‹ uvres complètes de A.-F. Ozanam (volume 4)Chapitre 25 sur 30 · LE CALRNDIUEP, DES ANGLO-SAXONS · texte numérisé non relu

LE CALRNDIUEP, DES ANGLO-SAXONS

FliAGJIEiNT d'cN TliAITÉ l)V. BEDE SUli LF, CALCUL DES TEMPS (1).

« Les anciens Anglo-Saxons (car il ne me semble point convenable de faire connaître le calendrier des autres peuples, et de passer sous silence celui de ma nation) mesuraient leurs mois sur le cours de la lune; d'où vient que, chez eux, la lune nommait le mois, comme chez les Hébreux et les Grecs. En effet, dans leur langue la lune est appelée mona, et le mois monath. Et leui' premier mois, celui que les Latins nomment janvier, s'appelle (juili ; février, sol monath; mars, rhed monath; ^\v\\,eostur monntJi ; mai, trimilchi; juin, lida; juillet, lida ; ooûf, lueid rwo»ai/i ; septembre, haleg monath; octobre, wityntyr fTjUyth; novembre, Mot monath; décembre, guili , du même nom que janvier. Or ils commejiçaient l'année le huitième jour avant les calendes, où nous célébrons maintenant la Nativité du Seigneur; et la même nuit, qui est sainte pour nous, était appelée d'un nom païen mxdrenech, c'est-à-dire la mère des nuil s, probablement à cause des cérémonies qu'on y célébrait pendajit la veille sacrée. Et, toutes les fois que l'année était commune, ils donnaient à chaque saison trois mois. Mais quand il y avait lieu à l'inlercalation, c'est-à-dire à une année de treize mois lunaires, ils ajoutaient le mois excédant à l'été; en sorte qu'alors trois prenaient le nom de lida, et, par cette raison, l'année s'appelait trilidi, avec quatre mois d'été et trois mois i)Our chacune des autres saisons. Ils faisaient aussi deux grandes divisions de

(1) Beda prcsbyter, de PMtione temponim, cap. xin.

toute l'année entre l'hiver et l'été, attribuant à l'été les six inois où les jours sont plus longs que les nuits, et les six aulres à l'hiver; d'oîi vient que le mois où commençait le temps d'hiver était ap[ielé wuyntijv fijUijthjiVun nom composé do celui de l'iiivor et de celui de la pleine lune, pai'ce que l'hiver commençait à la pleine lune de ce mois. Il n'est pas non4)lus hors de propos d'expliquer la signification des noms qu'on donnait aux autres mois. Les deux appelés guili tirent leur nom du retour du soleil et de la croissance des jours, que l'un de ces mois précède, et que l'autre suit.So/ wowrtl/i peut se traduire le mois des gâteaux sacrés, parce qu'alors ils en offraient à leurs dieux. Hlicd monath était le nom de leur déesse Rheda, à qui ils faisaient alors des sacrifices. Eostur monath, qu'on appelle aujourd'hui le mois pascal, était ainsi nommé de leur déesse Éostre, dont ils célébraient alors la fête. Ils ont conservé la même dénomination au temps de Pâques, désignant ainsi par le nom d'une observance antique les joies d'une solennité nouvelle. ÎVm//(?/n' se nommfiit ainsi parce que danscemoison avait coutume de traire les troupeaux trois fois par jour; car telle était autrefois la fécondité dis pâturages en Bretagne ou en Germanie, d'où sortit le peuple des Anglo-Saxous. Lida signifie clément ou navigable, parce (pie dans ces deux mois le ciel est clément et serein, et que c'est le temps ordinaire de la navigalion. Weid monath est le mois de l'ivi-aie, parce que c'est alors surtout qu'elle foisonne. Haleg monath était le mois des cérémonies sacrées. Wmjntur fijltyth désignait, d'un nom composé, la pleine lune et l'hiver. Blot mo nath signifiait le mois des immolations, parce qu'alors ils égorgeaient les victimes vouées à leurs dieux. Grâces vous soient rendues, ù bon Jésus, qui, nous retiiant de ces vaines superstitions, nous avez donné devons offrii' des sacrifices de louanges ! »

ALPHABET RUNIQUE SCANDLNAVE.

Rien ne prouve mieux la communauté des traditions du Nord que la comparaison du poème anglo-saxon sur l'alphabet runique, dont j'ai donné la traduction, avec le chant Scandinave qu'on va lire, où les mêmes lettres se reproduisent dans le même ordre, accompagnées des mêmes interprétations et souvent des mêmes sentences. Seulement chaque strophe se compose ici de deux vers rimes, liés entre eux par la consonnnnce et non par le sens. Les retouches chrétieimes s'y font mieux sentir, sans effacer cependant les allusions mythologiques obscures maintenant, mais qui avaient alors leur commentaire dans la tradition.

F. Fe, lar^font. L'argent alhnne la discorde entre les lioinines

du même sang. — Le loup se nourrit dans les

bois.

V. Llr, rétincelle,. L'étincelle jaillit du fer einjjrasé. — Souvent le

patin se hâte sur la neige durcie.

Th. Thuss, géant. Le géant fait la terreur des femmes. — Personne

ne se réjouit de l'inimitié.

0. Os, l'entrée. L'entrée du port pour les voyageurs; — l'entrée

du fourreau pour l'épée.

H.iîù/r, la chevauchée. La chevauchée est le pire moment des chevaux. — Rayn est le plus prompt des glaives.

K. Kmtu, la peste. La peste prend le frère avec la sœur. — Le malheur met le plus fort au tomhean.

H. Hngl, la grêle. La grêle est la plus froide des graines. — Le Christ créa le vieux monde.

N. Naud, pauvreté. Pauvreté fait maigre chère. — Celui qui est nu a froid au temps de la gelée.

1. Is, la glace. La glace est le plus large des ponts. — L"aveugle

a besoin d'être conduit.

A. Ar, l'année. L'année abondante est le bonlieur dos honunes.

— J'entends dire que le roi Frode était libéral.

S. Sol, If soleil. Le so'eil est le flamlieaii di' l;i Iitit. — Je me

soumets à roraclo saint.

T. Tyr, le dieu T\r. T\ r est le dieu manchot parmi les Ases. — Le forgeron coniinencc ordinairenicnl par souffler. l!./.'/(n'Aa«, le bouleau. Le bouleau est l'arbre à la feuille verte.' — Loki

porta le mensonge nu milieu du bonheur des

dieux.

L. l.nuqr, Tcau. L'eau tombe des montagnes. — L'or est un bien

précieux .

M. iVflt/r, riiomme. L'homme est l'accroissement de la terre. —

Grande est la serre de l'épervier.

V. ». l'arc. L'arc est aussi flexible en été qu'en hiver. — Où

la maison brûle, là est le deuil.

KT l'TEC.KS JLîSTIFICVTIVES. 4".

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