‹ uvres complètes de A.-F. OzanamChapitre 34 sur 45 · I.i:s LETTRES DA.NS LE CHIUSTIAMSME · texte numérisé non relu

I.i:s LETTRES DA.NS LE CHIUSTIAMSME

u trouver Simplicien lorsqu'il s'y attendait le nioins^ et a lui dit : — Allons à l'église : je veux devenir eliré- (( tien. Simplicien, transporté de joie, l'y conduisit. (( Victorin recul les cérémonies du catéchuménat, et (( donna son nom peu aj)rès pour être baptisé, au grand « élonnement de llome et au grand dépit des païens. « Quand vint l'iieure de faire la profession do foi, que « l'on pronon(;ait à Home d'un lieu élevé, à la vue de « tous les fidèles, les prêtres offrirent à Victorin de le « faire en secret, comme on l'accordait à quelques-uns « que la honte pouvait troubler : mais il aima mieux la « prononcer en public. Lorsqu'il monta jmur réciter le « symbole, comme il était connu de tout le monde, il c< s'éleva un murmure universel, chacun disant tout « bas pour s'en réjouir avec son vorsiu : — Victorin! « Yictorin ! Un moment après, le désir de l'entendre fit (( faire silence, il prononça le symbole avec fermeté, et a chacun des assistants le met(ait dans son cœur par la c< joye et l'amour (1).

C'est ainsi que l'école entre dans l'Eglise; mais il s'agit de savoir si l'Eglise recevra l'école et lui ouvrira ses portes, si des difficultés nouvelles ne vont pas arrêter les lettres dans cet effort qu'elles font pour se réconcilier avec un culte si nouveau pour elles. Il semble d'abord que le christianisme doive se prêter difficilement à cette alliance des lettres avec la foi ; car la foi se présente comme principe supérieur, dominant, qui

(l)Fleury, t. IV, 1. 15, p. 14.

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écrase la science humaine. C'est la parole de saint Paul qui fait gloire au ciiristianisme d'avoir été réputé folie par les Grecs; il se plaît à son tour à cojifondre cette sagesse orgueilleuse de la Grèce, il se félicite de ce que le christianisme n'ait eu pour lui qu'un petit nombre de sages, et ait choisi de préféjîence les ignorants, les petits, ceux qui n'étaient rien, afin de confondre par eux les savants et les puissants. Ce n'est pas avec des paroles apprises dans des écoles d'éloquence, chez les philosophes dont il les engage à se défier, que leur parle l'apôtre, et il a raison ; car Cicéron lui-même a dit qu'il fallait s'en défier, que la philosophie est l'ornement de l'esprit humain, mais qu'il faut prendre garde d'y chercher la règle des mœurs, qu'il est un guide plus fort et plus sûr, l'usage, mos inajorum, et qu'il n'y a pas d'erreur qui n'ait été enseignée par les philosophes. L'apôtre a encore raison lorsque nous voyons la philosophie pénétrer dans le christianisme avec les gnosliques qui le réduisent à n'être plus qu'une mythologie, qui opposent sans cesse le monde de la matière au monde de l'esprit qu'ils font éternels tous les deux, renouvelant toutes les erreurs du panthéisme et du dualisme oriental. II y a là une partie de la vérité, mais ce n'est pas la vérité tout entière : le christianisme avait aussi enseigné que le Verbe est la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde : comment fouler aux pieds la raison, après lui avoir donné cette divine origine? Aussi Saint- Paul ne manquait pas de dire que la philosophie de

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l'anliquilé avait connu Dicii^ que les œuvres de Dieu, manifestées à l'homme, avaient suffi pour lui faire connaître son Créateur, et que le crime des philosophes ne fut pas d'ignorer, mais de cacher la vérité, de hi retenir captive, de hien se garder de la faire paraître au dehors pour ne point subir le sort d'Anaxagore et de Socrate; de n'avoir rien osi' , d'avoir reculé, abandonnant la vérité (juils devaient servir. De là deux principes également proposés par saint Paul, et également maintenus par le christianisme : il reconnaît l'insuflisance de la raison et la puissance de la raison; le danger des lettres et l'utilité des lettres, deux principes qui s'accordent, mais qui devaient s'isoler et inspirer diversement deux écoles di fie rentes.

Cependant il sendjle que l'accord voulu par l'apôtre a été compris : l'Orient tout illuminé des lumières d'Alexandrie, la Grèce enchantée des paroles qui ont retenti dans Athènes, ces peuples spéculatifs occupés du beau et du vrai ne peuvent pas se résoudre à se laisser arracher l'héritage de tant de chefs-d'œuvre, de tant de merveilles, de cet enseignement qu'ils ont reçu de leurs ancêtres. Aussi on voit de bonne heure les efforts se combiner pour rapprocher la foi et la science, pour conclure la paix et une paix durable entre ces deux rivales; et c'est là le motif qui préside à la fondation d(^ l'école catéchétique d'Alexandrie qui paraît remonter au temps dos apôtres, bien qu'un des premiers maîtres connus soi! saint l*antène, qui vivait au second siècle.

ocjo ^EUVIÈME LKÇON.

A Antioclie, àCésarée, à Nisibe, à Edessc, nous voyons, à la môme époque, s'élever de grandes écoles théologiques dans lesquelles on s'efforce d'éclairer les obscurités de la philosophie ancienne à la lumière du christianisme, et réciproquement, d'entourer les mystères chrétiens de toutes les lumières légitimes de la raison humaine. C'est ce grand travail dont saint Clément d'Alexandrie nous donne l'exemple dans ses trois ouvrages: V Exhortation aux Grecs ^ le Pédagogue et les Stromates, Ce n'est pas le lieu d'examiner ici ces trois admirables livres, mais nous en recueillerons les principales pensées. Saint Clément d'Alexandrie veut que la philosophie elle-même, que la science profane soit asservie à la foi, il lui prédit une sorte de servage comme Agar à Sara; mais, en même temps, il veut que la servante soit traitée comme sœur, et voici en quels termes il s'en explique : a Non, la philosophie ne nuit c( point à la vie chrétienne, et ceux-là l'ont calomniée (( qui l'ont représentée comme une ouvrière de fausseté c( et de mauvaises mœurs, quand elle est la lumière, (( une image de la vérité, un don que Dieu a fait (( aux Grecs, et qui, loin de nous arracher à la foi par « un vain prestige, nous donne un rempart de plus, et c( devient pour nous comme une science sœur qui « ajoute à la démonstration de la foi.... Caria philoce Sophie fut le pédagogue des Grecs comme la loi fut a le pédagogue des Hébreux, pour conduire les uns (( et les autres au Christ (1). »

(1) Clém. \\e\.,StromaL, 1. I, 5, Ck

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