‹ uvres complètes de A.-F. Ozanam (volume 5)Chapitre 13 sur 33 · C0:\1MEM\!UE DU CHANT V · texte numérisé non relu

C0:\1MEM\!UE DU CHANT V

En reparaissant devant vous après les grands événements qui viennent de s'accomplir \ je suis heureux de ne trouver dans mes souvenirs de six ans de leçons aucune parole que j'aie à retirer aujourd'hui. Vous m'avez toujours connu passionné pour la liberté, pour les conquêtes légitimes des peuples, pour les réformes qui moralisent les hommes en les relevant, pour ces dogmes d'égalité et de fraternité qui ne sont que l'avènement de l'Evangile dans le domaine temporel.

Aujourd'hui je reviens à des études moins inopportunes qu'elles ne semblent. J'y reviens pour donner, autant qu'il est en moi, le bon exemple de la confiance dans l'ordre qui sera mieux maintenu par l'unanimité des citoyens que par l'échafaudage des fictions légales. J'y reviens parce que le poëte que nous expliquons est le poëte du présent comme il fut celui de son siècle, le poëte de la liberté comme celui de l'Italie et du christianisme. Il n'y a pas d'esprit si hardi qui n'ait à s'instruire à l'école de ce républicain de Florence, si sévère pour les fautes des pouvoirs contemporains, si emporté dans son amour pour l'indépendance de sa patrie. 11 n'y a pas de grande question parmi celles qu'on agitera bientôt autour de nous qui n'ait ému cette puissante intel-

* Reprise du cours après les événemcnls du 2i février 1848.

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ligence. C'est le privilège des hommes de génie de prendre possession des temps futurs j)ar la hardiesse prophétique de leurs vues, de toucher à ce fond de la u.ilure humaine qui ne vieillit jamais, de rester toujours jeunes, toujours au niveau des générations qui se succèdent, et de les accompagner jusqu'au hout, comme l'étoile avec laquelle le navigateur est parti, et qui luit encore sur sa lètiMjuand il touche au })orl. I)anl(^ a pris Virgile ])0ur guide ; pounjuoi ne pas marcher à la suite de Dante?

Terc. 26. — Padoue, dont la léi^ondc alliibuait la tbiidalioii à Aiiléiior. G. A. H.

26. — KxTiiAiT DE l'Ottimo Commemo. — Lc mar([uis d'Esté, .\zzo de Ferrare, lit tout son pouvoir en son temps ponr se créer des alliance^ à Bologne, et cel;i dans l'iiilcnlion d';icfjuéiir la seigneurie de la ville, connue il avait celle de Fenaie. il en trouva beaucoup, tant par ;iigeut(iue par promesses. Le peuple de Bologne, s'apercevant lie ceci, et craignant de lomber ï-ous une seigneurie tyramiique, chassa de la ville tous ceux (pion ciovail ou qu'on pouvait [)iL'Sumeiamis du mar({uis, et quelques-uns lurtnl jusliciés, et on en lit grande déconliluie dans toute la scigneuiie et le gouvernemenl de Bologne. Or il arriva (jue les Bolonais ap[)elî'rent maître Jacopo del (^assero pour être le podestat de la cité, et il en vint prendre l'administration. Celuilà ne se tint pas content d'agir contre les amis du maicpiis, mais il répétait sans cesse les calomnie> populaires répandue^ contre lui : savoir, qu'il avait déslionoi é sa belle-mère, qu'il éUiit descendu d'une lavandière, et qn'd était cliétif et couard, et jamais la langue du podestat ne se rassasiait de l'avilir. Ainsi, par actions et par i)aroles, il excita si*bien la colère du marquis, que celui-ci trama sa moi t. Quand donc Jacopo eut quitté le gouvernement de Bologne, il ne cessa d'avoir sur ses talons les assassins apostés par le marquis pour le tuer quand ils en auraient trouvé la facilité. Dans la suite, messire Maltéo Viîconti, élart seigneur de Milan, clioisit Jacopo pour podestat. Celui-

11(1 LK PUlUiATOlIU;.

Cl accepla 1;» ronclion il vint pai' iiicr jiisijii'à Wiiiisc, puis, (juaiiil il voiilul aller à Padouo, ceux qui claioiit à sa (Jiassc k tuèreiil dans la vallée (l'Oiiaco. Maintenant ce même Jacopo, dans les vers, qui suivent, prie l)an;e do notifier à ses paients l'état où il l'a vu, afin qu'on fasse pour lui (juehpu' piièie (pii puisse abréger son exil.

La foule de ceux (pii ont péri de mort violente est grande. Le tort du moyen âge est de n'avoir pas assez respecté la viede l'homme. L'anliquilé ne la respectait pas; la barbarie encore moins. Lutte du christianisme, Non occides, Ecdesia abhorreta sanguine. — L'Italie du moyen âge. Vengeances sanglantes, supplices jioliliciues. Instabilité des répiibli(iues italiennes, fondées sur la violence. La légende rapporte qu'on tioiiva une tête fraîchement coupée dans les fondations du Cai)itole. Si l'on jette des tètes dans les fondations des républiques modernes, elles ne se soutiennent pas.

oO. — Mort de Buonconle de Monlefeltro. Le combat de l'ange et du démon est, nn texte favori des légendes chrétiennes. — Dagobert poussé par les diables dans la barque, d'oij viennent l'arracher saint Maurice et saint Martin. — Charlemagne mis en jugement. Les démons jettent ses péchés dans la balance, saint Jacques et saint Martin mettent dans l'autre bassin les églises et abbayes qu'il a fondées et qui le font absoudre.

Admirable lécit dans la vision d'Albéiic^. Le riche voluptueux. Ses larmes sur la captivité de son rival. Après sa mort, le démo.i l'accivsé; mais une larme de charité recueillie par l'ange elTace sa condanmation.

Une larme de cette poésie chrétienne suffit aussi pour effacer toutes les pages sanglantes du moyen âge.

31. — Bataille de Campaldino. — Arezzo, guelfe comme le reste de la Toscane, se fit gil eline en 1287 à l'instigalion de son évêque Ubeitino de Pazzi, qui y apprla en qualité de capitaine de guerre Buonconle de Montefeltro. Les Guelfes, chassés d'Arezzo, viennent im|>Iorer le secours de Florence. Ligue de tout le paiti guelfe, Floi-encc, Bologne, Luccpies, Pistoia, environ dou'ze mille hommes, 1289. ïiécit de Dino Compagni. « An jour i\\é, les Florentins portèrent les enseignes en avant pour entrer sur le terriloiie

• Voir tes Sources de la Divine Comédie, œuvres complètes, t. V, p. 415.

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des ennemis; ils traveivèrent le Casenlino p;u' des m;uiv;tis dii-niins où, s'ils enssenl trouvé l'ennemi, ils eurent essuyé de liraves dominâmes. Mais Dieu ne le voulul pas, el ils arrivèrent prèsdi» Bibbiena, en un lien (|ui se nonnne (]am[)aldino, où étaient les em émis, et ils ^'anètèrenl et se miient en bataille. Les capilaiiies de la i^iieire mirent les fhlitori .ai Iront de la bataille, et an-devaiit lurent placés les liommes armés de pavois an ebam[) blane avec le lis vermeil. Alors révèipie, ((ui av.'iit la vue courte, s'éciia: w Qn'est-ee (|ue ces murailles? » Kt ou lui lépoudit : « Ce sont les pavois des emieuîis. b Messire le baron tie Mangiadori île San-Miniato, cavalier hardi et éprouvé eu lait d'armes, rassendjla le^ lionnnes d'aiiues cl Icni' dit : « Seigiiems, les guerres do Toscane se décidaient autreiois par une charge vigoureuse, le coudiat ne durait guère, et peu de gens \ mouraient, l'usage n'étant point de les luer. Aujouid'lmi, la toutunie est changée, l'art de vaincre c'est de tenir léiiue. Je vous conseille donc d'avoir du cœui- et de les laisse! assaillir, » l:]l il lut résolu (pion l'erail ainsi. Les Arétins menèrent la charge si vigouieusement et avec tant de foice, que l'armée des Floi entins recula de beaucoup. La batail e devint opiniâtre et dîne. .Messire Corso Don.iti avec la bande de l*is!oia prit les ennemis en liane, les llèches pleuvaient, les Arétins en avaient j)eu, et étaient altai|iiés sur les lianes où ils étaient découverts. Lair était eoiiveil de nuages et la poussière Irèsépai>so. Les gens de |)ied des Aiélins se jeta. eut aci roii| is.-ous le ventre des clievau\. le couteau à la main, el les évent raient. Ile leurs cavaliers |ilusieurs s'a\aucèreiit si loi l, qu'au milieu de I armée il y eu eut beaueoiq» de tués de part et d'autre. (](' joui-là, beaucoup dont on avait estimé la piou<sse luienl trouvés lâches, et plusieurs dont on ne parlait pas aDjuirentde la gloire. l)u côté des ennemis périt eut l'évèque et me>sire Guill lume de Pazzi, baidi cavalier, Biioncoii'e et Loccio de .Montefellio et d'autres vaillants hommes... Les Arétins lurent vaincus, non par lâcheté ni pai* défaut de prouesse; mais à cause du trop grand nombre de leuis ennemis, qui les mirent eu déroute et en tuèrent un grand nombre Les soldats (lorentins, habitués à la pom suite des fuyards les assomm;;ieut, les paysans n'en avaient pas de pitié. »

Dante avait pris part au combat comme il l'attestait dans une lettre où il déclare qu'il éprouva du commencement une grande crainte, et à 11 fin une extrême joie, l'i cause des vicissitudes de la bataille.

1 Quando si parle il giuoco délia zara,

Colui elle perde si riman dolente Ripetendo le volte, e tristo impara;

2 Con r altro se ne va lutta la génie :

Quai va dinanzi, e quai diretro il prende, E quai da lato gli si reca a mente ; ô Ei non s'arresta, e questo e quelio intende; A oui porge la man, più non fa pressa ; E cosi dalla calca si difende.

4 Tal era io in quella turba spessa,

Volgendo a loro e qua e là la faccia, E promettendo mi sciogliea daessa.

5 Quivi era 1' Aretin, clie dalle braccia

Fiere di Ghin di Tacco ebbe la morte; E r altro elle annegô correndo in caccia. 0 Quivi pergava con le mani sporte Federigo Novello, e quai da Pisa Che fe parer lo buon Marzucco forte.

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