‹ uvres complètes de A.-F. OzanamChapitre 36 sur 45 · I.i:S I.KTTIŒS DANS I.K CIIRISTIAMSMK. 2'J · texte numérisé non relu

I.i:S I.KTTIŒS DANS I.K CIIRISTIAMSMK. 2'J

fond de toutes ces écoles, qui leconimençaienl sans cesse à chercher Dieu et lànie, apparemment parce qu'eHes n'avaient encore houvé ni Dieu, ni l'àme. Selon moi, c'est là la gloire du christianisme de n'avoir plus voulu qu'on cherchât Dieu et lame; le christianisme s'était donné au monde hicn plus que le monde ne s'était donné à lui. Il ne permet plus qu'on retienne les générations loin de la lumièie, il leur dit : (( Le Christ est ici, <c n'allez pas plus loin. » En (U;mt à l'homme cette incertitude, le christianisme lui rend sa liherté, hrise la chaîne (|ui le rtUenait ca})tit' et l'empêchait de porter ses investigations, d'appliquer son ambitieuse ardeur jusqu'aux dernières limites du fini et de l'inlini.

Cependant, en présence de cette école (jui (hnait durer quatorze siècles, une autre se formait, moins nombreuse, moins considéral)h', mais qui ne devait pas durer moins. Cette autre école, frappée du péril, trouve plus facile de retrancher les lettres que de les émonder ; jugeant la philosophie dangereuse, elle la déclare impuissante, et veut réduire l'homme a la foi par le désespoir de la raison; elle trouve la philosophie dangereuse chez les gnosliques, et elle a bien raison; elle la trouve dangereuse chez les épicuriens et chez les stoïciens, et ce jugement n'a rien d'injuste. En présence de ce danger, elle forme la résolution d'en dégoûter les hommes; elle la montre incapable de toutes choses, elle fait ressortir ses contradictions éternelles pour mieux constater son impuissance; c'est à cette œuvre que va se consacrer toute cette suite d'apologistes qui

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commence à lïermias chez les Grecs, mais qui continue surtout chez les Latins, dont l'espril est pratique plus que spéculatif, chez les(]uels les huîtres avaient toujours été un peu étrangères, qui étaient plus à leurs affaires qu'aux doctrines, à ce point que Cicéron était obligé d'excuser ses travaux philosophiques et de montrer, ou du moins de feindre le plus profond mépris pour les subtilités grecques. Aussi, à la suite d'ÏIermias, qui s'applique à montrer la contradiction des écoles, nous trouvons Tertullien, Arnobe et Lactance, qui vont repousser tout accord entre la religion et les lettres, renier même les services de la dialectique. Tertullien prend en pitié Aristote, architecte de cet art qui apprend à construire et à détruire, de cette logique épineuse <lans ses argumentations, source de controverses éternelles, qui ne sert qu'à diviser les hommes, qui revient sans cesse sur chaque question comme si elle était mécontente d'en avoir fini. Tertullien s'indigne de tous les efforts de quelques-uns de ses contemporains pour accorder le christianisme avec la philosophie : a Quoi <c de commun, s'écrie-t-il, entre Athènes et Jérusalem, « entre l'Académie et l'Eglise, entre les hérétiques et « les chrétiens? Notre doctrine vient du Portique, mais « du Portique de Salomon, qui nous apprend à cherci clier Dieu dans la simplicité du cœur! Qu'ils s' acte cordent donc avec lui, ceux qui veulent nous faire un « christianisme stoïcien, un christianisme platonicien, « un christianisme dialectique. Poumons, nous n'avons « pas besoin de science après le Christ, ni d'études

F.KS I.KTTRKS DANS I.K CHUISTIAMSMK. -299

'( après IKvangile, et, quand nous croyons, nous ne c< cherchons plus (1). »

Ce langage est fier, superbe et près du châtiment des superbes, près de l'erreur, près de la chute, et c'est ce que noiis allons voir bientôt. Ces doctrines seront, jusi\uh un certain point, celles de Laclance, qui les reproduit, en se contredisant, et finit par faire à la philosophie une certaine part. Ce n'est pas seulement un petit nombre de rhéteui^s chrétiens des troisième, (]uatrième et cinquième siècles qui parleront ainsi : dans tous les Ages qui suivront, ils trouveroni des disciples ^t des imitateurs; an moyen Àgc^ dans les écoles mystiques dont quelques-unes iront aux derniers excès con- Ire la raison humaine: au dix-septième siècle, dans la personne de Hnel, (jiii consacre s(is ouvrages à établir une espèce de scepticisme inévitable, et dans la personne même de C(î glorieux Pascal. Enfin, cette école coînpte encore des élèves de nos jours, elle ne s'est jamais fermée; la thèse qu'elle a adoptée n'a pas cessé de trouver des défenseurs; il s'en est tiouvé clans tous les temps, dans tous les siècles, qui jettent le gant à la raison humaine et s'efforcent d'y produire un pyrrhonisme ;n'tiliciel, une soi'te de doute systématique et de renverser tous les ouvrages de l'esprit humain afin de faire une part plus libre, plus vaste à la foi.

ils ont contre eux les traditions générales de l'Eglise, Jes grands hommes qui ont fait la gloire du christia-

(1) Terlull., 'h Pnescriplione haireticonnii, c. vui.

r,()0 NEUVIÈME LEÇON.

nisme; ils ont surtout contre eux leurs propres fautes. Ce n'est pas sans péril qu'on se porte à ces excès, surtout dans le sein du christianisme, qui a horreur des excès, dont le caractère est empreint de sagesse et de modération. Cet empressement de hrùler tout ce qu'on a autrefois adoré sans distinguer l'idole du métal précieux, cette exagération, excusable chez de nouveaux chrétiens, deviennent plus périlleux chez les docteurs qui professent, raisonnent et dogmatisent; elle montre chez eux peu de foi, une foi qui s'effraye, qui a peur de la raison, qui a peur des lettres de l'antiquité, qui croit que le christianisme a quelque chose à craindre de la philosophie, comme si la foi, misérable flambeau allumé pendant la nuit, était destinée à pâlir!

Ce faible se trahit par des chutes éclatantes : ce fut ainsi queTertullien déserta à tout jamais la science pour se mettre à la suite de l'hérétique Montan et des deux femmes qu'il traînait après lui. Les mystiques du moyen âge prennent eux-mêmes des chemins qui amèneront tous les excès des hérétiques du quinzième siècle, et l'on vit Pascal lui-même s'acheminant sur une des routes de l'erreur. Reconnaissons donc que, si cette doctrine fut opiniâtre, elle n'eut jamais pour elle le caractère de l'autorité, de la sagesse, le nombre des maîtres; et ce qui lui est resté de plus illustre a fini par se démentir, comme cet éloquent M. de Maistre, qui, s'il eut le tort de fouler aux pieds la raison, a cependant écrit ce grand mot, que « Platon avait fait la préface humaine de l'Évangile. »

l.KS LIMTI'.LIS DANS LE CUUISTIAMSMl::. ÔOI

L'accord de la science et de la foi, de la religion et des lettres, n'élait pas une (juestion facile, et, quand elle se présenta, au cinquième siècle, avec ce cortège de sectateurs pour cl contre, avec tout l'Orient pour, avec tout l'Occident contre, il y avait lieu de douter sur la solution qui allait être donnée, lorsque enfin il ftillut que rOccidcnt s(î décidât dans la personne de ses deux grands docteurs: saint Jérôme et saint Augustin.

Jusque-là, les maîtres d'Occident avaient voulu renoncer à la succession, avaient repoussé l'héritage; au contraire, les maîtres de l'Eglise grecque inclinaient à le recueillir. C'était un devoir formidable que celui de se décider sous les yeux de l'Église entière, attentive et inquiète; aussi je ne suis pas étonné des hésitations de saint Jérôme. D'ailleurs, il était tout pénétré de la lecture des grammairiens, des rhéteurs, des philosophes, hion qu'en môme temps tout hrùlant de foi. 11 avait médité Platon, s'était exercé à déclamer des controverses oratoires comme on faisait dans toutes les écoles; l'esprit de Dieu le saisit, il s'enfuit au désert, mais il y porte sa bibliothèque: il jeune et il lit Cicéron; il pleure ses péchés et il ouvre Plaute. Lorsque, revenant à lui-même, il prend les saintes Ecritures, il en trouve le style inculte. Vers le milieu du carême qui suivit, étant tombé dangereusement malade, il eut un songe : il se crut transporté au pied du trône de Jésus- Christ; et, le Sauveur lui ayant demandé : a Qui es-tu? c( — Je suis chrétien, répondit saint Jérôme. — Non,

S02 NEUVIÈME I.EÇOX.

(( reprit le Clirisl, non, tu n'es pas clirétien, lu es cice céronien. » Conl'ondu par ce reproche, saint Jé- (( rôme promet à Dieu, au milieu d'abondantes larmes, « d'abandonner à tout jamais la lecture des auteurs c( profanes (1). »

Voilà un grand engagement, et saint Jérôme semble le contracter de nouveau dans une lettre qu'il écrit bientôt après h Eustocbie. Vers le même temps, il envoie au pape Damase un grand commentaire, une parabole de l'enfant prodigue, où il déclame contre ces prêtres, contre ces évoques qui savent Yirgile par cœur, récitent des chants bucoliques, des poëmes d'amour, et se délassent à déclamer des tragédies entières, car tout cela, dit-il, tous les vers des poètes, l'éloquence des orateurs, la sagesse des philosophes, sont les feslins des démons; sans doute on peut y découvrir des vérités, mais alors il faut le faire avec discrétion pour ne pas scandaliser les lîdèles. Ces maximes sont bien sévères, mais il faut regarder à leur date, 585 et 584, c'est-àdire qu'elles ont été écrites dans la première fièvre de la conversion ; si saint Jérôme se montre si dur, c'est parce qu'il s'accuse lui-même; il ne frappe si fort que parce qu'il sent qu'il frappe sur lui, il y a là un Ibuds de remords; mais laissez venir la sagesse, les bons conseils delà solitude et du désert, etilen sera tout autrement. Jl continue d'écrire, et Yirgile conlinue à faire les frais du quart de ses leltres; Plalon, tous les anciens, y

(1) S. Ilieronymi, Epi.^t. xvm, ad Eu.^t.

LKS ll/n'HES DA^S LH CHRISTIANISMi:. r>0">

vierinonl tour à lonr et y prodiguent tous l(*s trésors do leur ôlo(juoiice, laïUco hoan i^énin ne pouvait s'en séparer! tant eette anli(juilé débordait et s'échappait in6> vilablenient dans ses écrits! Aussi on s'en scandalise, et Magnus. rhéteur romain, (jui portait ([uelque jah)usie à saint Jérôme, lui reproclie d'avoir ainsi rempli ses livres de souvenirs païens et de déshonorer la blancheur de l'Kglise par (h s souillures profanes, de ne pouvoir écrire une [>ag('. une letlrc à une l'emme, sans alléguer C('u\ (|u"il apj>i'He notre (acéron, notre ilorace, noire Vii'iiih' ; mais saint Jéroun' lui i-('[M»ud ; a (Jue c< son interlocuteur ne lui tîùt jamais adressé un tel re- (( proche s'il connaissait rantifjuité sacrée. Saint Paul, « plaidant à l'Aréopage la cause du Christ; ne craint pas « de faire servi i à la défense de sa foi l'inscription « d'un au Ici jniïen, e! (l'invo(|u<'r le témoignage du « poëte Aratus. L'auslé'rité de ses doctrines n'empêche « point l'apôtre de citer ilpiménide dans Tt^pître à Tite, (( et ailleurs un vers de Ménandre. C'est qu'il avait lu « dans le Deutéronome comment le Seigneur permit « aux fils d'Israël de purifier leurs captives et de les c< prendre pour épouses. Et quoi donc d'étonnant si, a épris de la science du siècle à cause de la beauté de « ses traits et de la grâce de ses discours, je veux, d'es- « clave qu'elle est. la faire israélite (1)? »

Mais le songe, inai^ la promesse, l'engagement pris de ne plus ouvrir de livres profanes? Saint Jérôme

(l)S. Ilieronyiiii, Epi^i. lwwa, (iilMugnnm.

s'était si peu souvenu de la parole donnée, qu'il faisait eopier par des moines les dialogues de Cicéron, et iju'allant à Jérusalem il portait avec lui un traité de Platon pour ne pas perdre son temps; il professe la grammaire à Bethléem, explique Virgile, les lyriques, les comiques, les historiens, à des enfants qu'on lui a confiés pour les former à la crainte de Dieu; à l'accusation de Rufin il ne sera pas embarrassé de répondre qu'après tout il s'agit d'un songe : « Rufm me repro- (( che, dit-il, la promesse que j'ai faite dans un rêve, c( et les réminiscences parjures qu'il relève dans mes « écrits. Mais qui donc peut oublier son enfance? J'ai « la tête deux fois chauve, et cependant que de fois (( en dormant je crois me revoir jeune homme aux longs (c cheveux, à la toge drapée, déclamant devant le rhé- <c teur.... Faut-il donc boire l'eau du Léthé? C'est ce a que je répondrais s'il s'agissait d'un engagement pris « dans la plénitude de mes sens éveillés. Mais celui qui « me reproche mon songe, je le renvoie aux prophètes c< qui enseignent que les songes sont vains et ne méri- (c tent point de foi (J). » Ce qui est grave, ce qui est remarquable, c'est que saint Jérôme écrit ceci en 597 et en 402; il est vieux, il a l'expérience de la vie, il a assisté à tous ces grands débats qui se sont agités au- (our de lui, et il ne s'est sans doute pas décidé sans raison; il a conlracté une sagesse plus douce, plus éloignée des excès de la jeunesse; et de même que dans

(1) Contra Rufinum, 1. î, 50.

LES LETTUfclS DA.NS LK CIIBISTIAMSME 305

l'ordre moral il n appris à pardonner beaucoup aux volontés humaines, il apprend aussi à perineUre beaucoup aux intelligences (1).

Voyons maintenant quelle était à ce sujet la doctrine de saint Augustin, rpiel l'ut le travail d'esprit dont ce •irand homme nous donne le spectacle, et par lequel il va conlributM', bien plus encore que saint Jérôme, à (h'cider la (piestion agitée dans toute Fantiquité cliiéilienne. Je ne vous parlerai pas de cette première passion de saint Augustin pour les lettres anciennes, des hirnies (pu' iJidon lui coulait , de l'ardeur avec la- (juelle il lisait VHortensius de Cicéron et, plus tard, les livres des platoniciens ; je veux m'arrèter au temps de sa conversion, dépasser l'époque où il abjura toutes ses erreurs; je le suis dans sa retraite de Cassiciacum, où il voit s'écouler paisiblement quelques mois avec ses amis et élèves, Trygclius et Licentius; ils consacrent bnirs matinées à discuter les grandes questions théologiques, ils commentent V Uortemlm de Cicéron, et lisent chaque jour la moitié d'un chant de Virgile. Saint Augustin n'est donc pas pressé d'abjurer tout ce qu'il admira autrefois; il n'ignore pas cependant les déclamations de Tertullien, d'Arnobe, de Lactance, de tous ces hommes que l'Eglise n'a pas rangés au nombre des saints. C'est ainsi que, dans les Confessions , le livre le plus pieux sorti d'une àme pieuse, il rappelle l'époque où des livres platoniciens lui étaient tombés entre les

1 1) Voir lo- iiutc's à la lin (!<• la leçon l'*^.

LA tlV. iU Y* SlfCl.E. ;. •>!)

306 NIilJVJÈME Li:(;()>.

mains : a Vous m'avez remis, Seigneur, par les mains « d'un homme, plusieurs livres des platoniciens, trace duits du grec en latin, où j'ai lu, quoique en d'au- « très termes, qu'au commencement était le Verbe, el (( que le Verbe était en Dieu, et que le Verbe était Dieu, ce enfin que le Verbe de Dieu est la vraie lumière qui ce éclaire tout homme venant en ce monde... Mais ce qu'il soit venu chez lui et que les siens ne l'aient pas ce reçu, et qu'à ceux qui l'ont reçu il ait donné le pouce voir d'être faits enfonts de Dieu, (jue le Verbe se soit ce fait chair et qu'il ini habité parmi nous, voilà ce que ce je n'ai point lu dans ces livres... Qu'il soit avant le a temps, au delà des temps, dans une immuable éterce nité, que, pour être heureuses, les âmes reçoivent ce de sa plénitude, cela est bien chez les platoniciens j ce mais qu'il soit mort dans le temps par les impies, ce voilà ce qu'on n'y trouve point. Vous avez caché ces ce choses aux sages, mon Dieu, et les avez révélées aux ce petits, afin de faire venir à lui les souffrants et les ce surchargés pour qu'il les soulage (1). »

Voilà la mesure, voilà le partage et le secret de la réponse à cette question qui depuis tant de siècles tourmente le monde. Non, la philosophie n'est pas impuissante, car elle a mené l'homme aux pieds de Dieu; mais la raison était insuffisante, car elle n'a pas conduit l'esprit humain à comprendre l'Homme-Dieu, à comprendre la charité et les mystères d'un amour infini. Voilà

(1)S. Xw^ni^i.yConfessionurn, l. Vil, c ix.

LKS I.bTTKKS DANS^ M: ClIRlSTIAMï^Mi:. TiOl

ce qur saint Augustin repèle à chaque instant dans l'Eglise, non pas seulement au commencement de sa conversion, mais lorsqu'il écrit ses Confessions, lorsqu'il est devenu le grand docteur de l'Occident; à toutes les pages de la Ci(é de Dieu, il parle avec respect des platoniciens, et il finit par cette belle parole : u J'aurais pardonne'' aux païens si, au lieu d'élever un c< tem|)le à Cybèle, ils eussent dressé un sanctuaire ii «< Platon où on lirait ses livres. »

En ouvrant ainsi les portes à la philosophie, comment les .nirait-on termées au reste des connaissances humaines? Aussi, dans le beau livre de l'O/ï/re, saint Augustin trace le plan d'une éducation chrétienne; et. selon cette loi immuable en Dieu, qui se transcrit poui' ainsi dire dans les âmes des sages, il fait deux parts : la discipline de la vie et la discipline de la science. L.i [)remière procède de l'autorité, la seconde de la raison.

c( La raison est un elTort de l'ame capable de nous mener jusqu'à nous-mêmes et jusqu'à Dieu si elle n'était arrêtée par les préoccupations des sens. La raison cherche d'abord le commerce des hommes en qui la raison réside : de là les lettres et la grammaire^ qui embrasse tout ce que les lettres transmettent à la mémoire des hommes, l'histoire par conséquent. — Puis, se repliant sur ce travail, la raison se rend compte des définitions, des règles, des divisions qu'elle a produites, c'est la diulcdiijue, — et celle-ci ne suffisant pas pour persuader, la rhétorvfue s'y ajoute. — Arrivée aux hommes, la raison veut aller à Dieu et cherche des degrés pour

508 NEUVIÈME LECION.

y atteindre : de là l'idée du beau. — Le beau perçu par l'ouïe^ le soUp le rbylhme et le nombre, c'est la musique. — Le beau perçu par la vue, les ligures, les dimensions et encore le nombre, c'est la géométrie et V astronomie. — Mais ce que voient les yeux n'est pas comparable à ces harmonies que l'ame découvre. — Ainsi dans ces études tout se réduit aux nombres, mais dont elle voit les ombres plus que la réalité .Alors la raison prend confiance et commence à soupçonnei' qu'elle pourrait bien être un nombre capable de mesurer tous les autres. De cet effort naît la plulosophic, et avec elle ces deux questions : l'âme et Dieu, notre nature et notre origine. L'une nous rend dignes du bonheur, l'autre nous rend heureux. — C'est Tordre des études, c'est la méthode de cette sagesse par laquelle on devient propre à connaître l'ordre souverain des choses, à distinguer les deux mondes et à pénétrer jusqu'au Père de l'univers. »

Ce qui est merveilleux, c'est que ce plan est à peu près celui des anciens, renouvelé, régénéré par un esprit chrétien supérieur : c'est T encyclopédie tout entière des anciens, l'enyclopédie des sept arts, modifiée en ce que l'arithmétique se confond avec la géométrie; mais la philosophie y occupe une place distincte, tandis que, dans l'encyclopédie de Martianus Capella, elle est confondue avec la dialectique. La conception de l'esprit chrétien est bien plus grande : il regarde les sciences comme autant de degrés destinés à conduire l'homme delà terre qu'il habite jusque près du Souverain des

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