaires, de Tidolàtrie « et de l'anthropophagie.
« En effet, on ne meurt pas, disent-ils, Famour et la vie passent à « Fiustant dans un autre corps, et vont ainsi de migrations en migrations (( toujours grandissant, toujours progressant... Voilà par quelle fommle (( ils remplacent Fimmortalité de Fàme ; mais elle est antilogique au K [iriucipe du panthéisme, si elle n'admet pas que la migration du mode « spirituel est accompagnée de la migration simultanée du mode maté- « riel. Or nous ne connaissons qu'un seul moyen pour expliquer comment (' cette migration a lieu en même temps, c'est de dire que la transmis- « sion des capacités a lieu par voie de génération; et ce principe est un « de ceux ^ur lesquels est fondée l'institution des castes héréditaires, « I/espèce humame a passé p,\r là.
« Voyons maintenant comme l'anthropophagie est une conséquence du V panthéisme... Ce n'est que l'ahsorption d'un homme par un autre. Oi'. (' s'il est dévoré par quelqu'un (pii lui soit supérieur, c'est une migration •r favorahle au tout; car c'est un perfectionnement. II ne faut pas croire « que nos adveisaires soient, sans y penser sans doute, hien loin de cette « conséquence. Car ils expliquent déjà l'autorisation de manger la chair « des animaux, en affirmant que les dévorer, c'est leur faire faire un « piogrès. L'humanité a encore passé parla.
« Vovons Fidolàtrie : Dieu, disent-ils, est Fintini manifesté par le fini. (( Avec cette formule, mettons des artistes 'a l'œuvre. Ils peindront Dieu « sous toutes les formes Unies (pi'ils -pourront trouver, et ils referont ces (' statues belles, hizaries, sales, pudiques, ou ces assemblages grotesques « que le panthéisme leur a permis dans d'autres époques; et la preuve. « c'est que nos adversaires sont descendus à des formules déjà admises « dans d'autres temps, et représentées dans les temples, à celle-ci, par « exemple, que la danse est le plus religieux des arts. » {Lettre d'un disciple de la scietice nouvelle aux religionnaires prétendus saintsimoniens de TOrganisateur et du Globe, par P. C. R .r.)
confession au ihen tique de la beauté et des bienfaits du Christianisme dans la bouche de ses adversaires/
Trop longtemps de désolantes maximes d'égoïsme et d'indifférence ont pesé sur notre belle patrie. La critique, au lieu d'aboutir à une consciencieuse investigation de la vérité, n'avait eu d'autre résultat que le découragement de Tesprit et la corruption des mœurs. Mais il y a dans le caractère français trop de noblesse et d'énergie pour laisser place à une complète désorga" nisation morale. Déjà les sciences ont rougi de leur propre dégradation : la philosophie a cessé d'être athée; de nombreux efforts ont été faits pour atteindre à des doctrines plus élevées, et déjà le succès les couronne.
Oui, elle refleurira, la vieille terre de France; elle se parera encore de cette antique pureté de mœurs qu'on avait crue perdue pour jamais; elle se parera de la sagesse de ses institutions et de la triple gloire des sciences, des arts, de l'industrie. Cette œuvre est à vous, jeunes gens. Tous avez éprouvé tout le vide des jouissances physiques ; un besoin immense s'est fait sentir dans vos âmes; vous avez connu que rhomme ne rit pat soilentent de pain^ vous avez eu faim et soif de la vérité et de la justice, et vous avez cherché cet aliment dans les écoles philosophiques, vous avez couru aux leçons des modernes apôtres, et rien de tout cela n'a rempli vos cœurs. Voici que la religion de vos pères vient s'offrir à vous, les mains pleines. Ne détournez pas vos regards ; car elle aussi est généreuse et jeune comme vous. Elle ne vieillit point avec le monde : toujours nou*
velle, elle vole au-devant des progrès du genre liurnain; elle se met à sa tête pour le conduire à la perfection.
Et vous, fidèles amis de la foi, qui pleuriez comme Jérémiesur les ruines de Jérusalem, essuyez vos larmes et ne vous affligez plus. Vous avez entendu gronder l'oragre, et vous embrassiez en tremblant les colonnes du temple; mais voici la tempête qui linit. Si la terre tremble encore sous vos pieds, ce sont les dernières secousses qui se font sentir : déjà dans le lointain se lève Taurore des beaux jours, et la religion, appuyée désormais, non plus sur un sceptre fragile, ni sur des trônes croulants, mais sur les bras puissants de la science et des arts, va s'avancer comme une l'eine vers les siècles futurs.
Ainsi se développaient à mes yeux ces grandes vérités; des pensées pleines de consolations et d'espérances s'offraient à moi, et je me sentais pressé de dire ce que mon âme éprouvait. Je sais que mon langage est bien faible, et mon esprit bien débile encore : ce n'est pas d'un jeune homme de dix-huit ans qu'on a droit d'altendre une œuvre parfaite. Si donc j'ai failli, si bien des méprises m'ont échappé, attribuez-le, lecteurs, non pas à ma cause, mais à ma jeunesse et à mon impuissance;... et, si je vous parais avoir dignement soutenu la lutte, sachez donc ce que pourraient les catholiques eux-mêmes, quand leurs enfants ne craignent pas d'entrer en lice.
P. s. Lo germe de ces rénexions avait otc drposé dans le Précurseur, niimtTOs 11 et ! i, lorsdn st'joiir des pn^licateiirs saint-si(t)iinion< à Lyon:
iu;ri.K\FOiN's suu \a doctiunk hi; sm.m->i.\1()n. :>:û
ces messieurs avaient j>romis de répondre; la même promesse avait été l'aile sur le Globe, 18 mai; mais d'excellents motifs sans doute ont empêché de la tenir. c:ii' plus n'en a (Ué question. Pour moi, il m'a sond)lé que mes premières idées, en recevant le développement conveniible, pourraient être de quelque ntilité; et c'est ce qui m'a déterminé fi puMier cet opuscule. Trop heureux si ces lignes pouvaient ramener le calme dans quelque àme agitée par le doute, ou rallumer le feu sacré de la religion et de la science dans quelqu'un de ces cœurs que le souffle de l'indifférence a slacés.