DES METAVX ET ALCHIMIE
Théorique.
Tu me donnes ici de terribles traits , tu me veux quasi accuser d'vn mal que ie n'ay pas encores fait : d'autre part, me veux tu faire croire que ce soit mal fait de prendre de l'huile d'antimoine ou de l'huile d'or, et auec lesdites huiles par vn art philosophai puisse teindre l'argent en couleur d'or? est-ce mal fait de conuerlir l'argent en or? Si ie prens du fin cuyure et que ie vienne à luy oster son flegme , ou teincture rouge, et que ie le puisse réduire en couleur d'argent, ie dis en telle sorte qu'il endurera la coupelle et tous autres examens, quel mal est ce si ie le puis faire, moyennant que ce soit bon argent?
Practique.
Tu as beau faire; et trauaille tant que tu voudras, et consomme tes iours et tes biens comme tant de milliers d'autres ont fait , tu n'y paruiendras iamais.
Théorique.
Et ne sçay-ie pas bien que plusieurs par cy deuant sont paruenus à ce que ie di? n'auons nous pas tant de beaux liures qu'ils nous ont laissé par escrit; entre autres vn Gebert, vn Arnault de Villeneufue, le Roman de la Rose, et tant d'autres : mesmes que quelqu'vns de nos anciens ont fait autrefois vne pierre Philosophale, laquelle en mettant vn certain poids dedans l'or elle l'augmentoit de cent fois autant , et c'est ce que plusieurs cherchent auiourd'huy , sçachant bien que cela a esté fait autre fois, et cela s'appelle le grand œuure. Practique.
Et vray Dieu ! és tu encores si ignorant de croire cela ? cuides tu que les hommes du temps passé n'eussent en eux quelque mensonge , pour sçauoir attirer l'argent par fallace > aussi bien que ceux du iourd'huy? sçais-tu pas ce que dit Dauid de son temps : Seigneur aide nous : car nous sommes tous desnuez d'hommes droits. Les hommes (dit-il) sont tous pleins de flaterie , et parlent tout au contraire de leurs pensées. Et Salomon dit que l'iniquité est si grande qu'il n'y a pas vn artisan qui ne soit enuieux contre son semblable. Cuides tu que ie vueille croire vn Gebert (1), vn Arnauld de Ville—
(1) Geber ou Fe&er, Arabe d'origine, vivait au commencement du IXe siè-
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neufue , ou vn Roman de la Rose , en ce qu'ils auront parlé contre les œuures de Dieu? Et cuides tu que ie sois si mal instruit, que ie ne sçache bien que l'or et l'argent et tous autres métaux sont vne œuure diuine , et que c'est témérairement entrepris contre la gloire de Dieu , de vouloir vsurper sur ce qui est de son estât. Or tout ce qui est donné à l'homme de pouuoir faire enuers les métaux, c'est d'en tirer les excremens, et les purifier et examiner, et en former telles espèces de vaisseaux ou monnoyes que bon luy semblera ; et est chose semblable aux cueillettes et cultiuement des semences. Car c'est à l'homme seulement de trier le grain d'auec la paille, le son d'auec la farine , et de la farine en faire du pain , et de pressurer les grappes pour en tirer le vin : Mais c'est à Dieu de leur donner le croistre , la saueur et couleur : ie di qu'ainsi que l'homme ne peut rien en cest endroit, aussi ne peut-il enuers les métaux.
Théorique.
Comment? tu paries icy de semer; comme si les métaux venoyent de semence , comme le bled ou autres végétatifs. Practique.
le n'ay pas entrepris un tel propos , ny mis vn tel argument en auant sans quelque raison. Ne sçay-ie pas bien que tous ces conuoiteurs de richesses, qui taschent de sçauoir faire l'or et l'argent, quand on leur dit qu'il y a long-temps qu'ils sont après , et que l'on ne voit aucune expérience , ils disent que tout en cas pareil que le laboureur attend patiemment le temps et saison de la cueillette, après auoir semé : aussi faut qu'ils attendent, et que cela ne se peut faire qu'auec la génération qu'ils ont conclud faire dedans leurs vaisseaux , qu'ils
cle. Il écrivit beaucoup sur la science hermétique, mais il insista peu sur la transmutation des métaux. Geber était l'oracle des alchimistes.
Arnaud de Bachuonc, ou de Villeneuve , florissait au commencement du xm° siècle. On lui attribue à tort la découverte de la distillation, déjà connue, et décrite dans les ouvrages des chimistes des mc et ive siècles de notre ère. Arnaud de Villeneuve n'était autre qu'un charlatan , et l'un des meilleurs types des alchimistes-jongleurs du moyen âge.
Le Roman de la Rose, l'un des plus anciens poèmes de notre langue, fut commencé vers la fin du xme siècle par Guillaume de Lorris, et achevé par Jean de Méun (Jehan de Meung), surnommé Clopinel ou le Boiteux, poète favori de Philippe-le-Bel. Il renferme deux écrits alchimiques en vers. Quant au Miroir d'alchimie, c'est un ouvrage supposé et attribué faussement à Jean de Méun.
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ont destinez à besongner et seruir comme vne matrice à la génération des métaux. Et cela, disent ils, a esté bien considéré et preueu par les Philosophes antiques : car toujt ainsi que Ton iette la semence du bled pour causer l'augmentation en sa seconde génération : aussi (disent ils) qu'après qu'ils ont séparé par calcinations, distillations ou autres manières de faire, les matières l'vne de l'autre, ils mettent couuer ou générer selon leurs desseings , leurs matières , par poids et mesure, telle qu'ils ont imaginée, et ce fait ils mettent Iesdites choses en vn feu fort lent, voulant imiter la matrice de la femme ou de la beste : sçachant bien que la génération se fait par vne lente chaleur ■ et afin d'auoir tousiours vn feu continuel et d'vne mesme sorte, ils se sont aduisez de faire vne lampe auec vne mesche toute d'vne grosseur, et leurs matières estans dedans la matrice, ils les font chaufer de la chaleur de la lampe, et attendent ainsi long-temps à couuer les œufs : ie di aucuns ont attendu plusieurs années, tesmoing le magnifique Maigret, homme docte et fort expérimenté en ces choses, qui toutesfois nepouuant venir à son desseing, se venta que si les guerres n'eussent esteint sa lampe deuant le temps, qu'il auoit trouué la féue. Autres font des fourneaux que le feu vient d'vn degré assez loing de là où Ton a mis couuer les œufs : Mais afin qu'il continue tousiours à vne chaleur lente et de mesure , ils font quelques portes de fer , lesquelles ils ouurent selon le degré qu'ils veulent donner à leur feu. Telles gens ne dorment gueres et ont beaucoup de pensées en leurs poitrines, et tourments d'esprit, languissans après le temps de la Visitation de la couuée. Voila l'vn des points par lequel ie preuue que les Alchimistes vsent (abusent) de ce mot de semence et autres termes. Ce n'est pas sans cause que i'ay dit que c'est l'œuure de Dieu que de semer la matière des métaux et leur donner l'accroissement, et aux hommes de les recueillir, purifier et examiner, fondre et mallier, pour les mettre en telle forme que bon leur semblera, pour leur seruice(1). Théorique.
Voila vn propos qui est assez long, et toutesfois ie ne le
(l) Palissy est un des premiers savants qui , par la seule force de son génie , ait compris la vanité et le ridicule de certaines recherches alchimiques. Son Traité des métaux date de 1580, et deux cent cinquante ans après il y avait encore des hommes qui se livraient à ces folies.
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puis entendre : d'autant que ie sçay qu'il est permis à l'homme de semer de toutes espèces de semences , et ce pendant tu appelles les métaux semences diuines, et tu me veux empescher de les semer.
Practique,
Tu as beaucoup mieux dit que tu ne pensois , que les matières des métaux sont semences diuines. le di tellement diuines qu'elles sont inconnues aux hommes, voire inuisibles : et de ce n'en faut douter, et croy que si me mets après pour te le prouuer, ie te le monstreray si clairement que tu seras contraint d'accorder mes fins et conclusions.
Théorique.
le te prie donc de m'en faire le discours tout au long, par lequel ie puisse connoistre ton dire estre véritable.
Practique.
Il faut donc que tu tiennes pour chose certaine, que toutes les eaux qui sont au monde qui ont esté et seront, furent toutes créées en vn* mesme iour, et si ainsi est des eaux, ie te di que les semences des métaux et de tous minéraux et de toutes pierres ont esté créées aussi en vn mesme iour : autant en est il de la terre, de l'air et du feu, car le souuerain créateur n'a rien laissé de vuide , et comme il est parfaict , il n'a rien laissé d'imparfait. Mais (comme ie t'ay dit tant de fois, en te parlant des fontaines) il a commandé à nature de trauailler , produire et engendrer, consommer et dissiper; comme tu vois que le feu consomme plusieurs choses , aussi il nourrit et soustient plusieurs choses ; les eaux desbordees dissipent et gastent plusieurs choses , et toutesfois sans elles nulle chose ne pourroit dire ie suis. Et tout ainsi que l'eau et le feu dissipent d'vne part, ils engendrent et produisent d'autre. Suyuant quoy ie ne puis dire autre chose des métaux , sinon que la matière d'iceux est vn sel dissoult et liquifié parmy les eaux communes, lequel sel est inconneu aux hommes : d'autant qu'iceluy estant entremeslé parmi les eaux, estant de la mesme couleur que les eaux liquides et diafanes ou transparentes , il est indistinguible et inconnu à tous : n'ayant aucun signe apparent, par lequel les hommes le puissent distinguer d'auec les eaux communes. Voila vn trait singulier, lequel (comme ie pense) est caché et inconneu à beaucoup d'hommes qui pensent estre bons phi-
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losophes : et te souuienne de ce point, et le garde pour t'en seruir contre tous ceux qui te voudront faire accroire que la génération des métaux se peut faire par œuure manuelle. Car quand tu n'aurois que ce seul poinct, il suffira pour conuaincre toutes les opinions des alchimistes.
Voire ! mais comment les pourroy-ie vaincre par ce point? ie ne voy point que pour cela ils puissent estre vaincus. Practique.
le me romps la teste en vain. le te demande, di moy par quel moyen les alchimistes besongnent à la génération , multiplication ou augmentation des métaux, et quand tu me l'auras dit, ie te montreray que tu n'as pas bien entendu le principe que ie t'ay baillé.
Théorique.
Les Alchimistes besongnent par feux de reuerberation, calcination, distillation, putréfaction, et infusion.
Practique.
Et pourquoy vsent ils de tant de sortes de feux? Théorique.
Parce qu'ils en font aucuns pour destruire le cuyure, l'or et l'argent, et autres métaux : et quand ils les ont destruits , calcinez et puluerisez, ils font un amas de plusieurs desdites matières : Et par ce que le vif argent duquel ils vsent volontiers, s'exaleroit à vn grand feu, il est requis qu'ils vsent de feuxgueres chauds, et ayant enclos le vif argent, qu'ils appellent Mercure, dedans des vaisseaux bien lutez et fermez, ils taschent à le fixer petit à petit, et le captiuer à vn petit feu, pour le contraindre de se congeler (fixer, cristalliser) ; afin que puis après il puisse endurer vn plus grand feu. C'est pourquoy ils ont beaucoup de sortes de vaisseaux, et diuerses espèces de fourneaux.
Practique.
le ne demande autre preuue que celle que tu m'as alléguée pour te monstrer , et par ta confession mesme , que autant qu'il y a d'Alchimistes en France cherchent la génération des métaux par feu , et toutesfois ie t'ay dit pour règle certaine et méthode asseuree, que les métaux sont engendrez d'vne eau, à scauoir d'eau salée , ou pour mieux dire d'vn sel dissout , et si ainsi est (comme la vérité est telle), tous les Alchimistes
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cherchent à édifier par le destructeur. Le feu est destructeur de l'eau , et en quelque part qu'il entre , il faut qu'il chasse l'eau, ou s'il ne la chasse, elle le fera mourir : puis qu'ainsi est que le feu et l'eau sont contraires, c'est donc vne pure folie de vouloir générer les métaux par feu : veu qu'il est ennemy et destructeur d'iceux.
Théorique.
I'ay bien entendu que tu m'as dit que les métaux estoyent engendrez d'vn sel liquifié : Mais cela ne fait rien contre mes propos ; ains au contraire il me iustifîe. La raison est telle , que ce sel qui est dissout parmy les eaux de la mer est inconneu , comme sont les sels métalliques : et toutesfois il se congelé et distingue d'auec les eaux par feu.
Practique.
Tu t'abuses. Toutes congélations faites par froidure se dissoudent par chaleur; et toutes congélations faites par chaleur, se dissoudent par humidité : comme le sel que tu as allégué, il se congelé par chaleur et se dissout par humidité. Or les métaux se dissoudent tous par chaleur , il s'ensuit donc qu'ils sont engendrez et congelez par humidité. Te voila forclos de defïences à la mode des practiciens.
Théorique.
Tu me la bailles belle , de me vouloir faire croire que les métaux soyent engendrez ou congelez en humidité.
Practique.
Et si tu ne le veux croire, va voir les minières où l'on tire l'or et l'argent , et autres métaux , et tu trouueras dedans la pluspart d'icelles qu'il faut espuizer l'eau nuit et iour, pour auoir le métal qui est dans icelles. Vn iour Antoine, Roy de Nauarre commanda de poursuyure la veine de quelques mines d'argent qui auoyent esté trouuees aux montagnes Pyrénées. Mais quand l'on en eut tiré quelque quantité , les eaux qui y estoyent contraignirent les maistres des minières de quitter tout. Et l'on sçait bien que plusieurs minières ont esté délaissées par tel moyen. Tu trouueras donc bien estrange quand ie te prouueray cy après que nulle pierre ne peut estre congelée ny formée sans eau , et s'il y a de l'eau , c'est donc par humidité, chose directement contraire à ceux qui cherchent la génération des métaux par feu. le t'en dirois beaucoup de prennes fort propres pour soustenir mon propos : Mais
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d'autant qu'il se trouuera beaucoup meilleur en parlant de l'essence , matière et congélation de toutes pierres : ie laisseray le reste de mes preuues pour ce temps la.
Théorique.
Tu diras ce que tu voudras : mais i'ay veu vn Philosophe qui augmenta vn teston deuant moy : et affin qu'il n'y eust tromperie il me la fit faire à moy mesme.
Practique.
Et comment?
Théorique.
Il me fit peser un teston et autant de vif argent, et me fit mettre le tout dedans vn creuset , lequel ayant mis dedans le feu, il me bailla d'vne poudre pour mesler , laquelle auoit vertu d'arrester le vif argent : Et puis me fit soufler iusques à ce que le tout fut fondu ensemble, et estant fondu il se trouua le poids de deux testons de bon argent : car le vif argent s'estoit fixé par la vertu de la poudre qu'il m'auoit baillée, et moy-mesme auois mis toutes choses : parquoy n'y auoit nulle tromperie.
Practique.
Dy moy vn peu comment c'est que tu faisois?
Pendant que les matières fondoyent ie les remuois d'vn baston.
Practique.
Où auois tu pris ce baston là?
Théorique.
En vn coing, le premier que ie trouuay à la main. Practique.
le sçauoisbien que l'on t'auoit trompé. Car ce maistre Philosophe auoit mis ce baston auprès de toy, sçachant bien qu'il te le feroit prendre pour mesler les matières : et voila comment il te trompa, car il auoit mis de l'argent au bout du baston, et pendant que tu remuois les matières dedans le creuset, la cire, de laquelle il auoit fermé l'argent au bout du baston, se fondit, et l'argent tomba dedans le creuset, et le vif argent et la poudre s'en alloit en fumée : et par tel moyen ne demeuroit rien dans le creuset sinon l'argent du teston, et autant poisant d'argent qu'il auoit mis au bout du baston : Voila comment il augmenta ton teston de moytié.
DES METAVX
Théorique.
Est il bien possible qu'il se fut aduisé de me tromper parce
moyen ?
Practique.
Et, mon amy, c'est la moindre des finesses desquelles ils trompent les hommes : si ie voulois dire toutes les tromperies qu'ils sçauent faire, et dont i'ay esté aduerty, ie n'auroisiamais fait. Si par tel moyen il n'eut mis l'argent dans le creuset, il t'eust baillé d'une poudre d'argent, laquelle t'eustesté inconnue, et t'eust fait acroire que ladite poudre auroit arresté le vif argent : et ceste poudre eut pesé autant comme il eut voulu faire l'augmentation : ou s'il n'eust mis l'augmentation par vn tel moyen , il eut mis l'argent en cachette de toy , dedans vn grand charbon , duquel il t'eut fait couurir ton creuset, et le charbon et l'argent fut tombé dans ton creuset : par ainsi tu ne pouuois eschaper la tromperie. Di moy ie te prie, te monstra il à faire la multiplication de l'argent? Théorique.
Non.
Practique.
Et pourquoy faisoit il donc cela en ta présence? Théorique.
C'estoit qu'il me le vouloit monstrer pour de l'argent. Practique.
T'ay-ie pas bien dit que ce n'estoit que tromperie? Car si la science estoit véritable il n'auroit garde de te la monstrer : mais il tendoit ses filets pour attraper ton argent. Et quand tu eusses esté afronté , tu n'eusses eu garde de t'en venter. Car il n'en eust esté autre chose, sinon que tu eusses esté assez moqué ; ie sçay bien qu'il y en à en France plus de deux mil, qui ont esté afrontez pour cest affaire, que iamais l'on en vist vn qui ait intenté procès pour recouurer son argent.
Théorique.
Et tu estimes donc qu'il y a beaucoup de gens qui se meslent d'affronter les hommes par tels moyens?
Practique.
le ne di pas tels moyens seulement; car ie say qu'ils ont vn millier d'autres moyens plus subtils, desquels ils afrontent les plus fins, et ceux mesme qui se pensent mieux don-
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ner de garde. Le sieur de Courlange, valet de chambre du Roy, seauoit beaucoup de telles finesses, s'il en eut voulu vser. Car quelque iour venant à disputer de ces choses déliant le Roy Charles neufieme, il se venta par manière de facétie, qu'il luy apprendroit à faire Tor et l'argent, pour laquelle chose expérimenter, il commanda audit de Courlange qu'il eut à besongner promptement : ce qui fut fait , et au iour de l'expérience ledit de Courlange apporta deux phioles plaines d'eau claire comme eau de fontaine , laquelle estoit si bien accoustrée que mettant vne esguille ou autre pièce de fer tremper dans l'vne desdites phioles, elle deuenoit soudain de couleur d'or, et le fer estant trempé dans l'autre phiole , venoit de couleur d'argent (\ ) : puis fut mis du vif argent dedans lesdites phioles, qui soudain se congela; celuy de l'vne des phioles, en couleur d'or , et celuy de l'autre en couleur d'argent : dont le Roy print les deux lingots et s'alla vanter à sa mere , qu'il auoit appris à faire de l'or et de l'argent Et toutesfois c'estoit vne tromperie, comme ledit de Courlange me l'a dit de sa propre bouche. Voila pourquoy ie t'ay dit que la tromperie de laquelle l'autre te vouloit empoigner, estoit des plus grossières.
Théorique.
Or di ce que tu voudras : mais iesçay que plusieurs alchimistes ont trouué de sçauoir faire vn médium d'argent et vn tiercelet d'or, desquels ils besongnent ordinairement : car i'en suis tout asseuré.
Practique.
Et moy ie suis tout asseuré que si leur médium d'argent et tiercelet d'or estoit mis à la coupelle , il ne s'y trouueroit rien de bon que ce qui y auroit esté mis de naturel , et le surplus de ce qui y auroit este adiôusté seroit connu estre faux : et ie sçay bien que toute les additions et sophistiqueries, qu'ils sçauent faire, ont causé vn millier de faux monnoyeurs : par ce qu'ils ne se peuuent deffaire de leur marchandise sinon en monnoye, car s'ils la vendoyent en lingots la fausseté se trouueroit à la fonte. Mais ils se desfont aisément de monnoye à toutes gens. C'est pourquoy quand ils ont bien trauaillé et ne
(1) Il semblerait que l'ont eût déjà connu à cette époque le moyen de dorer et d'argenter par la voie humide .
DES METAVX
se peuuent relouer de leurs pertes, ils sont contraints se ietter sur la monnoye. Il fut pris vn faux monnoyeur (Bearnois) au diocèse de Xaintonge , auquel fut trouué quatre cents testons prêts à marquer, que s'ils eussent esté marquez, il n'y auoit orfeure n'y autre qui ne les eut pris pour bons. Car ils enduroyent le mail , la touche, la fonte , et le ton ; tout semblable aux bons. Mais quand ils furent mis a la coupelle, la fausseté fut descouuerte. En ce temps là il y auoit vn preuost àXaintes, nommé Grimaut, qui m'asseura qu'en faisant le procès à vn faux monnoyeur, iceluy luy bailla le nom et surnom de huit vints hommes, qui se mesloyent de son mestier, ensemble leurs aages , qualitez et demeurances et autres enseignements asseurez. Et quant ie dis audit preuost pourquoy il ne faisoit prendre lesdits monnoyeurs nommez en son rolle, il me respondit qu'il n'oseroit l'entreprendre : par ce qu'au nombre d'iceux il y auoit plusieurs luges et Magistrats , tant du Bordellois, Perigord , que de Limosin : et que s'il auoit entrepris de les fascher , qu'ils trouueroyent moyen de le faire mourir. Quand l'iniquité est entre les grands, et entre ceux qui doiuent punir les autres, c'est vn si grand feu allumé qu'il n'est possible de l'esteindre par forces d'hommes. Si ie voulois dire tous les abus qui se commettent sous ombre de iuste labeur , ie n'aurois iamais fait. le t'ay donné seulement cet exemple, afin qu'il ne te prenne iamais enuie de chercher génération , augmentation n'y congélation des métaux : par ce aussi que c'est vne œuure qui se fait par le commandement de Dieu, inuisiblement et par vne nature si tres-occulte qu'il ne fut iamais donné à homme de le connoistre.
Théorique.
Tu m'as beau prescher, car ie sçây qu'il y a plusieurs gens de bien et grands personnages, qui cherchent tous les iours ces choses , et qui pour rien du monde ne se voudroyent attacher à la monnoye : aussi qu'ils ont bien le moyen de s'en passer.
le confesse qu'il y a plusieurs Seigneurs, gens de bien et grands personnages, qui s'occupent à l'alchimie, et y despendent beaucoup. Laisse les faire : cela les garentist d'vn plus grand vice : et puis ils ont du reuenu pour approuuer ces choses. Quant aux médecins , en cherchant l'alchymie ils ap-
ET ALCHIMIK
prendront à connoistre les natures : et cela leur seruira en leur art : et en ce faisant ils connoistront l'impossibilité de la chose. I'ay recouuert certaines pierres transparentes comme cristal, sans nulle couleur ni tache, ce neantmoins par examen l'on peut faire apparoir directement qu'il y a du métal parmy lesdites pierres, combien qu'elles soyent aussi claires, nettes et transparentes, que lors qu'elles esloyent encor en eau.
Théorique .
Tu dis tousiours qu'il est impossible : et ton opinion veut surmonter celles de plusieurs milliers d'hommes, qui sont plus doctes sans comparaison que toy, lesquels te feroyent rougir, si tu auois entrepris de disputer contre eux : Car tu n'as pas beaucoup de raisons, et ils t'en ameneroyent vn milier, ausquelles lu ne sçaurois contredire.
Practique.
S'il n'estoit question que de raisons, i'en ay vn grand nombre, que la moindre suffira pour vaincre toutes celles qu'ils me sçauroyent amener.
Théorique.
le te prie donc donne moy vne de ces belles raisons que tu dis.
Quand les alchimistes veulent faire de l'or ou de l'argent ils calcinent et puluerisent leurs métaux, et les ayans puluerisez par calcinations, ils se trauaillent pour faire régénérer lesdites matières. Or si par ce moyen ils peuuent faire nouuelle génération des métaux hors la matrice ou ils ont esté faits premièrement, il leur serait beaucoup plus aisé de faire régénérer vne noix, vne poire, ou vne pomme, qu'ils auroyent mise en poudre. Di donc au plus braue d'iceux qu'il pile vne noix, i'entens la coquille et le noyau, et l'ayant puluerisée qu'il la mette dedans son vaisseau alchymistal , et s'il fait rassembler les matières d'vne noix, ou d'vne chastaigne pilée, les remettant au mesme estât qu'elles estoyent auparauant, ie diray lors qu'ils pourront faire l'or et l'argent, voire mais ie m'abuse , car ores qu'ils peussent rassembler et régénérer vne noix ou une chastaigne, encore ne seroit ce pas la multiplier ny augmenter de cent parties , comme ils disent que s'ils auoyenttrouué la pierre des Philosophes, chascun poix d'icel-
DES METAUX
es augmentèrent fie cent. Or ie sçay qu'ils feront aussi bien l'vn que l'autre.
Théorique.
Pourquoy est ce que tu m'allègues des noix, deschastaignes et autres fruits? veu que ce sont ames vegetatiues, ne pouuant estre formées sinon auec vn long temps, et faut que premièrement elles soyent venues de semences. Mais quant aux métaux, il n'y à nulle raison de les accomparager aux fruicts : d'autant que leurs corps et leur effect est insensible. Practique.
A ce ie respond qu'il est beaucoup plus aisé de contrefaire vne chose visible, que non pas celle qui est inuisible, les fruits sont formez visiblement et toutesfois il est impossible de les contrefaire : mais encores est-il plus afëé que non pas les métaux. Et quant est de ce que tu dis que les fruits se forment par vne action vegetatiue, et que les métaux sont corps morts et insensibles, en cest endroit ie te veux reueler un secret que tu n'entends pas. Sçache donc que deslors que Dieu créa la terre, il mist en icelle toutes les substances qui y sont et qui y seront : car autrement nulle chose ne pourroit végéter, n'y prendre forme : et faut croire que les arbres plantez et semencés, ont pris accroissement des le commencement de leur nature par le commandement de Dieu, et depuis (comme i'ay dit en parlant des fontaines) les hommes ayans des semences sauuages les ont semées, cultiuees, transplantées. Mais lesdites semences ne pourroyent prendre accroissement si la matière de l'accroissement n'estoit en terre. Il faut donc conclure que deslors que la terre fust créée, qu'auec elle furent créées toutes matières vegetatiues, toutes douceurs et amertumes, toutes couleurs, senteurs et vertus, et de là vient, que chacune des semences estant iettee en terre , attire à soy odeurs et vertus. Aucunes attirent des matières vénéneuses et pernicieuses, prenant toutes ces choses en la terre.
Théorique.
Tout ce que tu m'as allégué cy dessus ne fait rien contre mon opinion.
Practique.
Si fait : car tout ainsi que ie t'ay dit que les semences ou matières de toutes choses vegetatiues, estoyent créées des le commencement du monde auec la terre : Aussi t'ay ie dit que
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toutes les matières minérales (que tu appelles corps morts) furent aussi créées comme les vegetatiues, et se trauaillent à produire semences pour engendrer d'autres. Aussi les minérales ne sont pas tellement mortes qu'elles n'enfantent et produisent de degré en degré choses plus excellentes, et pour mieux te le faire entendre, les matières minérales sont entremeslees et inconnues parmy les eaux, en la matrice de la terre, ainsi que toute humaine créature et brutale est engendrée sous espèce d'eau en sa formation : et estant entremeslees parmy les eaux, il y a quelque matière supresme, qui attire les autres qui sont de sa nature pour se former. Et ne faut penser qu'au paravant leur formation et congélation, leur couleur fust connue parmy les eaux. Mais comme tu vois que les chastaignes sont blanches en leur première formation, et noires en leur maturité : les pommes noires au commencement, et rouges en leur maturité : les raisins verds en leur première essence, et noirs en leur maturité : Semblablement les métaux en leur premier estre n'ont aucune couleur que d'eau seulement : et cela ayie connu auecques vn grand trauail; protestant que iamais ie rren ay rien cherché en intention de prétendre au fait de l'alchimie. Car i'ay tousiours estimé la chose impossible : ie dis si fort impossible , qu'il n'y à homme qui me sçeust donner raisons légitimes, que cela se puisse faire. Quand i'ai contemplé les diuerses œuures et le bel ordre que Dieu a mis en la terre, ie me suis tout esmerueillé de l'outrecuidance des hommes; car ie voy qu'il y a plusieurs coquilles de poissons, lesquelles ont vn si beau polissement qu'il n'y a perle au monde si belle. Entre les autres y en a vne au cabinet de monsieur Kasce, qui a vn tel lustre, qu'elle semble vne escarboucle, à cause de son beau polissement, et voyant telles choses ie dy en moy-mesme, pourquoy est ce que ceux qui disent sçauoir faire l'or ne puluerisent vn nombre desdites coquilles et en faire de la paste pour en former quelque belle coupe? ie suis asseuré qu'vne coupe bien faitte de telle matière seroit plus précieuse que l'or. Ou bien que ne regardent ils dequoy le poisson à formé ceste belle maison, et prendre de semblables matières, pour faire quelque beau vaisseau. Le poisson qui fait sadite coquille n'est si glorieux que l'homme, c'est vn animal qui a bien peu de forme, et toutesfois il sçait faire ce que l'homme ne sçauroit faire. En quelque partie de la mer Oceane
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se trouue vne grande quantité de poissons portans chascun vne coquille sur le dos, lequel s'atache contre le roc, et par ce qu'il est couuert de sa coquille, il forme au dessus d'icelle six trous, pour auoir air, ou pour receuoir nourriture; et ainsi qu'il augmente sa coquille il fait vn nouueau trou, et en ferme un autre; La plus grande desdites coquilles n'est pas plus grande que la main de l'homme : Le dedans de ladite coquille est de couleur de perle, et plus beau : par ce qu'il tient des couleurs de l'arc céleste, comme la pierre que l'on appelle opale : Le dessus de ladite coquille est assez rude et mal plaisant, à cause de l'eau de la mer qui donne dessus : Mais quant la croûte en est ostée, le dessus de ladite coquille est aussi beau que le dedans. Ledit poisson n'a aucune forme, et toutesfois il sçait faire ce que les alchymistes ne sçauroyent faire. Il y a vne isle en laquelle se trouve si grande quantité dudit poisson , que les habitans d'icelle en engraissent les pourceaux, et pour les arracher de leurs coquilles, ils les font bouillir, et font brusler lesdites coquilles, pour faire de la chaux. Théorique.
Pourquoy est ce que tu me fais vn si long discours d'vne coquille, veu que nostre propos n'est autre que du fait de l'alchimie?
Practique.
C'est pour vaincre ton erreur et de tous ceux qui sont de ton opinion, que i'ay mis en auant vn poisson le plus difforme que l'on sçauroit trouuer en toutes les parties maritimes, lequel sçait faire vne maison peinte d'vne telle beauté que tous les alchimistes du monde n'en sçauroyent faire vne semblable, l'ay plusieurs fois admiré les couleurs qui sont esdites coquilles, et n'ay peu comprendre la cause d'icelles : toutefois enfin i'ay considéré que la cause de l'arc céleste n'estoit sinon d'autant que le Soleil passe directement au trauers des pluyes qui sont opposites de l'aspect du Soleil : car l'on ne vist iamais l'arc céleste que le Soleil ne luy fust opposite; Aussi ne vist on iamais l'arc céleste que la pluye ne tombast deuers la partie de sa formation : Suyuant quoy i'ay pensé que quand ledit poisson fait sa maison, il se met sur quelque roche, à l'endroit de laquelle l'eau de la mer n'a pas beaucoup d'espoisseur, et que pendant le temps que ledit poisson forme sa maison, le Soleil donne au trauers de l'eau et cause les
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couleurs de l'arc céleste en laditte eau, et les matières desdites coquilles estant aqueuses et liquides en leur formation et congélation retiennent les couleurs actionnées par la réverbération du Soleil passant au trauers desdites eaux. Voila comment il y a temps et saison aussi bien pour les hommes que pour les bestes, les végétatifs qui n'ont aucun sentiment nous donnent enseignement de ces choses, i'ai veu plusieurs fois besongner les limaces à bastir leurs maisons; mais, iamais homme ne les vist bastir en temps d'hyuer. Les abeilles ou mouches à miel et autres animaux ne le font pas aussi, parquoy il est aisé à conclure que les métaux et tous minéraux ont quelque saison pour leur formation, qui nous est inconnue. Nous pouuons connoistre en ces choses, la folie de ceux qui veulent entreprendre de générer l'or et l'argent hors la matrice de la terre, et qui plus est, les veulent engendrer sans connoistre les matières propres à leur essence : et (encore piz) veulent faire par feu ce qui est naturellement fait par eau. Et (comme i'ai dit cy dessus) les matières des métaux sont en telle sorte cachées, qu'il est impossible à l'homme de les connoistre auparavant qu'elles soyent congelées, non plus qu'vne eau en laquelle l'on auroit fait dissoudre du sel, nul ne sçauroit dire qu'elle fust salée sans la taster à la langue. Théorique.
Et comment sçais tu ces choses, et sur quoy te fondes tu, pour entreprendre de parler à rencontre de tant de sçauans Philosophes, qui ont fait de si beaux liures d'alchimie? veu que tu n'es ny Grec ny Latin, ny gueres bon François. Practiqtje.
le te le diray. Il aduint vn iour que ie fis bouillir et dissoudre vne liure de salpêtre dedans vn chauderon plein d'eau, et puis ie la mis refroidir, et quand elle fust froide, ie trouuay le salpêtre qui en se conglaeant s'estoit attaché audit chauderon par glaçons longs, ayant forme quadrangulaire. Quelque temps après i'achetay du cristal qui auoit esté apporté d'Espaigne, qui estoit formé, ainsi que le salpestre que i'auois fait dissoudre. le connuz lors que combien que les métaux soyent corps morts (comme tu as dit) toutesfois le cristal n'est pas tellement mort qu'il ne luy soit donné de se sçauoir séparer des autres eaux, et au milieu d'icelles se former par angles et pointes de diamants : et comme il est donné au cris-
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tal, salpestre et sel commun, de se sçauoir congeler et faire vn corps à part au milieu de l'eau commune, il est donné aussi aux matières minérales de faire le semblable, comme ie prouue par vne ardoise que tu vois icy, en laquelle sont plusieurs marcassites formées. Et non sans cause t'ay-ie mis en auant le propos de ceste ardoise : car elle me donne à connoistre la conclusion de ce que i'ay allégué cy dessus. Tu vois que les marcassites métalliques qui sont en icelles sont quarrees par faces semblables à un dé. Si ie te demande lequel des deux a esté formé le premier, ou l'ardoise ou la marcassite, tu ne me sraurois respondre; ie seray donc le prestre Martin, ie me respondray moy mesme, prenant pour argument les coquilles, lesquelles ie preuue estre formées dedans l'eau qui depuis ont esté pétrifiées, et l'eau et les vases où elles habitoyent. Et tout ainsi comme les coquilles estoient formées au parauant qu'estre pétrifiées, et le lieu où elles habitoyent : semblablement les marcassites qui sont en ceste ardoise estoyent formées au parauant l'ardoise, et est chose certaine que quand elles se formoyent elles estoyent couuertes d'eau meslee de terre, laquelle depuis s'est réduite en ardoise, et les marcassites ont demeuré en leurs propres formes enchâssées dedans laditte ardoise, comme les coquilles se trouuent enchâssées dedans la pierre. Conclus donc que lesdites marcassites sont formées d'vne matière qui (au parauant sa formation) estoit inconnue dedans les eaux, et par vn ordre que Dieu a mis en nature, les matières, qui au parauant estoyent vagantes , se sont formées en telle sorte, que les hommes deuroyent grandement s'esmerueiller des œuures de Dieu, et connoistre que c'est vne grande folie de le penser imiter en telle chose. Quelque temps après que i'eus pris garde à ce que dessus, ie m'en allois par les champs, la teste baissée, pour contempler les œuures de nature : lors ie trouuay certains mercenaires qui tiroyent de la mine de fer, assez bas dans la terre, et laditte mine estoit en pierres d'enuiron la grosseur d'un œuf, ie nomme la grosseur par ce qu'és Ardennes la mine de fer y est fort menue. Or celle que lesdits mercenaires tiroyent n'auoit aucune forme, les vnes pierres estoient longues et les autres rondes, bicornues, selon le lieu où la matière s'estoit arrestée au temps de sa congélation. Quelque temps après i'en trouuay certaines pierres asses grosses , que toute la superficie estoit formée à
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pointes de diamants, ie fus plusieurs ans à songer qui pourroit estre la cause de la forme desdites pointes, et ne pouuant entendre la cause , ie la mis quelque temps à nonchaloir, ne m'en souciant plus. Et comme vne autre fois ie cherchois la cause de la formation de toutes pierres, qui d'vn costé estoyent formées à pointes de diamants, et estoyent lesdittes pointes pures, nettes, candides, et transparantes comme cristal , et de l'autre costé elles estoyent ténébreuses, rudes , et mal plaisantes. Or d'autant qu'elles auoyent esté congelées en ce mesme lieu, i'ay conneu que la partie diaphane estoit formée d'eau pure, et la partie ténébreuse d'vne eau trouble meslee de terre : Mais quant aux pointes de diamants, ie n'en sçeus encores pour lors entendre la cause, il aduint vn iour que quelqu'un me monstra de la mine d'estain qui estoit ainsi formée par pointes, vne autre fois me fust monstré de la mine d'argent tenant encores auec la roche, ou les matières dudit argent auoyent esté congelées, laquelle mine estoit aussi formée en pointe de diamans. Quand i'ay eu considéré toutes ces choses i'ay conneu que toutes pierres et espèces de sels, marcassites et autres minéraux, desquels la congélation est faitte dans l'eau, apportent en soy quelque forme triangulaire, ou quadrangulaire, ou pentagone, et le costé qui est en terre et contre le roc, ne peut porter autre forme que celle de l'assiete du lieu où elle reposoit au temps de sa congélation. Voila qui suffira pour renuerser les opinions de tous ceux qui cherchent à faire l'or et l'argent par son contraire. Car puis qu'il y a des formes de pointes de diamant és minières d'or, d'argent, de plomb, d'estain et autres métaux, tu te peux asseurer que la principale matière d'iceux n'est autre chose qu'vn sel dissoult, lequel habitant auec les autres eaux se sépare d'auec icelles, attirant à soy les choses qu'il aime, pour les congeler et réduire en métal. Et combien que tous les Philosophes ayent conclud que l'or est fait de souphre, et d'argent vif, ie maintiens que le souphre que nous voyons, ne se sçauroit mesler auec les matières minérales ou semences d'icelles; bien confesseray-ie que parmy les eaux il y a quelque genre d'huile, lequel estant meslé auec l'eau et le sel minerai, ayde à la génération des métaux, et les métaux estans paruenuz en leur parfaite décoction, l'huile est lors congelée parmy le métal, et prend le nom de souphre. Il y a des secrets si fort cachez et
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inconneuz en toutes natures, que de tant plus vn homme sera sçauant en philosophie, de tant plus il craindra les hazards qui suruiennent ordinairement en toutes entreprises fusibles, métalliques, et vulcanistes. N'est ce pas chose estrange et de grande considération qu'il y a à Montpelier certaines eaux où Ton réduit le cuyure en verd de griz, et tout auprez d'icelle, il y a autres eaux où l'on n'en sçauroit faire? N'y a il pas aussi des eaux qui sont bonnes aux teintures et à cuire légumes, et autres eaux bien près d'icelles n'y vaudront rien, l'ai veu du temps que les vitriers auoyent grand vogue, à cause qu'ils faisoyent des figures és vitreaux des temples, que ceux qui peignoyent lesdittes figures n'eussent osé manger aux, ny oignons. Car s'ils en eussent mangé la peinture n'eust pas tenu sur le verre. l'en ay connu vn nommé Iean de Connet, par ce qu'il auoit l'alêne punaise, toute la peinture qu'il faisoit sur le verre ne pouuoit tenir aucunement, combien qu'il fust sçauant en son art. Les historiens disent que s'il y a vne palme plantée sur le bord d'vn fleuue, et vne autre de l'autre costé dudit fleuue, que les racines iront de l'vn à l'autre par dessous ledit fleuue, à cause de l'amitié ou affinité qu'elles ont ensemble (1). Il est certain aussi que les femmes alaictantes, estans loing de leurs enfans endormis, sentent à leurs mammelles quand ils crient estant esueillez. I'ay veu vne femme pudique, saige et honorable, que quand son mary estoit aux champs, elle sentoit par quelque mouuement secret, leiour que son mary deuoit arriuer. Tels mouvemens ne sont pas seulement aux créatures humaines et brutales, mais aussi aux vegetatiues et métalliques. Et tout ainsi comme les matières animées se servent de choses alimentaires, et en ayant pris la substance nutritiue, enuoyent le demeurant és vaisseaux excrementaires, semblablement les métaux engendrent quelques excréments inutiles après leur formation. leprensdonc le souphre comme vne colofaigne (colophane) ou excrément qui a servi à la génération, laquelle estant perfaite les excréments n'y seruent plus de rien, et si cela aduient és créatures humaines et brutales, aussi fait il à tous végétatifs. Et qu'ainsi ne soit,
(1)11 est peut-être inutile de remarquer qu'il s'agit ici d'un phénomène interprété , à cette époque , à l'aide d'une supposition erronée , mais aujourd'hui parfaitement expliqué par le transport du pollen de la plante mâle à la plante femelle par l'intermédiaire des vents.
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tu vois les noix et les ohastatgneâ qui ont vne rohbe excrementale, et deslors qu'elles viennent à leur perfection elles iettent en bas leurs robbes comme vn excrément inutile. Ainsi toutes semences ou plantes vegetatiues, produisent quelque chose pour leur aider et seruir pour vn temps seulement. Semblablement ceux qui affinent les mines des métaux, séparent le souphre d'auec le métal, comme chose inutile, tout ainsi comme le laboureur sépare le bled d'auec la paille. Voila pourquoy ie te di que le souphre vulgaire n'est pas tel comme lors qu'il a généré les métaux, et qu'au parauant ce ne pouuoit estre qu'vne huile inconnue; tout ainsi que tu vois que la gomme n'est qu'vne eau quand elle est au dedans de l'arbre, et quand elle est sortie, et qu'elle découle le long de l'arbre elle se dessèche et endurcist, et lors elle prend le nom de gomme. La terebentine est vne huile qui distille des piniers, et quand elle est cuitte elle s'endurcist, et puis s'appelle poix rasine. Voila comment il faut que tu entendes que la génération des métaux est faite par matières et vertus incognues aux hommes. Et ne pense pas que le vif argent soit autre chose qu'vn commencement de métal, fait ou commencé par vne matière aqueuse et salsitive. le ne dis pas de sel commun : car ie sçay que le nombre des espèces de sels est infiny à nostre connoissance , comme ie te feray entendre cy après en parlant des sels.
Théorique.
Tu es terriblement prompt à detracter des Philosophes, et c'est la plus belle chose du monde que la Philosophie, car par Philosophie l'on fait des distillations les plus vtiles pour la médecine que chose que l'on sçauroit trouuer : mesme l'on tire par Philosophie toutes senteurs, vertus et saueurs, tant des espiceries que de toutes choses odoriférantes.
Tu te moques bien de moy, de dire que i'ay en haine la Philosophie, et tu sçais bien que ie n'ay rien en plus grande recommandation, et que ie la cherche tous les iours, et ce que i'en parle n'est pas contre les Philosophes actuels et dignes de ce nom. Mais ie parle contre ceux qui méritent plus d'estre appeliez antiphilosophes que Philosophes. Car ie loue grandement les distillateurs et tireurs d'essences, et estime cette science grandement vtile et proufitable. Te n'entens parler si-
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non contre ceux qui veulent vsurper (pour viure à leur aise) vn secret que Dieu a reserué à soy, aussi bien comme la puissance de faire végéter et croistre toutes plantes et toutes choses. Car c'est Dieu luy mesme qui a ietté la semence des métaux en la terre. Et ils veulent entreprendre de faire vne œuure qui se fait occultement dans la terre, de laquelle ils ne connoissent ny le moyen ny les matières, ny par quelle vertu ny comment, ny en combien de temps la chose peut paruenir à sa perfection. L'on a quelque connoissance du temps qu'il fault pour la maturité des bleds et autres semences : Mais quant est de la semence des métaux , ils n'en ont aucun tesmoignage, ny connoissance de la vertu par laquelle les matières se lient et congèlent. le sçay bien que ces choses ont quelque vertu d'attirer l'vn et l'autre, comme l'aimant lire le fer. Aussi sçay-ie bien que quelque fois i'ay pris vne pierre de matière fusible, qu'après l'auoir pilée et broyée aussi finement que fumée, et l'ayant ainsi puluerisée ie la meslay parmy de la terre d'argile, et quelques iours après quand ie vouluz besongner de laditte terre, ie trouuay que laditte pierre s'estoit commencée à rassembler, combien qu'elle fust meslée si subtilement parmy la terre, que nul homme n'en eust sçeu trouuer vne pierre aussi grosse que les petits atomes que l'on void dedans les rayons du soleil, entrant dans la chambre, chose que i'ay trouuée merueilleusement admirable. Cela te doit faire croire que les matières des métaux se rassemblent et congèlent admirablement, suyuant l'ordre et vertu admirable que Dieu leur a ordonné.
Théorique.
Tu as beau parler contre l'alchimie, toutefois i'ay veu plusieurs Philosophes, qui m'ont baillé de grandes raisons du fait de la génération de 1 or et autres métaux.
Practique.
le me doute que ceux que tu appelles Philosophes, ne soyent les plus grands ennemis de Philosophie. Car si tu sçauois que c'est que Philosophie tu connoistrois que ceux qui cherchent à faire l'or et l'argent, ne méritent pas ce titre : par ce que Philosophe veut dire amateur de sapience. Or Dieu est sapience: l'on ne peut donc aimer sapience sans aymer Dieu. Et ie m'emerueille comment vn tas de faux monnoyeurs, lesquels ne sVsludient qu'à tromperies et malices, n'ont honte de se mettre
ET ALCHIMIE
au rang dos Philosophes. Or comme i'ay dit dés le commencement, l'auarice est racine de tous maux, et ceux qui cherchent à faire l'or et l'argent, ne peuuent estre exemps du titre d'auaricieux, et estants auaricieux, ne peuuent estre dits Philosophes ny compris au nombre de ceux qui aiment sapience. I'ay mis ce propos en auant par ce que tous ceux qui cherchent à faire l'or et l'argent, ont tousiours ce mot en la bouche, que les secrets de sçauoir faire les métaux n'appartiennent sinon aux enfans de Philosophie, et non seulement le disent de bouche , mais le mettent és liures imprimez : comme ainsi soit qu'il fut imprimé à Lyon vn liure de l'or potable, du temps que le Roy Henry troisième y estoit à son retour de Polongne, auquel liure est clairement escrit, que l'alchimie ne doit estre reuelée sinon aux enfans de Philosophie : S'ils sont enfans de Philosophie, ils sont enfans de Sapience, et consequemment enfans de Dieu. Si ainsi estoit il seroit bon que nous fussions tous de la religion des Alchimistes.
Tu m'as allégué cy dessus des chastaignes, des noix, et autres fruits : Mais cela ne fait rien contre moy , parce que les métaux sont vn et les fruits sont vn autre.
Practique.
• Fay grand honte que ce propos dure si longuement : toutesfois à cause de ton opiniatrise ie parleray encores de ce fait. Que ne considères tu le fait de l'aimant, qui par vne vertu singulière attire à soy le fer : combien qu'il n'ait nulle ame vegetatiue : et si ainsi est hors de la matrice de la terre, combien cuides tu qu'il aye plus grande vertu en la terre , quand il est encores en matière liquide? l'aimant n'est pas seul qui ait pouuoir d'attirer à soy les choses qu'il aime : Ne vois tu pas le layet et l'Ambre, lesquels attirent le festu? Item, de l'huille estant iettée dedans l'eau se ramasse à part de laditte eau . veux tu meilleures preuues que du sel commun, du salpestre, de l'alun, de la coperoze, et de toutes espèces de sels , lesquels estans dissouz dedans l'eau se sçauent bien séparer et faire vn corps à part distingué et séparé d'auec l'eau? et en confirmant ce que i'ay dit cy dessus, ie te di encores, que la semence des métaux est liquide et inconnue aux hommes : Et tout ainsi que ie t'ay dit que la semence du sel liquide se sçait séparer de l'eau commune, pour se congé-
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1er, autant en est il des matières métalliques. Et te faut icy philosopher encores de plus près : regarde les semences quand on les iette en terre , elles n'ont qu'vne seule couleur , et venant à leur croissance et maturité elles se forment plusieurs couleurs : les fleurs , les branches, les feuilles et les boutons, ce seront toutes couleurs diuerses, et mesme en vne seule fleur il y aura diuerses couleurs. Semblablement tu trouueras des serpens , des chenilles, et papillons , qui seront de plusieurs belles couleurs. Venons à présent à philosopher plus outre , tu me confesseras que d'autant que toutes ces choses prennent nourriture en la terre , que leur couleur procède aussi de la terre : Et ie te diray par quel moyen? et qui en est la cause ? Si tu peux attirer de la terre par art alchimistal , les couleurs diuerses comme font ces petits animaux , ie t'accorderay que tu peux aussi attirer les matières métalliques et les rassembler pour faire l'or et l'argent. Mais (comme ie t'ay dit tant de fois) tu y procèdes tout au contraire de la nature. Tu as entendu par mes arguments que toutes matières métalliques sont aqueuses et se forment dedans l'eau , et cependant tu les veux former par le feu , qui est son contraire. Ne t'ay-ie pas monstré euidemment par vne ardoise remplie de marcassites , que les matières métalliques estant encores fluides dedans les eaux , elles s'atirent l'vne à l'autre pour se réduire en corps : et comme i'ay tousiours dit, elles sont inconnues et indistinguibles des autres eaux , iusques à leur congélation (1).
Théorique.
le trouue fort estrange que tu dis que les matières métalliques sont inconnues dedans les eaux , et toutesfois l'on void le' contraire, car tous tant qu'il y a de Philosophes disent que tous métaux sont composez de souphre et de vif argent. S'il est ainsi pourquoy croiray-ie qu'ils ne se peuuent connoislre dedans l'eau? car ie suis certain que s'il y en auoit dedans l'eau ie les connoislrois bien.
Practique.
Et comment n'as tu point de souuenance que ie t'ay allégué
(1) Il est facile de reconnaître aujourd'hui à quel point les idées de Palissy ont dû influer, deux siècles après lui, sur celles de Werner et de l'école dos Nept unistes.
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le sel commun et autres, pour te faire entendre que tout ainsi que le sel n'a aucune couleur estant liquide dedans l'eau, que aussi les matières métalliques n'ont aucune couleur, iusques à leur congélation. Mais ils la prennent en se rassemblant et congelant : tout ainsi que toutes espèces de fruits changent de couleur en leur croissance et maturité. Si ie voulois alléguer les semences humaines et brutales , y trouuera on quelque couleur au parauant leur formation? non , non plus qu'aux métaux. le t'ay desia dit-cy dessus que tu n'as iamais veu souphre, ne vif argent, qui ne fut congelé , et qu'au parauant ils n'estoyent pas de la couleur qui sont à présent, et qu'ils estoyent inconnus, comme le sel est inconnu dedans l'eau de la mer. Il y a long temps que ie pensois faire fin au propos de l'alchimie, estimant qu'en parlant des pierres tu pourrois connoistre la vérité de mes preuues : Mais par ce que ie te trouue de dure ceruelle et par trop arresté en ton opinion, ie suis contraint pour conclure à ce que dessus, te dire qu'il ne se peur entendre autre chose des métaux, sinon ce que les natures humaines, brutales et vegetatiues me donnent à connoistre : Qui est, que quand la chastaigne, la noix et tous autres fruits, sont semez en terre, en iceux sont enclos les racines, les branches, les feuilles, et toutes les parties, vertus, senteurs et couleurs, que l'arbre sçauroit produire quand il sera né. Aussi qu'en la semence des natures humaines et brutales, les os, la chair, le sang et toutes les autres parties sont comprises en laditte semence. Et tout ainsi que tu vois que nulle de ces choses ne demeure en sa première couleur : mais en la croissance d'iceux ils changent de couleur , et en vne mesme chose y a plusieurs couleurs : En cas pareil te faut croire que les semences des métaux (qui sont matières liquides et aqueuses) changent de couleur, pesanteur et dureté. La première connoissance que i'ay eu de ces choses, fut à vne minière de terre argileuse, qui estoit à vne tuilerie près saint Sorlin de Marennes és isles de Xaintonge, là où ie trouuay parmy laditte terre vn grand nombre de marcassites de diuerses grandeurs et pesanteurs, toutes lesquelles estoyent formées de telle sorte que l'on pouuoit iuger, que la matière de leur formation estoit liquide , et qu'elle estoit cheute du haut en bas, és iours de sa congélation , tout ainsi que si l'on
DES METAVX
auoit laissé tomber de la cire fondue petit à petit pour la faire congeler.
Théorique.
Fay bien entendu tes raisons. Mais ne seroit ce pas vn grand bien en France, s'il y auoit cinq ou six hommes qui fusseut paruenuz à leur fin, touchant la pierre des anciens Philosophes? Car i'ay entendu par le dire de plusieurs alchimistes que s'ils y estoyent paruenuz , ils feroyent assez d'or, pour faire la guerre contre tous aduersaires, et mesme contre le Turc.
Practique.
Entre tous les propos que tu as dit par cy deuant , il n'y en a pas vn si esloigné de sapîence que celuy que tu viens de dire : Mais ie di au contraire qu'il vaudroit mieux vne peste, vne guerre, et vne famine en France, que non pas six hommes qui sçeussent faire For en si grande abondance que tu dis. Car après que l'on seroit asseuré que la chose se pourroit faire, tout le monde mespriseroit le cultiuement de la terre, et s'estudieroit à chercher de faire de l'or, et par ce moyen la terre demeureroit en friche, et toutes les forests de la France ne sçauroyent fournir de charbon tous les alchimistes l'espace de six ans. Ceux qui ont veu les histoires disent qu'vn Roy ayant trouué quelques mines d'or en son Royaume, employa la plus grande partie de ses suiets pour tirer et affiner laditte mine, qui causa que les terres demeuroyent en frische, et la famine commença audit Royaume. Mais la Royne (comme prudente et esmeiie de charité enuers ses suiets) fist faire secrètement des chapons, poulets, pigeons, et autres viandes de pur or, et quand le Roy voulust disner, elle le fist seruir desdittes viandes, dont il fust ioyeux, n'entendant pas à quoy la Royne tendoit : mais voyant qu'on ne luy apportoit point d'autres viandes, commença à se fascher, quoy voyant la Royne le supplia de considérer que l'or n'estoit pas nourriture , et qu'il valoit mieux employer ses suiets à cultiver la terre que non pas à chercher les mines d'or. Si tu ne te veux arrester à vn si bel exemple , entre en toy mesmes , et t'asseure que s'il y auoit six hommes en France, comme tu dis, qui sçeussent faire l'or, ils en feroyent si grande quantité que le moindre d'eux se voudroit faire monarque, et ils se feroyent la guerre enlr'eux,
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et après que la science seroit diuulguee, il se feroit si grande quantité d'or qu'il viendroit à tel mespris, que nul n'en voudroit bailler pain ne vin pour eschange. le ne di pas que ce ne soit chose iuste que les princes commettent gens es minières, mesmes des forfaires criminels, pour extraire lesdites mines, afin de s'en ayder , tant pour le commerce que pour les instruments nécessaires, que l'on forme desdits métaux. Théorique.
Tu m'as cy dessus donné beaucoup d'arguments contre ceux qui veulent générer les métaux par chaleur, et mesme t'es vanté de prouuer vn cinquiesme élément : desquelles choses ie ne puis me contenter , si ie n'ay vne conclusion plus certaine.
Practique.
le ne puis conclure autre chose sur le fait des métaux, sinon la mesme chose que i'ay dit cy dessus : que toutes matières métalliques sont liquides, fluides, et diafanes, et inconneues parmy les eaux communes, iusques à leur congélation, et quand est du cinquiesme élément, ie ne puis donner autre preuue que celle que i'ay donné publiquement deuant mes auditeurs, où tu estois présent, dont la preuue a esté faite par vne pierre , que tu vois icy.
Ne te souuient il pas qu'en faisant la démonstration de ceste pierre, que ie disois que toutes pierres ayans forme triangulaire, ou pentagonne, ou quadrangulaire, ou à pointes de diamants, estoyent formées dedans l'eau, et qu'autrement elles ne pouuoyent prendre les formes susdittes : ayant donc résolu vn tel argument, ie leur monstrois laditte pierre, laquelle est composée de trois matières diuerses, sçauoir est, le dessus de laditte pierre est de cristal pur et net , formé en la superficie supérieure en pointes de diamants, et l'autre partie suyuanteau dessouz d'icelle, est de mine d'argent : et la troisiesme partie est d'vne pierre commune , qui donne clairement à entendre que celle que rappelle commune, qu'aucuns appellent tuf, semblable à celle des carrières, estoit formée la première, et depuis sa formation la matière d'argent descendant d'en haut auparauant sa congélation, s'est arrestée sur la carrière de laditte pierre, et quelque temps après s'est congelée en mine d'argent , et en vn autre temps, la matière cristaline s'est arrestée sur laditte mine , et s'est congelée et
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formée en pointes de diamants, et ce durant le temps que les eaux communes estoyent plus hautes que lesdittes matières : car autrement iamais le cristal ne se fust formé par pointes. Tu sçais bien que tous ceux à qui i'ay fait démonstration de laditte pierre ont approuué mes arguments, sans aucune contradiction. Et pour venir à la preuue du cinquiesme élément, ladite pierre m'a aussi serui de preuue : par ce que leur ay prouué que iamais ne se forma cristal ny autres pierres à pointes ou à faces, qu'elles ne fussent dedans les eaux communes, et que la vérité est telle, que le cristal, le diamant, et toutes pierres diaphanes ne sont formées que de matières aqueuses, et puis que le cristal et autres pierres diaphanes se forment au milieu des eaux communes, ne voulant avoir aucune affinité auec elles en leur congélation , non plus que le suif, la graisse, les huiles, la poix-rasine et autres telles matières, lesquelles se séparent des eaux communes : Il faut conclure donc que l'eau de laquelle le cristal est formé , est d'vn autre genre que non pas les eaux communes : et si elle est d'vn autre genre, nous pouuons donques asseurer qu'il y a deux eaux, l'vne est exalatiue et l'autre essenciue , congelatiue et generatiue, lesquelles deux eaux sont entrcmeslees l'vne parmi l'autre, en telle sorte qu'il est impossible les distinguer au parauant que l'vne des deux soit congelée {%),
Théorique.
Si tu mets vn tel propos en auant l'on se moquera de toy : par ce que les Philosophes tiennent pour chose certaine qu'il n'y a que quatre éléments : et s'il y auoit deux genres d'eau, comme tu dis, il y en auroitcinq.
Practique.
le te l'ay assez fait entendre par le cristal , lequel quand il se veut congeler le plus souuent dedans les neiges, il se se-
(l) Palissy donne une trop grande extension à une idée d'ailleurs ingénieuse et qui n'est pas sans quelque fondement. L'eau qui entre dans la composition intime des végétaux et de certains minéraux ne diffère pas de celle que la chaleur peut en séparer ; de même que le calorique retenu par les corps, dans leurs divers états, ne diffère point de celui que l'on peut apprécier par le thermomètre. Néanmoins, pour montrer que, sans changer de nature, l'une et l'autre se trouvent dans des états différents, on nomme la première : eau de végétation , de cristallisation, comme on distingue le calorique latent du calorique sensible.
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pare des autres eaux , et les eaux communes qui sont demeurées en neiges, se dissoluent, et le cristal ne se peut dissoudre, ny au soleil ny au feu : qui est vn argument bien certain que les eaux communes ne font qu'aller et venir , monter et descendre, comme iay dit en parlant des fontaines, et t'ose dire encores , que les eaux congelatiues sont aussi euaporatiues et exalatiues, et leur habitation et demeure est parmy l'eau commune, iusques à leur congélation.
Théorique.
Il y a bien peu d'hommes qui veulent croire ce que tu dis : par ce qu'ils voudront s'arrester aux Philosophes antiques.
Practique.
Tu diras ce que tu voudras : Mais si est ce, que quand Itl auras bien examiné toutes choses par les effets du feu , tu trouueras mon dire véritable, et me confesseras que le commencement et origine de toutes choses naturelles est eau : l'eau generatiue de la semence humaine et brutale n'est pas eau commune; l'eau qui cause la germination de tous arbres et plantes, n'est pas eau commune, et combien que nul arbre, ny plante, ny nature humaine, ny brutale, ne sçauroit viure sans l'ayde de l'eau commune, si est ce que parmy icelle, il y en a vne autre germinatiue, congelatiue, sans laquelle nulle chose ne pourroit dire ie suis : c'est celle qui germine tous arbres et plantes, et qui soustient et entretient leur formation iusques à la fin : et mesme quand la fin et consommation d'iceux est suruenue par feu , icelle eau generatiue se trouue és cendres, desquelles l'on peut faire du verre semblable à l'eau de laquelle le cristal est formé, et ne faut que tu penses que autrement les bleds et autres plantes seiches se puissent soustenir : par ce que l'eau exalatiue qui estoit auparauant leur maturité , s'est exalee par l'attraction du Soleil : Mais l'eau congelatiue a tousiours soustenu la forme de la paille. En ce cas pareil te faut croire que combien que l'homme ne boiue que de l'eau commune en apparence, si est ce qu'en beuuant et mangeant il attire de ladite eau generatiue , ce qui est en toutes matières nutritiues : et selon l'effect de nature , la dureté des os est causée par l'action de l'eau congelatiue, et pour ces causes, il y a plusieurs espèces d'os qui endurent plus grand feu que non pas les pierres naturelles. 11 te sera
DES METÀW
plus aisé de consumer au feu vne pierre naturelle, que non pas les os d'vn pied de mouton, ou les coquilles d'œufs. Tu peux par là connoistre que l'eau cristaline, qui cause la veue, à quelque affinité auec l'eau generaliue, de laquelle les lunettes, le cristal et miroir sont faits.
Théorique.
Il me semble que tu te contredis en parlant de ceste eau generatiue : par ce qu'en parlant des sels tu dis qu'il y a du sel en toutes choses, et que sans iceluy nulle chose ne pourroit estre.
Practique.
Tu ne trouueras point de contradiction en mes propos. Yeux tu que l'appelle l'eau de la mer sel, tandis qu'elle sera vagante parmy les eaux communes? ie ne puis appeller les choses fluides et liquides ou aqueuses (pendant qu'elles sont inconneues parmy les eaux communes) sinon eau. Non pas mesme les métaux au parauant leur congélation : par ce que ie t'ay dit que les matières métalliques n'ont aucune couleur sinon d'eau, iusques à leur congélation.
Théorique.
Tu m'as tant de fois dit que les matières métalliques estoyent liquides comme l'eau commune, au parauant leur congélation, toutesfois ie ne puis comprendre comment cela peut estre véritable , si tu ne me donnes preuues plus intelligibles.
Practique.
le ne te sçaurois donner preuues plus suffisantes que celles que i'ay monstré euidemment en ta présence à mes disciples, qui est (comme tu sçais) vn grand nombre de bois réduit en métal. Ne te souuient il pas que quand ie faisois montre desdits bois, ie leur disois, comment seroit-il possible que le bois se fust réduit en métal , s'il n'eut premièrement long temps reposé dans les eaux métalliques entremeslees parmy les eaux communes? et si les eaux métalliques n'eussent esté autant liquides et subtiles comme les communes, comment eussent elles peu entrer dans le bois et l'embiber par toutes ses parties, sans luy oster aucunement sa forme première? c'est vn point que tous ceux qui le considèrent seront contrains condescendre à mon opinion : et te dira) encores vne autre preuue plus asseuree, pour te monstrer combien il faut que les
ET ALCHIMIE
matières métalliques soyent subtiles pour aclioner et réduire en métal, sans les desformer, les choses desquelles ie te veux parler. Premièrement il se treuue grand nombre de coquilles de poisson qui pour auoir croupi quelque temps dans les eaux métalliques sont réduites en métal sans perdre leur forme , desquelles coquilles i'en ay veu quelque quantité au cabinet de Monsieur de Roisi. De ma part i'en ay vne que i'ay monstré au maistre Maçon des fortifications de Brest, en basse Bre~ taigne, qui m'a attesté qu'il s'en trouuoit grande quantité en icelle contrée. Au cabinet de Monsieur Race, Chirurgien fameux de ceste ville de Paris, y a vne pierre de mine d'airain, où il y auoit vn poisson de mesme matière. Au pays de Mansfeld se trouue grande quantité de poissons réduits en métal , et cela est trouué fort estrange à ceux qui viuent sans Philosophie : Et ne peuuent iamais paruenir à la connaissance de la cause; combien qu'elle soit assez facile, comme ie feray entendre cy après : mais premièrement il faut que i'anlicipe sur le discours que i'ay à te faire de la cause des coquilles et bois pétrifiez, qui est que les coquilles sont formées d'vne matière alise , serrée et fort compacte , et bien fort dure : et toutesfois quand lesdites coquilles ont long temps crouppi dedans les eaux communes , elles font atraction d'vne eau cristaline generatiue , de laquelle i'ay tant parlé , laquelle les rend de matières de coquilles en matière de pierre, sans rien changer de leur forme. le n'en demande autre tesmoing que toy, qui as esté présent quand i'ay monstré à mes auditeurs vn grand nombre de coquilles de diuerses espèces réduites en pierre, et non seulement les coquilles, mais aussi les poissons : aussi plusieurs pièces de bois. Il est donques aisé à conclure que les poissons qui sont réduits en métal ont esté viuants dans certaines eaux et estangs, esquelles eaux se sont entremeslées autres eaux métalliques, qui depuis se sont congelées en minière d'airain , et ont congelé le poisson et le vase , et les eaux communes se sont exalées suiuant l'ordre commun, qui leur est ordonné , comme ie t'ay dit cy dessus; et si lors que les eaux se sont congelées en métal il y eut eu en icelles quelque corps mort, soit d'homme ou de beste, il se fut aussi réduit en métal : et de ce n'en faut aucunement douter. Et tout ainsi que tu vois que les eaux communes descendantes amènent auec elles plusieurs incommochtez , comme
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terres, sables, et autres ordures, aussi les eaux métallique» estans impures en leur congélation , elles congellent toutes choses qui sont en icelles : parquoy les affineurs ont grand peine à séparer le pur d'avec l'impur, comme tu pourras plus clairement entendre en la conclusion queie feray sur le traitté des pierres. Tu sçais bien que la cause qui m'a meu de te remonstrer ces choses , n'est autre sinon afin que iamais ne te prenne enuie de t'associer auec ceux qui veulent générer les métaux. Car par les instructions que ie t'ay donné tu peux aisément connoistre qu'ils s'abusent, de vouloir faire par feu ce qui se fait par eau. le te puis asseurer auoir connu vn grand nombre des cercheurs susdits qui sont si ignorants qu'ils pensent retenir les esprits enfermez dans des vaisseaux de terre , chose à eux impossible.
Théorique.
Et qu'est ce qu'ils appellent esprits?
Ils appellent esprits toutes matières exalatiues , et singulièrement le vif argent, qui est vne eau qui s'exale comme l'eau commune , quand elle est pressée du feu , et ils ont opinion que s'ils pouuoyent trouuer quelque terre, de laquelle ils pussent faire des vaisseaux pour faire chauffer le vif argent , estant enclos dedans iceux, qu'iceluy se congeleroit en argent, et seroit rendu maleable. Mais les pauures gens s'abusent si lourdement que i'ay honte de le dire. Car quand le vaisseau auroit cent toises d'espoisseur, il seroit impossible de le garder de creuer, s'il estoit tout clos, partant qu'il y eut au dedans tant peu soit d'humidité : comme ie t'ay fait entendre en parlant des tremblements de terre, que les matières humides estans touchées par le feu font de merveilleux efforts, et ne peuuent endurer estre encloses sans aër, comme tu as entendu par vne pomme d'airain ; et mesme les œufs, les chastaignes , les pommes , et autres fruits sont contrains se creuer , quand l'humeur est eschauffée : et voyla pourquoy Ton est contraint de creuer la peau des chastaignes , afin que l'humeur eschauffée ne les face petter : si ces bonnes gens consideroyent ces effects, ils ne chercheroyent point de terre pour retenir les esprits.
Théorique.
Tu m'as allégué cy dessus des chastaignes , des noix et au-
ET ALCHIMIE. m
très fruits, contre mon opinion de l'alchimie : mais cela ne fait rien contre moy : par ce que les métaux sont vn , et les fruits sont vn autre.
Practique (4).
I'ay grand honte que ce propos dure si longuement : toutes fois à cause de ton opiniatrise ie suis contraint de parler encores de ce fait. Es tu si grand' beste que tu ne considères le fait de l'aymant, qui par vne vertu singulière attire à soy le fer, combien qu'il n'ait aucun ame vegetatiue, et si ainsi est hors de la matrice de la terre , combien cuides tu qu'il y aye plus de vertu estant en la terre, quand il est encores en matière liquide? Et cuides tu que l'aymant soit seul qui ait pouuoir d'attirer à soy les choses qu'il aime? ne voy tu pas bien que le Iayet et l'Ambre attirent à eux le festu? Item, ne voy tu pas bien que Thuille estant ietté dedans l'eau se ramasse à part de l'eau? Veux tu meilleure preuue que du sel commun, du salpestre, de l'alun, delà coperoze, et de toutes espèces de sels, qui estans dissoulz dedans l'eau se sçauent tres-bien séparer et faire vn corps à part, distingué et séparé d'auec l'eau? En confirmant ce que ie t'ay dit cy dessus, ie te dy encores que la semence des métaux est liquide et inconnue aux hommes , tout ainsi comme le sel dissoult, ne se peut con~ noistre parmy l'eau commune iusques à sa parfaite congélation : Aussi pour tout certain la semence des métaux ne se peut connoistre estant en matière liquide entremeslée parmi les eaux, iusques à sa congélation : Et tout ainsi que ie t'ay dit que la semence du sel liquide se sçait séparer de l'eau commune pour se congeler, autant en est-il des matières métalliques. Et te faut ici philosopher encores de plus près. Regarde les semences, quand tu les iettes en terre, elles n'ont qu'vne seule couleur, et en venant à leur croissance et maturité elles se forment plusieurs couleurs, la fleur, les fueilles, les branches, les rameaux et les boutons , seront toutes couleurs diuerses, et mesme à vne seule fleur il y aura diuerses couleurs. Semblablement tu trouueras des serpens, des chenilles et des papillons , qui seront figurez de merueilleuses
(1) Quoique ce passage soit la répétition presque littérale de ce qui a été rapporté ci-dessus, page 211, nous avons crû devoir le reproduire, comme les précédents éditeurs , et conserver religieusement le texte, tel qu'il fut publié du vivant de l'auteur.
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couleurs, voire par vn labeur tel que nul peintre ny brodeur ne sçauroit imiter leurs beaux ouurages. Venons à présent à philosopher plus outre : tu me confesseras, que d'autant que toutes ces choses prennent nourriture en la terre , que leur couleur procède aussi de la terre : et ie te diray par quel moyen , et qui en est la cause? Si tu me donnes raisons apparentes de ce que dessus , et que tu puisses attirer de la terre par ton art alchimistal , les couleurs diuerses , comme font ces petits animaux, ie te confesseray que tu peux aussi attirer les matières métalliques, et les rassembler, pour faire l'or et l'argent. Mais quoy! ie t'ay dit tant de fois que tu y procèdes tout au contraire de la nature , et tu vois bien par mes arguments que les matières métalliques sont toutes aqueuses, et se forment dedans l'eau, et tu les veux former par le feu , qui est son contraire. Ne t'ay-ie pas monstré euidemment cy dessus par vne ardoise remplie de marcassites et autres pierres et minéraux , que les matières métalliques estant encores fluides dedans las eaux, elles s'attirent l'vne à l'autre pour se réduire en corps métallique et (comme i'ay tousiours dit) elles sont inconnues et indistinguibles des autres eaux , iusques à leur congélation.
Théorique.
le trouue fort estrange que tu dis que les matières métalliques sont inconnues dedans les eaux, et toutesfois on voit le contraire : car autant qu'il y a de Philosophes disent, que tous métaux spnt composez de souphre et de vif argent. S'il est ainsi , me veux tu faire croire qne le souphre et l'argent vif ne se peuuent connoistre dedans l'eau? le me tiens pour certain que s'il y auoit du souphre et du vif argent dedans l'eau , ie le connoistrois.
Practique.
le voy bien que ie pers mon temps : Tu es aussi grand beste auiourd'huy comme hier. Et n'as tu point de souuenance que ie t'ay allégué le sel commun et autres : pour te faire entendre que tout ainsi que le sel n'a aucune couleur cependant qu'il est liquide dedans l'eau, que aussi les matières métalliques n'ont aucune couleur iusques à leur congélation , mais prennent leur couleur en se rassemblant et congelant : tout ainsi que tu vois toutes espèces de fruits changer de couleur en leurs croissances et maturitez. Si ie voulois alléguer les
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semences des natures humaines et brutales , y trouueroit on quelque couleur au parauant leur formation non plus qu'aux métaux? T'ay ie pas dit cy dessus que tu ne sçaurois dire iamais auoir veu soupbre ne vif argent qui ne fut congelé? penses tu que le vif argent que tu vois et le souphre ayent esté dés le commencement des couleurs qu'ils sont à présent? ie sçay bien que non, et qu'au parauant ils estoyent inconnuz, comme le sel est inconnu dedans l'eau de la mer.
'"p? ^? ij^ 1^
^8o;>:>ô8Sf|g ' AUTANT qU)6 j'ay reprouué par le discours précèdent, || D |3 la médecine alchimistale sur l'effet de la génération, SililllgliS augmentation et fixation , sur le fait des métaux : i'ay trouué bon et à propos de reprouuer aussi les effects de l'or potable, lequel i'estime ennemy delà nourriture corporelle des humains.