‹ Œuvres complètes de Blaise PascalChapitre 10 sur 65 · TROIS DISCOURS · texte numérisé non relu

TROIS DISCOURS

Sttt LA CONDITION DES GRANDS.

Une dès choses sûr lesquelles feu M. Pascal avoit plus de vues 1 étoit l'instruction d'un prince que l'on tâcheroit d'élever de la manière la plus proportionnée à l'état où Dieu l'appelle , et la plus propre pour le rendre capable d'en remplir tous les devoirs et d'en éviter tous les dangers. On lui a souvent ouï dire qu'il n'y avoit rien à quoi il désirât plus de contribuer s'il y étoit engagé, et qu'il sacrifleroit volontiers sa vie pour une Chose si importante. Et comme il avoit accoutumé d'écrire les pensées qui lui venoient sur les sujets dont il avoit l'esprit occupé , ceux qui l'ont connu se sont étonnés de n'avoir rien trouvé dans celles qui sont restées de lui , qui regardât expressément cette matière, quoique l'on puisse dire en Un sens qu'elles la regardent toutes , n'y ayant guère de livres qui puissent plus servir à former l'esprit d'un prince que le recueil que Ton en à fait.

11 faut donc ou que ce qu'il a écrit de cette matière ait été perdu, Ou qu'ayant ces pensées extrêmement présentes, il ait négligé de les écrire. Et comme par Tune et l'autre cause le public s'en trouve également privé, il est venu dans l'esprit d'une personne 2 , qui a assisté à trois discours assez courts qu'il fit à un enfant de grande condition , et 1 dont l'esprit, qui étoit extrêmement aVancé, étoit déjà capable des vérités les plus fortes , d'écrire neuf ou dix ans après ce qu'il en a retenu. Or, quoique après un si long temps il ne puisse pas dire que ce soient les propres paroles dont M. Pascal se Servit alors, néanmoins tout ce qu'il disoit faisoit une impression si vive sur l'esprit , qu'il n'étoit pas possible de l'oublier. Et ainsi il peut assurer que ce sont au moins ses pensées et ses sentimens.

Page 1