CHANT
Je portai donc plus loin mes regards, et je vis derrière la ligure de Marie, et du coté de celui qui me conduisait, '
Une autre histoire sculptée sur le rocher. C'est pourquoi je passai à la droite de Virgile e( je m'approchai pour que l'image fût à portée de mes yeux.
Là étaient taillés dans le marbre vif le chai* et les hauifs trainantrarche sainte qui apprit aux hommes à craindre l'office qui ne leur est pas commis.
Devant on voyait une foule nombreuse et divisée en sept chœurs, elle faisait dire à deux de mes sens alternativement: Ces gens chantent, ils ne chantent pas.
Semblablement la fumée de l'encens y était figurée, si bien ([ue la vue et l'odorat ne pouvaient s'accorder ni au oui ni au non.
Là, devant l'arche bénie, marchait en dansant et suspendu en l'air l'humble psalmiste; et dans cette action, il se montrait plus et moins (ju'un roi.
Vis-à-vis, et représentée;! la fenôtred'un grand palais, Michel étonnée regardait de l'air d'une femme dédaigneuse et irritée.
Je m'arrachai du lieu où j'étais pour considérer de près une autre histoire sculptée derrière la figure de Michel, et dans le marbre blanchissant.
Là était représenté le haut fait du guerrier romain dont la grande vertu excita le pape Grégoire à sa grande victoire.
Je parle de l'empereur Trajan : une pauvre veuve saisissait le frein de son cheval, tout en larmes et dans le désordre de la douleur.
170 DEL PUUGATOIUO.
27 Dinlorno a lui parea calcato e pieno
Di cavalieri, e l'aquilc delToro Sovrcsso in vista al vento si movieno.
28 La miserella infra tutli costoro
Parea tlicer : Signor, fammi vendcUa
Del mio lîgliuol cli' è morlo, ond' io m' accoro.
29 Ed egli a lei rispo dere: Ora aspetta
Tanto ch' io torni.- Ed ella : Signor mio, Corne persona in oui dolor s' affretta,
50 Se tu non torni? Ed ei . Chi fia dov' io,
La ti farà. Ed ella : L' altrui bine
A le che fia, se '1 tuo melli in obblio?
51 Ond' egli : Or ti conforta, chè conviene
Ch' io solva il mio dovere, anzi ch' io muova : Giuslizia vuole, e pielà mi ritiene.
")2 Golui, che mai non vide cosa nuova. Produsse esto visibile parlare Novello a noi, perché qui non si truova.
53 Mentr' io.mi dilettava di guardare
Le immagimini di tante umilitadi, E per Io Fabro loro a veder care ;
34 Eccodi qua, ma fanno i passi radi,
Mormorava il Poeta, moite genti :
Qucsti ne invieranno agli alti gradi.
35 Gli occhi miei ch'a mirar erano intenti,
Per veder novitadi, onde son vaghi,
Volgendosi ver lui non furon lenti.
56 Non vo'perô, lettor, che tu ti smaghi
CHANT X. Vn
Autour de lui paraissait une l'oule prtssoc do cavaliers, et au-dessus d'eux on croyait voir les aigles d'or s'agiter au gré du vent.
La pauvrette, au milieu de tant de monde, semblait dire: « Seigneur donne-moi vengeance pour mon fils qu'on a tué, au désespoir de mon cœur.»
Et Trajan semblait répondre: «Attends que je revienne;» mais elle, comme une personne dont la douleur est impatiente : « Mon seigneur, dit elle :
« Et si tu ne reviens pas?» Et lui : «Celui cpii tiendra ma place te fera justice. » Et elle : « Que te servira qu'un autre ait fait le bien, si tu mets en oubli celui que tu dois faire?»
Sur quoi Trajan repartit : « Console-toi donc, car il tant que je ûisse mon devoir avant de sorlir d'ici; la justice le veut et la pitié me relient.»
Dieu, pour qui rien n'est nouveau, produisit ce langage visible, nouveau pour nous, puisqu'on ne le connaît point sur la terre.
Tandis que je prenais plaisir à regarder ces grands exemples d'humilité, précieux à voir à cause de l'Ouvrier qui les tra(;a:
« Voici de ce côté beaucouj) d'Ames, murmuia le poète, mais elles viennent à pas lents ; elles nous mettront sur le chemin des degrés supérieuis. »
Mes yeux, attentifs à considérer les nouveautés dont ils sont avides, ne furent pas lents à se tourner vers lui.
Je ne veux pourtant point, lecteur, que tu renonces à
178 DKL l'IlRGATOIUO.
Di buon proponimenlo, pcr udire Corne Dio vuol chc il debito si paglii.
7,7 Non allender la forma dcl martire :
Pensa la succession ; pensa che, a peggio, 01 Ire la gran sentenzia non puo ire.
r.s r cominciai : Maestro, quel ch' io veggio
Muovere a noi, non mi sembran pcrsone, E non so che : si nel veder vaneggio.
59 Ed egli a me: La grave condizione
Di lor lormento a lerra gli ranniccbia
Si, che i miei occhi pria n' ebber lenzione.
40 Ma guarda (iso là, e disviticchia
Col viso quel che vien solto a quei sassi : Già scorger puoi come ciascun si picchia.
il 0 superbi Crislian miseri lassi,
Che, délia vista délia mente infermi, Fidanza avete ne' ritrosi passi ;
42 Non v' accorgete voi, che noi siam vermi Nali a formar T angelica farfalla, Che vola alla giustizia senza schermi?
45 Di che r animo vostro in alto galla? Voi siete quasi entomata in difetto, Sî comeverme, in cui formazion falla.
u Come, per sostentar solaio o telto, Per mensola talvolta una figura Si vede giunger le ginocchia al petto,
i', La quai fa del non ver vera rancura Nascere a chi la vede ; cosi falti Yid' io color, quando posi ben cura.
ton bon propos pour avoir entendu comment Dieu veut que la dette se paye.
Ne t'arrête point à la vue des supplices, songe à ce qui doit venir après, songe qu'au pire il ne peut aller au delà du grand Jugement.
Je comnienç.ii : « Maître, ce que je vois venir vers nous n'a point la forme de personnes humaines, et je ne sais ceque je vois, tant mon regard s'y perd.»
Et lui : c( La pesante condition de leur tourment les replie vers la terre, si bien que mes yeux d'abord en on! disputé. »
c< Mais fixe ta vue de ce côté et démêle du regarl la ligure qui vient courbée sous ces pierres. Déjà tu peux juger de quelle peine ils sont frappés. »
0 chrétiens orgueilleux, misérables et faibles, qui, malades des yeux de l'esprit, mettez voire confiance dans les pas que vous faites en arrière,
Ne vous apercevez-vous pas que nous sommes des vers nés pour former le papillon angélique qui vole sans obstacle vers la justice de Dieu ?
D'où vient que votre cœur se dresse en haut? Vous êtes comme des insectes défectueux, comme le ver en qui l'organisation manque.
Comme pour soutenir un lambri ou un toit souvent on voit, en guise de console, une figure repliant les genoux contre la poitrine.
Qui d'un supplice imaginaire fait naître une vraie tristesse dans l'ame du spectateur, ainsi me parurent ces âmes quand je les considérai avec soin.
180 DEL PUKGATOUIO.
4(> Ver c elle piii e meno i ran contratti,
Secondo ch' avean più e meno addosso E quai più pazienza avea nogli atti,
47 Piangendo parca dicer : Più non posso.
II est vrai qu'on les voyait plus ou moins conlraclées, selon qu'elles portaient un fardeau plus ou moins lourd, et eelles qui montraient le plus de patienee,
Semblaient dire en pleurant: «Je n'en puis plus. »
0 Padre nostro, clie ne' cieli staî.
Non circonscritlo, ma per più amore Ch' a' primi effecti di lassù tu hai,
Laudato sia il tuo nome e il tuo valore Da ogni creaiura, com' è degno Di render grazie al tuo dolce vapore.
Vegna ver noi la pace del tuo regno, Chè noi ad essanon potem da noi, S' ella non vien, con tutto nostro ingegno.
Corne del suo voler gli angeli luoi Fan sacrificio a te, cantando Osanna, Cosi facciano gli uomini de' suoi.
Dà oggi a noi la cotidiana manna> Senza la quai per questo aspro diserto A rétro va chi più di gir s' affanna.
E come noi lo mal ch' avem sofferto Perdoniamo a ciascuno, e tu perdona Benigno, e non guardare al nostro merlo.
« 0 notre Père, qui es auxcieux, non que lu souffres des bornes, mais parce que lu portes plus d'amour h les premiers ouvrages qui sont là-haut,
(( Loués soient Ion nom et ton pouvoir par toute créature, comme il est juste de rendre grâces à ta souveraine sagesse.
« Que la paix de ton règne nous arrive, car de nousmêmes, et avec tout l'effort de notre esprit, nous ne pouvons aller à elle, si elle ne vient à nous.
«Comme tes anges qui le chantent : «Ilosanna, » te font le sacrifice de leur volonté, qu'ainsi les hommes te sacrifient la leur.
c( Donne-nous aujourd'hui la manne de chaque jour, sans laquelle dans cet âpre désert celui-là va en arrière qui a plus hâte d'avancer.
c( Et comme nous pardonnons à chacun le mal que nous avons souffert, ainsi pardonne-nous dans ta clémence, et ne considère point notre mérite.
184 T)EL nUGATOniO.
7 Noslra virlù clic di loggier s' ndona,
Non spcrmcnlar con Tanlico avversaro, Ma libéra da lui, clie si la sprona.
s Ouest' ultima j)rogliiera, Signor caro,
Gia non si fa per noi, chè non bisogna, Ma pjj' color che dietro a noi restaro.
0 Cosi a se e a noi buona ramogna
Queir ombre orando, andavan soUo il pondo, Si mi le a quel che lalvoUa si sogna,
10 Disparmente angosciate lutte a tondo.
E lasse su per la prima cornice, Purgando le caligini del mondo.
11 Se di là sempre ben per noi si dice,
Di qua che dire e far per lor si puote Da qiiei, c'hanno al voler buona radice?
12 Ben si dee loro ailar lavar le note,
Che portar quinci, si che mondi e lievi Possano uscire aile slellate rote.
13 Deh ! se giustizia e pieto vi disgrevi
Tosto, SI che possiate mover 1' ala, Che secondo il disio vostro vi levi,
14 Mosirate da quai mano in ver la scala
Si va più corto ; e se c' è più d' un varco, Quel ne insegnate che men erto cala ;
15 Chè quesli che vien meco, per V incarco
Délia carne d' Adamo, onde si veste, Al monlar su, contra sua voglia, è parco. 10 Le lor parole, che rendero a queste, Che dette avea colui eu' io seguiva, Non fur da cuivenisser manifeste;
«Noire vorlu se laisse facilenioiU aballre; ne l'éprouve point conlre l'antique adversaire, mais délivrela de lui, qui la pousse si opiniâtrement au mal.
«Cette dernière prière, Seigneur bion-aimé, n'est • déjà plus pour nous qui n'en avons plus besoin, mais pour ceux qui sont restés derrière nous. »
Ainsi, faisant des vœux pour leur voyage et pour le nôtre, allaient ces âmes courbées sous des fardeaux, tels que parfois on croit en porter quand on rêve.
Inégalement tourmentées, toutes clieminaient autour de la montagne, le long- de la première cornicbe, lasses et se purifiant de la fumée du monde.
Si dans ce lieu on a toujours des bénédictions pour nous, ici-bas que ne doivent pas dire et faire pour le repos de ces âmes ceux dont la volonté a de bonnes racines?
Certes il fiiut les aider à laver les tacbes qu'elles emporteront d'ici, de sorte que, pures et légères, elles puissent s'élever aux spbères étoilées.
« Ali ! qu'ainsi veuillent la justice et la miséricorde bientôt vous décharger, et permettre à vos ailes devons enlever selon votre désir !
« Montrez-nous de quel côté le cbeminle plus court mène vers Tescalier, et s'il y a plus d'un passage, enseignez-nous le moins escnrpé,
«Car celui qui vient avec moi, chargé de la chair d'Adam comme d'un vêtement trop lourd, est avare de ses pas, malgré son bon vouloir, quand il faut monter. ^)
Les paroles qu'ils répondirent à celles-ci prononcées par mon guide, je ne vis point d'où elles vinrent ;
186 DEL PURGATOIUO.
17 Ma fu deUo : A man désira per la riva
Con noi venile, e troverete il passo Possibile a salir persona viva.
18 E s' io non fossi impedito dal sasso,
Che la cervice mia superba donia, Onde porlar conviemmi ilviso Lasso,
19 Cotesli che ancorvive, e non si noma,
Guardere' io, per veder s' io M conosco, E per farlo pietoso a quesla soma.
20 r fui Latino, e nato d' un gran Tosco :
Guglielmo Aldobrandcschi fu mio padre:
Non so se '1 nome suo giaminai fu vosco.
21 L'antico sangue e 1' opère leggiadre
De' miei maggior mi fer si arrogante, Che non pensando alla comune madré,
22 Ogni uomo ebbi in dispetto tanto avante,
Ch' io ne mori', come i Senesi sanno, E sallo in Gampagnatico ogni fante.
23 Io sono Omberto: e non pure a me danno
Superbia fe, chè tutti i miei consorti Ha ella tratti seco nel malanno.
24 E qui convien che questo peso porti
Per leij tanto ch' a Dio si soddisfaccia, Foi ch'io nol fei tra' vivi, qui tra'morti.
25 Ascoltando, chinai in giù la fascia ;
Ed un di lor (non questi che parlava) Si torse sotto '1 peso che Io impaccia :
26 E videmi e conobbemi, e chiamava,
Tenendo gli occhi con fatica fisi
A me che tutto chin con loro andava.
CIIAM XI. 187
Mais une voix nous dit: « l^vnez à main droite et suivez le bord avec nous, et vous trouverez le passage où peut monter un vivant.
(( Va si je n'étais empêché par cette pierre qui fait llécliir mon front orgueilleux, et me force à porter les yeux bas,
c< Je regarderais celui de vous qui vit encore et ({ui ne se nomme point, jKnir voir si je le connais, et pour l'attendrir sur mon suj)plice.
« Je fus Latin et (ils d'un illustre Toscan ; fiuillaume Aldobrandeschi ét:iit mon i)ère ; je ne sais si son nom est jamais arrivé jusqu'à vous.
a Le vieux sang de mes ancêtres et leurs actions glorieuses me rendirent si arrogant, ({n'oubliant la mère commune,
(( J'eus tout honneur en mépris, jusqu'à ce point que j'en mourus, comme les Siennois le savent, et comme dans leCampagnatico lésait toutenfantcapable de parler .
« Je suis Omberto', et ce n'est pas à moi seul que l'orgueil a nui, mais à tous ceux de ma race, qu'il a entraînés dans le même malheur.
(( Et c'est pourquoi il faut qu'ici je porte ce poids jusqu'à ce que j'aie satisfait à la justice de Dieu, faute de l'avoir fait chez les vivants, du moins parmi les morts. »
En l'écoulant je baissai le front, et l'une des âmes, non celle qui me parlait, se tourna la tète sous le fardeau dont elle était chargée ;
Elle me vit, me reconnut, elle m'appela, tenant avec effort ses yeux llxés sur moi, qui, tout penché, marchais en leur compagnie.
188 OKL PimCATOniO.
27 0, dissi lui, non se tu' Oderisi,
L'onor d' Agubbio, c 1' onor di quell' arto Che alluminare è chiamala in Parisi?
28 Frate, diss'egli, piii ridon le carte
Che pennelleggia Franco Bologncse :
L' onore c tutto or suo, e mio in parte.
20 Ben non sare' io stato si cortese
Montre ch' io vissi, per lo gran disio Dell' eccellenza, ove mio core intese.
ôo Di (al superbia qui si paga il fio :
Ed ancor non sarei qui, se non fosse Che, possendo peccar, mi volsi a Dio.
51 0 vana gloria délie umane posse,
Com' poco verde in sulla cima dura, Se non è giunta dall' etati grosse!
02 Credetle Cimabue nella pintura
Tener lo campo, ed ora ha Giotto il grido, Si che la fa ma di colui oscura.
55 Cosi ha tolto 1' uno ail' altro Guido
La gloria délia lingua ; e forse è nato Chi r uno e l' allro caccerà di nido.
54 Non è il mondan rumore altro che un fiato
Di vento, ch' or vien quinci ed or vien quindi, E mula nome, perche muta lato.
55 Che fama avrai tu più, se vecchia scindi
Da te la carne, che se fossi morto Innanzi che lasciassi il pappo e il dindi,
56 Pria che passin mill' anni? ch' è più corto
Spazio air eterno, che un mover di cigiia
(:ii.\>r \f. 189
<i Oli 1 lui (lis-je, n'es-tii pas Oderisi, l'honneur de (iubbio, riionneur de cet art qu à Paris on nomme en- / Il miner? »
(c Frère, dit-il, elles sont plus riantes que les miennes, les feuilles qui sortent du pinceau de Franco Bolognèse. Aujourd'hui Ihonneur est tout à lui, il ne m'en reste qu'une part.
« Assurément quand je vivais, je n'aurais pas été si courtois, à cause du grand désir d'exceller qui possédait mon cœur.
«C'est ici qu'on paye le Irihul de cet orgueil, et encore n'y serais-je pas si, pouvant encore pécher, je ne m'étais tourné vers Dieu.
«0 vaine gloire du génie humain ! Combien peu dure la verdure de son feuillage, à moins que des temps barbares ne viennent après î
«Cimabuese crut maître du champ clos de la peinture, et maintenant c'est Ciollo qui a pour lui le cri public, si bien que la renommée de l'autre s'en est obscurcie.
a Ainsi le second des Guido a ravi à l'autre la gloire de la langue, et peut-être est-il né celui qui les chassera tous deux de leurs nids.
a Le bruit du monde n'est qu'un souffle qui va tantôt de ci, tantôt de là, et qui change de nom en changeant de côté.
a Quand tu ne dépouillerais qu'une chair vieillie, ta renommée en sera-t-elle plus grande que si lu fusses mort avant de quitter le doux parler des enfants?
((Sera-t-elle plus grande avant milleans d'ici, c'est-àdire dans un temps plus court^ comparé à l'éternité, que
190 DEL PURGATOKIO.
Al cerchio che più lardi in ciclo è lorto.
r,7 Colui, clic del cammin si poco piglia Dinanzi a me, Toscana sono lutta, E ora appona in Sicna scn pispiglia,
58 Ond' cra sire, quando fu distrutta La rabbia fiorcntina, cliesuperba Fu a quel tempo, si com' ora è putta.
50 La vostra nominanza è color d'erba, Che viene e va, equei la discolora, Per cui ell' esce délia terra acerba.
40 Ed io a lui : Lo tuo ver dir m' incuora
Buona umillà, e gran tumor m' appiani : Ma chi è quei di cui tu parlavi ora?
41 Quegli è, rispose, Provenzan Salvani;
Ed è qui, perché fu presuntuoso A recar Siena tutta aile sue mani.
42 Ito è cosi, e va senza riposo,
Poi che mori : cotai moneta rende A soddisfar, chi è di là tropp' oso,
45 Ed io : Se quello spirito ch' attende, Pria che si penta, 1' orlo délia vita, Laggiù dimora, e quassù non ascende,
4i Se buona orazion lui non aita,
Prima che passi tempo quanto visse, Gome fu la venuta a lui largita?
45 Quando vivea più glorioso, disse,
Liberamente nel campo di Siena, Ogni vergogna deposta, s' affisse :
le mouvement d'un cil compare à la révolution du plus lent des cieux?
«Celui qui devant loi fait si peu de chemin fit retentir de son nom toute la Toscane ; c'est à peine si aujourd'hui on le murmure à Sienne,
(( Où il était seigneur, quand fut vaincue la rage de Florence, aussi orgueilleuse aloi^ qu'elle est aujourd'hui prostituée.
«Votre renommée est de la couleur de l'herbe qui vient et passe, et le soleil qui la décolore est le même <jni la fit sortir de terre dans sa fraîchcMir. »
Et je lui dis : «Tes paroles véridicpies m'inspirent une salutaire humilité, et tu réprimes la grande enflure de mon âme. Mais qui est celui dont tout à l'heure fji parlais ? »
« C'est, répliqua-t-il, Provenzano Salvani : tu le vois ici, parce qu'il eut la présomption de réduire Sienne tout entière dans ses mains.
«Il a marché de la sorte et continue de marcher sans repos depuis qu'il est mort. C'est en cette monnîTie que doit payer quiconque sur la terre a trop osé. »
Et moi : «Si l'âme qui attend j)our se repentir la dernière heure de la vie demeure là-bas, et ne monte point ici.
« Avant d'avoir vu s'écouler autant de temps qu'elle en a vécu, à moins qu'une prière efficace ne vienne à son aide, comment l'accès lui fut-il donné?»
«Au temps où il vivait dans toute sa gloire, répondit Oderisi, il descendit sans hésiter dans la place de Sienne, dépouillant toute honte.
i92 hEL I»UUGATOmO.
40 E li, pcr Irar l'amico suo di pena,
Gliè soslenca nclla prigion di Carlo, Si condusso a tremarper ogni vena.
47 Più non diro, e scuro so clie parlo;
Ma poco tempo andrà clie i tuoi vicini Faranno si, che tu potrai chiosarlo.
48 Quest' opéra gli toise quei confini.
« El lii, pour tirer son ami de la peine qu'il endurait dans la prison de Charles, il se conduisit de manière à trembler de tous ses membres.
c( Je n'en dirai pas davantage, et je sais que mon langage est obscur. Mais avant peu tes concitoyens feront si bien que tu pourras l'interpréter.
« C'est l'œuvre qui l'exempta de cet exil. »
En franchissant la porte du purgatoire, nous entrons dans le lieu des expiations; le poëte s'engage dans une rude épreuve; il trouve peu de secours chez les anciens, il n'imite ni le Tartare, ni l'Elysée : il était réduit à la légende populaire et à son génie.
La pénitence suppose l'horreur du mal et la connaissance du bien. Voilà pourquoi il met sous les yeux de ceux qui expient les exemples des vices dont ils furent atteints et les exemples de la vertu contraire. — Cette galerie d'images, qui peupleront le dixième et le onzième chant du Purgatoire, est un souvenir du bouclier d'Achille, du bouclier d'Énée ; mais surtout de l'art contemporain.
Nous nous sommes arrêtés devant cette galerie de bas-reliefs que Dante représente sculptés dans le marbre blanc de la montagne du purgatoire; nous avons admiré la vie qu'il a su donner aux figures de l'Ange et de la Vierge, de David devant l'arche et de Trajan. En relevant les expressions lumineuses et passionnées, que le poëte emploie pour décrire la perfection de ces ouvrages, nous avons conclu qu'il avait de grands modèles sous les yeux, et que si la langue de l'art était faite au treizième siècle, il fallait que l'art même fût bien près de sa perfection.
Dante, qui vécut de trois vies, homme d'État, poëte, pliilosophe chrétien, a voulu passer tout entier dans son poëme, et, disposant du monde invisible pour y reproduire lidéal du monde présent, il a mis la politique dansV Enfer, l'art dans le Purgatoire^ la Ihcologie dans le Paradis, Non qu'il ait voulu violenter la nature et faire rentrer la réalité de gré ou de force dans le cadre qu'il traçait. Il peint les passions implacables de la guerre civile, la sérénité de la science chrétienne, et ce mélange de grandeur et de faiblesse, d'inspiration pure et de volontés impuissantes qui fait le caractère des poètes et des artistes. Voilà commenl le purgatoire, déjà peuplé d'anges, se trouve peuplé de sculpteurs, de peintres, de poètes, de musiciens. C'est là que Dante a commencé l'histoire de l'art italien au moment où l'art commençait.
La sculpture au siècle de Dante. — L'itiilic ne s'est jamais détachée de cet amour de la beauté plastique. — Peintures des catacomljes, et des basiliques primitives. — Les mosaïques. Saint Paulin et le tombeau de saint Félix de Noie. Par la querelle des Iconoclastes tout cet enseignement est mis en cause. — Les églises italicinics son! des livres. Saint-Maïc de Venise, l'Annuiiziata de Padoue. L'église de San Gemignano, peinte par Berna, Baitoli et Lenozzo Gozzoli,ctc,
La sculjtlure chrétienne est })lus ancienne qu'on ne. pense. — Sculptures aux catacombes de Saint-Hippolyte et de Saint-Pierre. Bas-reliefs des sarcoi)liages de Rome, de Uavenne, d'Arles. Bas-reliefs symboli(iuos : le monogramme, les colombes. Bas-reliefs historiques : la vie du Sauveur, le passage de la mer Rouge...
Renaissimce de la sculpture à Pise. — Croisades des Pisans. — 11> avaient des comptoirs à Constantinople où l'on voyait encore la Junon de Lysippe, le Jupiter de Pliidias. — Nombre infini de morceaux enlevés par eux sur les cotes d'Italie, d'Aliique, etc. Tombeaux grécoromains. Tombeau de la grande comtesse Mathilde; premières imi-
^913 I.E PURGATOIUE.
tatioMS des anciens. Tcmibcaii e.xéeiitc par Bitluinus à Pisc. Chasse
de Méléagre au Ijaplistèrc.
Nicolas de Pise, en 1225. - Ses principaux ouvrages : Tombeau de saint Dominitpie à Bologne, cliaiie du baptistère de Pise où il imite les anciens. Cliaire à Pistoia, ouvrages à Sienne, à Padoue, à Venise. — Jean de Pise, son fifs : Fontaine de Pérouse, église de la Spina à Pise, cbaire de Sienne, autel d'Arezzo, cbaire de Pise.
Laudo Dcum vcrum pcr qucm sunt optima rerum, Qui dcdit lias puras honiini formare figuras.
Portail d'Orvieto. — Ces belles églises, images du ciel, sont livrées aux mendiants et aux pauvres. Ipsorim est regmm cœloruni.
Cbant XI. Terc. 27. — Alluminare. — La miniature, la passion des livres au moyen âge. Oderisi de Gubbio employé par BonifaceVIlI à embellir les livres de la bibliothèque du Vatican. Le même pape employa au même travail Franco Bolognese,dont nous n'avons plus rien, mais dont Vasari a\ait deux beaux dessins, un aigle et un lion brisant un arbre. Il ne faut pas croire que tout fût métier dans l'art des enlumineurs. Francesco forme des élèves. Vital et Laurent furent les fondateurs de la première école de Bologne, oii respire le plus tendre mysticisme. Vital refusait de peindieles crucifix, disant que c'était bien assez que les juifs l'eussent crucifié une fois sans que ce supplice fût renouvelé tous les jours par les mauvais chrétiens ^
52. — Cimabue. Il ne s'agit pas de refaire ici l'histoire de la peinture. Il faut repousser cette idée fausse que Cimabue fut le premier. Avant lui florissait l'école de Pise : Ginnta. Mais surtout l'école de Sienne : Duccio et Guido^.
Rien n'égale la gloire de Cimabue. Charles d'Anjou et la madone Borgo Allegri^.
* Rio, De/fl! Poésie chrétienne, p. 14-2.
2 Mû Guido de Senis diebus pinxit amaris; inscription d'un portrait.
'" Lorsque Charles d'Anjou traversa Florence, on le conduisit voir la madone que peiîïnait alors Cimabue. L'affluence des visiteurs fut si grande que les voisins de Cimabue donnèrent à la rue qu'il habitait le nom de Borgo Allegri, qu'elle a conservé depuis. La madone achevée fut portée en triomphe à Santa M:\rii Novella. (Yasari, Vita di Cimabue.)
Épit;i|ilio do Cimabiie :
Creilidit ut Ciinabus pictura? castra tcMicrc Sic teuuit vivons, nunc tcntt aslra poli.
Orgueil de Cimabuo, qui abandonnait ses ouvrages dès qu'il y apeicevait un défaut.
Danle a cboisi le purgatoire [tour y sauver les souveniis de celle renaissance des arts et de la poésie ([ni lit la gloire de l'Italie ;u treizième siècle.
55. — Les deu\ Guido. — Le premier est Guido Guinicelli do Bologne, mort en 127(3. Selon Benvenuto d Imola, il était lionmie de guerre et de la noble famille des Pnwc/pî, chassée de Bologne comme gibeline. Dante (DevtiUj. eloq.) le cite plusieurs fois; il l'apj elle un noble poëte, un tiès-grand poëte. Au XWI'' chant du Purgatoire, il le tiouve et s'en réjouit: « Quand j'entendis nommer celui (jui « fut mon père, et des autres meillems que moi, <pii ont piatiipié « l'art doux et charmant des vers d'amour... » Et il proteste (jue ces doux chants dureront autant (jne la langue modeine. C'est le chef de celte école Bolonaise (pii semble suivre l'école de Sicile et précéder celle de Toscane.
Mais les TosciUis détrônent leurs prédécesseurs, Guido Cavalcantj, ami de Danle, partTïgea les mêmes vicissitudes politiques; exilé à Sarzane en 1500, il meuit à Florence en 1500 ou 1501. C'était un philosophe, un des meilleuis logiciens que le monde eût vu; trèsdi^trait et tenant un peu aux opinions épicuriennes, (i'oii vient qu'on disait dans le peujde «ju'il cherchait si on pouiiait [)rouver que Dieu n'est i)as.
Canzone sur lanioui-, commentée par Egidius Coîonna. ILintro !uit cette poésie philosophique , savante, qui fait le cachet des Toscans et les distingue de la vohi[)té des Siciliens et de la iHvolilé des Provençaux. Il introduit l'amour platonique qui donnera Béatrix à Dante, Laure à Pétrarque et aux cœurs élevés cette leçon de savoir aimer sans jouir.
46. — Provenzano Salvani mendia sur la place de Sienne | onr payer la rançon de son ami.
Di pari, corne buoi che vnnno a giogo, M' andava io con quall' anima carca, Fin che '1 sofferse il dolce pedagogo.
Ma quando disse : Lascia lui, e varca, Chè qui è buon con la vêla e co' remi, Quantunque puô ciascun, pinger sua barca
Dritto SI, com' andar vuolsi, rife' mi Con la persona, avvegna che i jjensieri Mi rimanessero e chinati e scemi.
Io m' era mosso, e seguia volentieri Del mio Maestro i passi, ed ambedue Già mostravam com' eravam leggieri ;
Quando mi disse : Volgi gli occhi in giuc : Buon ti sarà, per alleggiar la via, Veder Io letlo délie piante lue.
Come, perché di lor memoria sia, Sovr' a' sepolti le tombe terragne Portan segnato quel ch' elli eran pria;
Onde 11 moite volte si ripiagne
Du même pas et comme des bœufs qui marchent sous le joug, cette àme chargée et moi nous cheminâmes ensemble, tant que le permit mon doux maître.
Mais quand il me dit : «Quitte ce mort et marche; car voici un endroit où chacun doit de son mieux, à force de voiles et de rames, pousser sa barque, »
Je redressai mon corps et je marchai comme il est naturel de le faire, bien que mes pensées demeurassent abattues et humiliées.
Je m'étais mis en route, et volontiers je suivais les pas de mon maître ; déjà tous deux nous montrions que nous ne portions pas de fardeaux,
Lorsqu'il me dit : «Baisse les yeux; il te sera bon pour faciliter la route de voir le sol où reposent tes pieds. ))
Comme pour conserver la mémoire des morts, les lombes qu'on ieur donne dans la terre portent leurs traits figurés tels qu'ils furent jadis,
De sorte que bien des fois on se reprend à pleurer,
201) DKL PURGATORIO.
Per la puntura tlella rimcmbranza, Chc solo a' pii dà délie calc«igne :
8 Si vid' io 11, ma di miglior sembianza, Secondo 1' artificio, figurato, Quanlo per via di fuor dal monte avanza.
1) Vedea colui che fu nobil creato
Più d' altra creatura, giù dal cielo Folgoreggiando scendere, da un lato.
10 Vedeva Briareo, titto dal telo
Celestial, giacerdall' altra parte, Grave alla terra per lo mortal gelo.
11 Vedea Timbreo, vedea Pallade e Marte.
Armati ancora, intorno al padreloro, Mirar le membra de' Giganti sparte.
12 Vedea Nembrotte appiè del gran lavoro,
Quasi smarrito, £ riguardar le genti Che in Sennaar con lui superbi foro.
15 0 Niobe, con che occhi dolenti
Vedeva io te segnala in su la strada Tra sette e sette tuoi fîgliuoli spenli !
14 0 Saul, corne in su la propria spada
Quivi parevi morto in Gelboè,
Che poi non senti pioggia ne rugiada !
15 0 folle Aragne, si vedea io te,
Già mezza aragna, trista in su gli stracci Dell' opéra che mal per te si fe !
16 0 Roboam, già non par che minacci
Quivi il tuo segno ; ma pien di spavento Nel porta un carro prima ch' altri il cacci. n Mostrava ancor lo duro pavimento
le cœur percé de ce souvenir, qui n'a d'aiguillon que pour les hommes pieux;
Ainsi, mais avec plus de vérité, et selon toutes les règles de Tart, je vis sculptée toute la surface de la route qui se détache de la montagne.
Je voyais, d'un côté, celui qui fut créé plus noble que toute autre créature tomber du ciel comme l'éclair.
De l'autre coté, je voyais Briarée frappé du carreau céleste, étendu sur la terre, qui gémit sous le poids de son corps glacé.
Je voyais le dieu de Thymbrée, Pallas et Mars, encore tout armés autour de leur père, contempler les membres épars des géants.
Je voyais Nembrod au pied de son grand ouvrage, éperdu et regardant les nations qui partagèrent son orgueil dans la plaine deSennaar.
0 Niobé! avec quels tristes yeux je te voyais représentée sur le pavé de la route, au milieu de tes enfants expirés, sept d'un côté et sept de l'autre, !
0 Saùl ! comme tu m'apparus te précipitant sur ton épée, et mourant sur le Gelboé, qui depuis lors ne connut jamais ni la rosée ni la pluie!
0 folle Arachné ! je te voyais aussi déjà à demi changée en araignée sur les débris de la toile ourdie pour ton malheur!
0 Roboam ! ton image ici n'a plus rien de menaçant; mais, plein d'épouvante, un char t'emporte avant qu'on te poursuive !
202 DEL PURGATOIUO.
Corne Almeonc a sua madré fe caro Parer lo svenlurato adornamenlo.
18 Mostrava come i figli si giltaro
Sovra Sennacherib dentro dal tempio, E come morto lui quivi lasciaro.
19 Mostrava la ruina e il crudo scempio
Che fe Tamiri, quando disse a Ciro :
Sangue sitisti, ed io di sangue t' empio.
20 Mostrava come in rotta si fuggiro
Gli Assiri, poi che fu morto Oloferne, Ed anche le reliquie del martiro.
21 Vedeva Troia in cenere e in caverne :
0 Iliôn, come te basso e vile Mostrava il scgno che lî si discerne !
22 Quai di pennel fu maestro e di stile,
Che ritraesse 1' ombre e gli atti, ch' ivi Farien mirar ogni ingegno sottile ?
25 Morti li morti, e i vivi parean vivi :
Non vide me' di me chi vide il vero, Quant' io calcai fin che chinato givi.
24 Or superbite, e via col viso altiero,
Figliuoli d' Eva, e non chinate il volto, Si che veggiateil vostro mal sentiero.
25 Più era già per noi del monte volto,
E del cammin del Sole assni più speso, Che non stimava 1' animo non sciolto : 20 Quando celui che sempre innanzi atteso Andava, cominciô : Drizza la testa ; Non è più tempo da gir si sospeso.
CHANT \II. ^Oâ
Le dur pavé montrait encore comment Alcméon lit payer cher à sa mère sa funeste parure.
Il montrait comment les fils de Sennachérib se jetèrent sur lui dans le temple, et comment ils le laissèrent mort.
Il montrait la chute et le cruel supplice de Cyrus quand Tamyris lui dit : «Tu fus altéré de sang, je te rassasie de san»^. »
Il montrait comment s'enfuirent les Assyriens en déroute, après la mort d'Iïolopherne, et on apercevait encore ce qui restait du meurtre.
Je voyais Troie en cendres et en ruines. 0 cité d'ilion! combien avilie et déchue te montrait l'image qu'on voyait en ce lieu !
Ouel fut le maître dont le pinceau ou le crayon retraça les ligures et les poses qui étonneraient ici le génie le plus subtil.
Les morts paraissaient morts, et les vivants semblaient vivants. Celui qui a vu la réalité n'a pas mieux vu que moi tout ce que mes pieds foulèrent tant que je marchai les yeux baissés.
Et maintenant enorgueillissez-vous, levez un visage allier, fils d'Eve, et gardez-vous de courber la tète de peur de voir le mauvais chemin où vous marchez.
Déjà nous avions plus cheminé autour de la montagne, et le soleil était plus avancé dans sa course que ne le pensait mon esprit préoccupé.
Quand celui qui allait devant moi, toujours attentif, commença : «Lève la tête, il n'est plus temps de marcher d'un pas si distrait.
27 Vedi cola un Angcl clie s' appresta
Per venir verso noi : vedi clie torna Dal servi" io del di' V ancella sesla.
28 Di riverenza gli alli e il viso adorna,
Si clie i diletti lo inviarci in suso : Pensa che questo di' mai non raggiorna:
29 lo era ben del suo ammonir uso,
Pur di non perder tempo, si che in quella Maleria non potea parlarmi chiuso.
30 A noi venia la creatura bella
Bianco vestita, e nella facciaquale Par tremolando mattulina Stella.
31 Le braccia aperse, e indi aperse 1' aie :
Disse : Venite; qui son presso i gradi, Ed agevolemente omai si sale.
52 A queslo invito vengon molto radi : 0 gente umana, per volar su nata, Perché a poco vento cosi cadi ?
33 Menocci ove la roccia era tagliata :
Quivi mi batteo 1' aie per la fronte; Poi mi promise sicura 1' andata.
34 Come, a man destra, per salire al monte,
Dove siede la Chiesa che soggioga La ben guidata sopra Piubaconte,
35 Si rompe del montar V ardita foga,
Per le scalee che si fero ad elade Ch' era sicuro il quaderno o la doga; 30 Cosi s' allenla la ripa che cade
«Vois de ce côté un ange qui s'apprèle à venir vers nous. Vois que la sixième servante du jour vient d'achever son service.
« One ton attitude et Ion visage expriment un saint respect, si bien que l'ange prenne plaisir à nous envoyer là haut ; pense que le jour oii nous sommes ne se lèvera plus. )^
Je m'étais familiarisé avec cette façon de m'exhorter à ne point perdre de temps; de sorle qu'en pareille matière il ne pouvait me parler d'un lang;ige obscur.
La belle créature venait à nous vôtue de blanc et le visage étincelant comme l'étoile du matin.
Elle ouvrit les bras, et ensuite elle ouvrit les ailes, disant : « Venez, ici près sont les marches, et désormais la montée devient facile. »
Bien peu vieiment recevoir celte bonne nouvelle. 0 race humaine, née pour voler en haut, pourquoi faul-il si peu de vent pour te faire tomber.
L'ange nous mena oii la roche était entaillée; là, d'un battement de ses ailes il m'effleura le front, puis il me promit un passage sans danger.
Comme pour gravir la montagne où repose l'Église qui domine Florence la bien gouvernée, au-dessus du l)ont Rubaconte,
A main droite, la pente hardie de la montée s'adoucit par l'escalier qu'on y fit au temps où l'on respectait le registre et la mesure publique ;
Ainsi s'adoucit la pente qui tombe brusquement du
Quivi bon rai ta dall' altro girone :
Ma quinci o (juindi 1' alla pietra rade. 57 Noi volgendo ivi le nostre pcrsone, Beatipanperes spiritu^ voci Cantaron si, clic nol diria sermone.
38 Ahi quanto son diverse quelle foci
Dalle infcrnali ! cliè quivi per canli S' entra, e laggiù per lamenii feroci.
39 Già montavam su per li scaglion santi,
Ed esser mi parea troppo più lieve, Che per lo pian non mi parea davanti :
40 Ond' io : Maestro, dî, quai cosa grève
Levata s' è da me, chè nulla quasi Per me fatica andando si riceve?
41 Rispose : Quando i P, che son rimasi
Ancor nel volto tuo presso che stinti, Saranno, come 1' un, del tutlo rasi,
42 Fien li tuoi piè dal buon voler si vinti,
Che non pur non fatica sentiranno, Ma fia diletlo loro esser su pinti.
43 Allor fec' io come color che vanno
Con cosa in capo non da lor saputa,
Se non che i cenni altrui suspicar fanno ;
44 Perché la mano ad accertar s' aiuta,
E cerca e trova, e quelP uffîcio adempie Che non si puô fornir per la veduta :
45 Econ le dita délia destra scempie
Trovai pur sei le leltere, che incise Quel dalle chiavi a me sopra le tempie : 41. A che guardando il mio Duca sorrise.
ClIAîsT XII. 207
cercle siiporieiir, mais de part et d'aiUre on rase ïa haute muraille.
Au moment ou nous tournions de ce côté, des voix chantèrent Bcali pauperes spiritu, d'un tel accent, que la parole ne peut le rendre.
Ah ! que ces élroils chemins ressemhlent peu à ceux de l'enfer; ici l'on entre avec des chants, et là-bas avec des rugissements de douleur.
Déjà nous montions par les marches saintes, et je me sentais bien plus léger qu'auparavant quand je cheminais par la plaine.
C'est pourquoi je dis : « Maître, réponds, de quel poids m'a-t-on soulagé pour qu'en cheminant je ne ressente presque plus de fatigue? »
Il répondit : « Quand les P qui restent presque effacés sur ton visage auront comme le premier toul à fait disparu,
«La bonne volonté sera si bien la maîtressede tes pieds, que non-seulement ils ne ressentiront plus de fatigue, mais ce sera pour eux un plaisir de monter. »
Alors je fis comme ceux qui vont portant sur la tête une chose qu'ils ne voient point, mais que les gestes d'autrui leur font soupçonner.
D'où vient que leur main cherche à s'en assurer, cherche, trouve, et accomplit l'office dont ne pouvaient s'acquitter les yeux.
Ainsi, en écartant les doigts de la main droite, je ne trouvai plus que six lettres des sept que l'ange des clefs avait gravées sur mon front.
Ce que voyant mon guide, il se prit à sourire.
Noi eravano al sommo délia scala,
Ove secondamente si risega
Lo monte che, salendo, altrui dismala : I\i cosi una cornice lega
Dintorno il poggio, corne la primaia,
Se non che Y arco suo più tosto piega. Ombra non gli è, ne segno che si paia ;
Par si la ripa, e par si la via schietta,
Col livido color délia petraia.
Se qui per dimandar génie s' aspetta,
Ragionava il Poeta, io temo forse
Che troppo avrà d' indugio nostra eletta, Poi fisamente al Sole gli occhi porse ;
Fece del destro lato al mover centro,
E la sinistra parte di se torse.
0 dolce lume, a cui fidanzai'entro
Per lo nuovo cammin, tu ne conduci,
Dicea, corne condur si vuol quinc' entro
CIIA.M Xlll
Nous étions au sommet de l'escalier, à l'endroit on pour la seconde fois s'interrompt la montagne qu'on monte en se purifiant de tout mal.
Là aussi règne autourdu pic une corniclie semblable à la première, mais l'arc qu'elle décrit se courbe plus vite.
On n'y voit ni image ni dessin qui se détache, le bord et le chemin sont nus et sans autre couleur que celle du rocher livide.
« Si nous attendons ici quelqu'un pour demander notre route, disait le poëte, je crains que peut-être notre choix éprouve trop de retard. »
Puis il fixa les yeux sur le soleil, fit de son pied droit le pivot de son mouvement, et tourna le côté gauche de sa personne.
c( 0 douce lumière sur la foi de laquelle j'entre dans ce nouveau chemin, conduis-nous, disait-il, comme on <loit se conduire en ce lieu.
t>io i>Ki- rri'.iiATor.îo.
7 Tu scaldi il inoiulo, lu sovr' esso luci :
S' allra cagione in contrario non pronla, Esser dcn scmpre li luoi raggi duci.
8 Quanlo di qua pcr un migliaio si conta,
Tanto di ià cravam noi già iti,
Con poco tempo, per la YOglia pronla.
9 E verso noi volar furon senliti,
Non perô visti, spiriti, parlando Alla mensa d' amor corlesi invili.
10 La prima voce che passô volando,
Vinum non habent^ allamenle disse, E dietro a noi 1' andô reiterando.
11 E prima che del tutlonon s' udisse
Per allungarsi, un' allra : F sono Oreste : Passé gridando, ed anche non s' affisse.
12 0, diss'io, Padre, che voci son queste?
E com' io dimandai, ecco la terza Dicendo : A mate da cui maleaveste.
15 Lo buon Maestro : Questo cinghio sferza La colpa délia invidia, e perô sono Traite da amor le corde délia ferza.
14 Lo fren vuol esser del contrario suono ;
Credo che 1' udirai, per mio avviso.
Prima che giunghi al passo del perdono.
15 Ma ficca gli ôcchi per 1' aer ben fîso,
E vedrai génie innanzi a noi sedersi, E ciascun è lungo la grolta assiso.
iG Allora più che prima gli occhi apersi;
Guarda' mi innanzi, e vidi ombre con manti Al color délia piedra non diversi.
c( Tu réchauffes le monde et tu réclaires; si quelque aulre motif ne nous force au parti contraire, les rayons doivent toujours être nos guides. «
L'espace qu'ici-bas on compte pour un mille, nous l'avions déjà parcouru en peu de temps, grâce à Timpalience de notre volonté.
Et nous sentîmes voler vers nous, mais nous ne les vîmes pas, des esprits dont les paroles étaient une invitation courtoise à la table d'amour.
La première voix qui passa en volant, cria : a ViniiDi 7}(ni habcnt ; » et l'alla répétant derrière nous.
Et avant qu'elle se fût assez éloignée pour qu'on ne l'entendît plus, une autre voix passa en criant : « Je suis Oresle. » Et comme l'autre elle ne s'arrêta pas.
0 mon père, dis-je, quelles sont ces voix? Et comme je l'interrogeais, voici qu'une troisième cria : « Aimez qui vous a fait du mal. »
Mon bon maître répondit : « Ce cercle voit châtier le péché de l'envie, et c'est pourquoi l'amour fournit les cordes du fouet.
« Le frein sera formé de paroles contraires, et m'est avis que tu les entendras avant d'arriver à la porte du pardon.
a Mais plonge attentivement tes regards dans l'air et lu verras des gens assis devant nous, et chacun d'eux est accroupi contre le rocher. »
Alors plus qu'auparavant j'ouvris les yeux, je regardai devant moi, et je vis des ombres couvertes de manteaux de la même couleur que la pierre.
'212 DEL l'IIRGATORIO.
17 E poi clic fummo un poco più avanli,
Udi' gridar : Maria, ora par noi :
Gridar Miclîcle, c Piclro, e tutti i Santi.
18 Non credo che pcr terra vada ancoi
Uomo si duro, che non fosse punto Per compassion di quel cli' i' vidi poi :
19 Chè quando fui si presso di lor giunto,
Chegli atti loro a me venivan certi, Per gli occhi fui di grave dolor munto. 21 Di vil cilicio mi parean coperli,
E V un sofferia 1' altro con la spalla, E tutli dalla ripa eran sofferti.
21 Cosi li ciechi, a cui la roba falla,
Stanno a' perdoni a chieder lor bisogna, E r uno il capo sopra 1' altro avvalla,
22 Perche in altrui pietà tosto si pogna,
Non pur per lo sonar délie parole, Ma per la vista che non meno agogna.
25 E corne agli orbi non approda il Sole, Cosi air ombre, dov' io parlav' ora Luce del ciel di se largir non vuole ;
2i Chè a tutte un fil di ferro il ciglio fora, E cuce si , com' a sparvier selvaggio Si fa, pero che queto non dimora.
25 A me pareva andando fare oltraggio,
Vedendo altrui, non essendo veduto :
.Perch' io mi volsi al mio Consiglio saggio.
26 Ben sapev' ei, che volea dir lo muto;
E perô nonattese mia dimanda ;
Ma disse : Parla, e sii brève ed arguto.
Et lorsque nous fûmes un peu plus avancés, j'entendis crier : « Marie, priez pour nous. » J'entendis invoquer Michel, Pierre et tous les saints.
Je ne crois pas que la terre porte encore un homme si dur qu'il ne fût touché de pitié de ce que je vis ensuite.
Car, lorsque je fus assez près d'eux pour m'assurer de leur attitude et de leurs mouvements, une cruellti douleur mouilla mes yeux.
Ils me semblaient couverts d'un vil cilice, chacun d'eux s'appuyait à l'épaule d'autrui et tous s'appuyaient au rocher.
Ainsi les aveugles à qui manque le nécessaire se tiennent aux pardons, quêtant pour leurs besoins, et l'un repose la tète sur l'épaule de l'autre.
Afin de mettre la pitié dans les cœurs, non-seulement par le son des paroles, mais par la vue qui n'est pas moins pressante.
Et comme le soleil n'arrive pas jusqu'aux aveugles, ainsi la lumière du ciel ne veut pas se communiquer aux ombres dont je parlais.
Car toutes ont la paupière percée et cousue d'un fil de fer, comme on fait à l'épervier sauvage tant qu'il ne veut point se tenir tranquille.
Tout en marchant, il me semblait contre l'honneur de voir autrui sans être vu ; c'est pourquoi je me tournai vers mon sage conseiller.
11 savait bien ce que muet je voulais dire ; et c'est pourquoi il n'attendit point ma demande ; mais il me dit : «.Parle, sois bref, et qu'on t'entende à demi-mot. »
'214 DEL l'UUGATdHlO.
27 Virgilio mi venia da quella banda
Délia cornice, onde cader si puote, Perché da nulla sponda s' inghirlanda :
28 Dair allra parte m' eran le dévote
Ombre, clie per Y orribile costura Premevan si, cliebagnavan le gole.
29 Volsimi a loro, ed: 0 gente sicura,
Jncominciai, di vcder 1' alto lume Clic il disio vostro solo ha in sua cura,
50 Se tosto grazia risolva le schiumc Di vostra coscienza, si che chiaro Per essa scenda délia mente il liume,
31 Ditemi (che mi fia grazioso e caro)
S' anima è qui tra voi, che sia latina; E forse a lei sarà buon, s' io V apparo.
7)2 0 frate mio, ciascuna è cittadina-
D' una vera città ; ma tu vu oi dire, Chevivesse in Italia peregrina.
33 Questo mi parve per risposla udire
Più innanzi alquanto, che là dov' io stava ; Ond' io mi feci ancor più là sentire.
34 Tra r altre vidi un' ombra che aspettava
In vista ; e se volesse alcun dir come, Lo mento, a guisa d' orbo, in su levava.
.35 Spirto, diss' io, che per salir ti dôme. Se tu se' quegli che mi rispondesti, Fammiti conto o per luogo o per nome.
36 r fui Senese, rispose, e con questi Altri rimondo quila vita ria, Lagrimando a Colui, che se ne presti.
CHANT XllI. .215
Virgile cheminait avec moi du côté de la corniche où Ton peut tomber, puisqu'elle n'a pas de parapet qui lui serve de ceinture.
De l'autre côté j'avais ces ombres pieuses qui souffraient si cruellement de l'horrible couture, que leurs joues étaient baignées de larmes.
Je me tournai vers elles et je commenijai : « 0 peuple assuré de voir la céleste lumière qui l'ait la seule occupation de vos désirs ;
« Ainsi puisse bientôt la grâce balayer les écumes de votre conscience, de telle sorte que par elle le fleuve de votre ûme coule parfaitement pur.
« Dites-moi (et votre parole me sera gracieuse et chère) s'il est parmi vous quelque àme latine, et peutêtre lui sera-t-il bon que je l'aie connue. »
« 0 mon frère, chacune de nous est citoyenne d'une cité véritable, mais lu peux parler d'une ame qui fit son pèlerinage en Italie. »
Je crus entendre cette réponse un peu au-delà du lieu 011 j'étais; d'où vient que je m'avançai encore de ce côté.
Entre les autres je vis une ombre qui semblait m'attendre, et si quelqu'un demande comment, c'est qu'elle levait le menton à la manière des aveugles.
« Esprit, lui dis-je, qui pour monter s'humilie, si c'est toi qui m'as répondu, fais-toi connaître ou par ta patrie ou par ton nom.
« Je fus Siennoise, répondit-elle, et avec les autres que voici, je purge les fautes de ma vie, en offrant mes pleurs à celui que nous prions de se donner à nous.
'•^*^"* Ml PURGATOniO.
57 Savia non fui, avvegna clie Sapîa
Fossi chiamata, e fui degli altruidanni Più lieta assai, clie di ventura mia.
58 E perche lu non credi cli' io t' inganni,
Odi se fui, com'io ti dico, folle.
Già discendendo l' arco de' miei anni,
Erano i ciltadin miei presse a Colle Incampo giunti co'loro avversari, Ed io pregava Dio di quel ch' ei voile.
Rolti fur quivi, e volti negli amari Passi difuga, e veggendo la caccia, Lelizia presi ad ogni altra dispari :
41 Tanto eh' io levai in su F ardita faccia,
Gridando a Dio : Ornai più non ti lemo : Corne fe il merlo per poca bonaccia.
42 Face volli con Dio in su Io slremo
Délia mia vita ; ed ancor non sarebbe Lo mio dover per penitenza scemo, 45 Se ciô non fosse, ch'a memoria m'ebbe Pier Pettinagno in sue santé orazioni, A cui di me per caritate increbbe.
44 Ma tu chi se', che nostre condizioni
Vai dimandando, e porti gli occhi sciolti, Si come io credo, e spirando ragioni?
45 Gli occhi, diss' io, mi fieno ancor qui tolti ;
Ma picciol tempo, chè poca è 1' offesa Fatta per esser con invidia volti.
46 Troppa è più la paura, ond' è sospesa
L' anima mia, del tormento di sotto, Che già lo incarco di hggiù mi pesa.
CHANT \in. 217
(( Je ne fus point sage, bien que Sage on m'eût nommée, et je trouvai plus de joie au mal d'autrui qu'à mon bonheur.
c< Et pour que tu ne croies pas que je te trompe, écoute si je fus insensée comme je le dis. Déjà je descendais l'arc de mes années,
« Quand, mes concitoyens étant près de Colle, sur le champ de bataille avec leurs ennemis, je demandai à Dieu ce qu'il voulut.
(1 Ils furent battus en cet endroit et condamnésà tourner leurs tristes pas en arrière; et en voyant la chasse qu'on en fit, je ressentis une joie à nulle autre pareille ;
« Si bien que je levai vers le ciel mon front insolent, criant à Dieu : « Je ne te crains plus! » Comme fait le merle trompé par un peu de beau temps.
« Je voulus faire ma paix avec Dieu sur la fin de ma vie ; et encore ma dette ne serait pas diminuée par la pénitence,
« Si ce n'est que Pierre Pettinagno se souvint de moi dans ses saintes prières, touché de charité pour mon malheur.
« Mais toi, qui es-tu, qui vas t'informant de notre condition, qui portes les yeux ouverts comme je le crois, et qui parles en respirant? »
« Les yeux, répondis-je, me seront aussi fermés dans ce lieu, mais pour peu de temps; car petite est l'offense que j'ai commise par des regards d'envie.
« Bien plus grande est la peur que ressent mon âme du tourment de ci-dessous : déjà je sens le poids du fardeau qu'on porte là-bas. »
'218 DEL rURGATOniO.
47 Ed cUa a me : Clii t'ha diinque condotto Quassù tra noi, se giii rilornar credi? Ed io: Costui cli' è meco, e non fa moLt© :
4s E vivo sono ; e pero mi richiedi,
Spirilo eletto, se tu vuoi ch'io muova Di là per te ancor li mortai piedi.
40 Oh questa è ad lidir si cosa nuova,
Rispose, che gran segno è che Dio t'ami; Perô col prego luo talor mi giova.
50 E chieggoti per quel che tu più brami,
Se mai calchi la terra di Toscana, Ch'a' miei propinqui tu ben mi rinfami.
51 Tu gli vedrai tra quella gente vana
Che spera in Talamone, e perderagli Più di speranza, eh' a trovar la Diana :
52 Ma più vi perderanno gli ammiragli.
CHANT Mil. 21 U
Eiràmc me répondit: «(Jui donc l'a fait mon ter jusqu'à nous, si tu comptes retourner en bas? » Et je répondis : c( Celui qui m'accompagne et qui ne dit mol.
c( Je suis vivant; et c'est pourquoi, parle, esprit élu, si tu veux que sur la terre je nieite à ton service mes pieds mortels. »
a Oh, répondit-elle, la clioseest si nouvelle à entendre, (]ue j'y vois un signe de l'amour de Dieu pour toi ; aidemoi donc quelquefois de ta prière ;
(( Et je te prie au nom de ce que lu aimes le mieux, si lu foules jamais la terre de Toscane, de me remetlre en bonne renommée parmi mes proches.
« Tu les verras parmi ce peuple vain qui met son espoir dans le port de Talamone et qui doit y perdre son temps plus qu'à retrouver la Diana.
« Mais les amiraux y perdront encore davanlage. »
Terc. M. — Alcmcon, fils du devin Amphiaraûs, tua sa mère qui, séduite par le don d'un collier, avait révélé la retraite de son mari. Amphiaraiis s'était caché pour ne point aller au siège de Thèbes, où son art lui avait révélé qu'il trouverait la mort. G. A. H.