I.\ V.\I.II.M,I.\ DRS FRISONS
Au coiniuenccincnl du luiilièjne siècle, les peuples de la Frise repoussaient encore la foi chrétienne, quand l'archevêque de Sens, Wulfram, abandonna son siège pour leur annoncer la foi. Mais tout son zèle ne put toucher le cœur du duc Rathod, qui mourut dans l'inipènitence. L'auteur de la légende explique cetle opiniâtreté par un récit d'où ressort une singuUère ressemblance entre la Valhalla des Scandinaves et le séjour d'immorlaUté que le paganisme promettait aux héros de la Frise.
« Le duc Rathod étant malade, comme un jour il s'abandonnait au sommeil, le démon, qui trompe les hommes, et qui pent, avec la permission du Dieu tout-puissant, prendre la figure d'un ange de lumière, lui apparut tout à coup, la tète ceinte d'un diadème d'or avec des pierreries étincelantes, et tout couvert d'un vêtement dont le tissu était d'or. Et longtemps ledit prince étonné le considéra avec frayeur et tremblement, admirant la beauté et la magnificence de celui qui venait le trouver. Et cet ancien serpent, dont la cruauté est féconde en moyens de nuire, lui adressa ce discours : » Parle, ô le plus vaillant des hommes! Qui « donc t'a séduit jusqu'à ce point, que tu veuilles déserter les « dieux et la religion de tes ancêtres! N'en fais rien, je t'en aver- « tis, mais persévère dans le culte que tu as pratiqué jusqu'ici ; u et lu iras habiter IfS palais d'or qui durent éternellement, et u que je veux te donnei- bientôt, afui d'ajouter de rautoritè à
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(( mes paroles. C'est pourquoi, dès demain, mande Wulfrani, le (I maître chrétien, et enquiers-toi auprès de lui où est la de- (( meure d'éternelle clarté qu'il te promet dans le ciel, si tu rei< çois la doctrine chrétienne. Et commeil ne pourra te la mon- (( trer, qu'on envoie des délégués des deux partis : moi-même ti je leur indiquerai le chemin, et je leur ferai voir cette autre « maison d'une beauté achevée et d'une splendeur immense, que « je te donnerai dans un peu de temps. » Là-dessus le duc s'éveilla, et, s'adressant an saint pontife Wulfram, lui raconta tout le songe de point en point. Mais le serviteur de Dieu, gémissant de la damnation de cette Ame, lui répondit : « Ceci est une illu- H sion du diable, qui veut la perte de tous les hommes. N'ajoulo « donc aucune foi à ses mensonges. Car lui qui promet à ses (( croyants des maisons d'or, les conduit, au contraire, dans sa « demeure infernale, au fond du Tartare, au bord du lac fétide « qu'on nomme le Cocyte (1). » A ces paroles et à toutes celles que put ajouter le saint évêque, ledit prince, persévérant dans son incrédulité, répondit qu'il ferait tout ce qu'on voudrait de lui, si son dieu ne lui montrait pas la maison promise. Et comme le pontife du Christ le vil décidé à ne rien céder, de peur de quelque artifice des païens, il envoya son diacre en compagnie d'un Frison. Or, comme ils venaient de quitter la ville, ils virent venir à eux un personnage qui avait la figure humaine, et qui s'offrit pour être leur compagnon de roule, en disant : « Pressez « le pas, car je veux vous montrer cette demeure d'une beauté « parfaite, que le dieu du duc de Rathod lui a préparée. » Ils suivirent donc leur guide, cheminant longtemps par des lieux inconnus, jusqu'à ce qu'ils entrassent dans une avenue trèslarge, qu'ils virent décorée de plusieurs espèces de marbres polis
't ) « Nam qui promittit aureas mansiones largiri sibi credenlibus, tartareas poilus inferi deducit ad sedes fœtidumque lacuin Cocyti. n II y a lout lieu de crofre que le bon moine Jonas de Fontenelle, auteur de la légende, pense orner la harangue du saint, en lui prêtant ces expressions mythologiques, qui sentent la lecture des poètes latins.
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avec soin : alors ils aperçurent de loin une maison d'or, et ils arrivèrent jusqu'à une place (pii était au devant; et la place était pavée d'or et de pierres précieuses. Ils entrèrent donc dans la maison qui leur parut toute resplendissante d'or et d'une incroyable beauté, et ils y virent un trône d'une admirable grandeur. Alors celui qui montrait le chemin leur dit : « Voilà le (I palais et la demeure superbe que le dieu du prince Rathod a <( promis de lui donner après sa mort. » Mais le diacre, stupéfait d'un tel spectacle, s'écria : « Si c'est l'œuvre de Dieu, elle de- « meurera éternellement; mais si c'est l'œuvre du démon, qu'elle u disparaisse à l'heure même. » Et en même temps il se munit du signe de la sainte croix. Aussitôt le guide qui avait pris la figure humaine redevint démon, la maison d'or se changea en boue ; les deux voyageurs, je veux dire le Frison et le diacre, se virent au milieu d'une contrée marécageuse remplie de broussailles et déjoues d'une extrême hauteur; et il leur fallut trois jours d'immenses fatigues pour regagner la ville. En arrivant, ils trouvèrent que le duc de Frise était mort.
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