‹ uvres complètes de A.-F. Ozanam (volume 5)Chapitre 2 sur 33 · VI AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VI AVERTISSEMENT

prouve de ^es pensées dans son enseignement. Il apportait dans sa chaire les résultats de ses savantes recherches : au contact de son onditoire tonte cette érudition s'animait, revêtait cette première orme si vive et si brillante, qui a laissé dans l'esprit de ses élève-; tant de chers souvenirs; puis ces mêmes pensées, méditées de nouveau dans le silence du cabinet, devenaient un livre. Ainsi se sont préparées dans son cours ses belles Études germaniques ; ainsi se préparaient dans ses leçons d'e)q[)lication, sa traduction et son commentaire de Dante. Mais la traduction recevait dès l'abord sa forme définitive, tandis que le commentaire devait être soumis à une révision ultérieure. Sept aimées furent ainsi consacrées à l'étude et à l'interprétation de la Divine Comédie, parmi lesquelles quatre furent réservées à l'élude du Purgatoire. Une sorte de prédilection particulière attachait M. Ozanam à ces chants destinés à célébrer la réhabilitation de l'homme coupable, et tout remplis de consolations et d'espérances célestes. Aussi ces notes renferment-elles un grand nombre de passages admirablement écrits, qui ne le cèdent en rien aux œuvres auxquelles il a mis la dernière main, et qui auraient passé sans doute avec assez peu de changements dans son commentaire définitif. D'autres moins achevés contiennent cependant des vues nouvelles, ondes indications précieuses pour ceux qui s'occupent spécialement de Dante et de l'histoire de son siècle. Ce n'est (ju'un mot parfois, mais un mot que l'érudit comprendra et qui pourra ouvrir à sa pensée de nouveaux horizons. Nous avons donc scrupuleusement respecté la disposition et la forme qu'il avait données à ces notes, et jusqu'à ce défaut de pi'oportions, inévitable dans ces annotations de premier jet, où certaines questions prennent, par l'entraînement de l'auteur un développement considérable, tandis que d'autres sont plus rapidement indiquées ^ Nous ne nous sommes j)ermis aucune altération, et ce n'est que bien rarement que nous avons ajouté au texte quelques notes destinées à en faciliter l'intelligence 2.

* Ce i'Ont ces parties moins achevées du coniniciilaiie qui ont élc inipri- )i)ées en petit texte.

"^ Ces notes sont indiquées pai les initiales G. A. 11.

AVERTISSEMENT. vu

En consul v;iiit la forme primitive de ce loninieiilaiie, en y maintenant tont ce qni rappelle la conminnication intime et familière du professeur et de landiloire, il est une chose que nous avons cru devoir également laisser subsister, et qui rend à ces leçons éparses leur physionomie et leur intérêt. Ce sont les souvenirs contemporains de ces cours, professés de 18i7 à 1850, les allnsions aux événements qni préoccupaient alors tous les esprits. Sans doute nous sommes de ceux qui pensent qu'en des temps plus calmes la chaire du professeur doit être un sanctuaire fermé à tous les bruits du dehors; pent-êlre même en feiions-nous une règle invariable et absolue. Toutefois, dans ces moments d'agitalion où se décident les destinées des peuples, à Paris surfont, où l'opinion sagement éclailée peut exercer une si décisive influence, l'honmie «le bien en possession de la parole pouvait-il hésiter à laire entendnî à la jeunesse de salutaires conseils? Chez M. Ozanam, le professeur n'était point séparé du chiétien ardent, du libéral sincère, du serviteur infatigable de la vérité et de la justice. Dante, avec ses allusions jKTpétuelles à la vie orageuse des républiciues italiennes, à la papauté, à l'empire, aux prétentions de monarchie universelle des césars germains, sendjlait redevenir contem[)orain de ces jouis où rilalie crut recouvrer son indépendance et sa gloire à la voix d'un généreux pontife, mais où bientôt aussi, trop faible contre ses ennemis du dehors, et ingrate envers celui qui avait fait lever sur sa [latrie l'aurore d'une liberté nouvelle, elle vit à Novare la défaite de son armée et tlans les murs de Home li plus odieuse des révoltes. L'écho de toutes ces souffrances se fait entendre dans les notes éloquentes ajoutées à ces chants du Ptinjatoire, si pleins, eux aussi, des souvenirs de la défaite des meilleures causes, ou de la punition méritée des faiblesses des hommes et des crimes des partis. Mais, moins amer que le poëte, qui flagelle parfois ses ennemis avec une rudesse égale à celle des plus véhémentes strophes de son Enfer ^ le commentateur n'a que des paroles de conciliation et d'espérance. M. Ozanam était de ceux qui croyaient à l'avenir, qui, peu inquiets d'être, comme Dante, souvent seuls de leur parti, ne doutaient ])as du tiiom|ilie de la justice même aux plus mauvais Jours, ni surtout

Mil • AVEUTISSEMliNT.

de Ja possibilité d'une réconcilialion féconde de l;i reli'iioii et de la

liberté dans nos sociétés modernes.

Anjourd'liui que les événements ont mêlé à ces nobles espérances de si cruelles inquiétudes, nous voudiions moins que jamais déguiser la pensée de noire maître, et l'aire taire cette voix qui semble encore, avec sa fermeté chrétienne à la fois si douce et si forte, revivre pour protester contre les ingratitudes, les injustices, les spoliations par lesquelles l'ambition a compromis la cause sacrée de l'indépendance. Cette publication tiouve même dans cette affiimation généreuse d'une doctrine aujourd'hui méconnue, mais non vaincue, une actualité que nous n'avons pas cherchée, mais que nous acceptons. M. Ozanam apparaîtra dans quelques passages de ce livre tel qu'il se montrerait aujourd'hui : fds soumis de l'Eglise, serviteur dévoué du souverain pontife, défenseur jaloux de tout ce qui peut assurer sa dignilé et son indépendance, ami de la liberté malgré les excès des partis, conseiller rigide et austère de cette Italie dont il partageait les espérances, dont il reconnaissait les droits, sans se dissimuler ni les faiblesses, ni les vices du caractère italien . Qu'importe donc que la Révolution paraisse un instant menacer l'Église ! L'Église est immortelle, la papauté impérissable, et dans le fond de l'âme humaine, qui, elle aussi, ne change point, au-dessus des instincts révolutionnaires par moments déchaînés, subsiste l'amour inaltérable de la liberté. Les nations ne sauront pas plus se passer de foi que d'indépendance. Quelque longue que soit l'épreuve, le jour ou il plaira à la miséricorde divine de la terminer, on verra ces deux éléments s'unir pour le bonheur des peuples, et une doctrine peut être patiente quand elle est sûre d'avoir raison.

Puisse maintenant la bien faible part que nous avons prise à cette publication être acceptée comme un nouvel hommage rendu à une chère mémoire, comme un témoignage de notre reconnaissance pour le maître que nous avons aimé !

G. A. IIEIMUCH.

IMUODUCTION

EXTIIVIT DIM: leçon l)'Ol\EltT(|{E

'20 .l.Tcnil.ic 1847.

Mossieiirs,

En reparaissant dans celle chaire, oii 'vous me réserviez lin si fialernel accueil, j'ai à me faire pardonner tTabortl une longue absence exigée par ma santé, ensuite le retard de mes leçons, qui se ressentiront longtemps encore de l'épuisemenl de mes forces. Toutefois, en allant chercher le doux ciel de l'Italie, je m'éloignais moins de vous que vous ne pensez. J'y portais toutes les préoccupations d'un enseignement f{ue vous m'avez rendu cher, t(»utes les questions que nous avions coutume d'agiter ensemble, et je m'en suis bien trouvé : car ce qui f.iit rintérôt d'un voyage, ce sont les questions que l'on emporte, dont on est poursuivi, et qui vont se résoudre par le spectacle des lieux et des hommes. Les poètes italiens n'ont pas de plus sûr commen-

taire que leur beau pays encore tout couvert de monuments; ils n'ont pas de plus éloquent interprète que leur nation encore toute pénétrée des mêmes souvenirs, des mêmes passions qui les inspiraient. Là, les plus parfaites productions de l'art laissent voir au-dessous d'elles un fond de poésie populaire, d'où elles sortent, où elles retournent. Car tandis que la poésie n'est ailleurs qu'une plante de luxe, cultivée comme en série chaude dans les théâtres et les académies, pour le plaisir d'un petit nombre d'esprits, en Italie c'est une fleur du pays que les pâtres ramassent, dont les enfants se font des guirlandes; il n'y a pas d'hiver si rigoureux qui puisse en détruire l'espèce, ni de ravages qui l'empêchent de repousser. Je m'explique ainsi l'étonnante fécondité d'une contrée qui a produit à elle seule trois grandes épopées, la Divine Comédie, le Roland farieuj., et la Jérusalem, lorsque le reste de l'Europe ne peut lui opposer que les Lusiades^ le Paradis perdu, ou des fragmeftts admirables, mais où le génie n'est pas venu mettre l'ordre et l'unité, comme les chants du Cid et des Nibelungen.

Voilà ce que je pense avoir appris dans un pèlerinage de huit mois, voilà le souvenir que je me proposais de vous en rapporter, comme les pèlerins du moyen âge rapportaient une branche coupée aux palmiers d'Orient. Je rattacherai à ce résumé rapide bien des impressions fugitives, bien des images qui m'ont charmé et qu'il m'est doux de retenir encore un moment. Toutefois ne craignez pas, messieurs, que je ressemble à ces voyageurs ingrats qui ne rentrent dans leur patrie que pour

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