A M. DE BOUILLON-MALHERBE
MONSLEUB MON COUSIN,
Vous me confirmez toujours l'opinion que j'ai, il y a longtemps, que vous m'aimez plus que je ne vaux. Si le fils ne paye ce que doit le père , vous courez fortune d'en être très-mal assigné. Je suis en un âge où il ne me faut plus prêter qu'en intention de perdre. Si vous voulez assurer votre dette, faites un héritier, et la lui donnez. J'espère que, quand vous le verrez, vous le trouverez digne d'une bonne fortune. Quant aux nouvelles, je ne vous en dirai qu'une, qui en vaudra une douzaine : c'est que le succès des affaires sera tel que je l'ai toujours prédit, c'est-a-dire que nous aurons la paix. M. de Thou en a donné cette espérance par la dépêche que l'on vient de recevoir de lui. Le roi est obéi partout, et il ne se trouve personne qui prête l'oreille à ce que Ton propose contre son service. C'est tout
LETTRES CHOISIES
ce que je vous puis dire : et aussi crois-je que c'est tout ce que vous voulez ouïr. Ainsi Dieu confonde toujours les desseins de ceux qui nous voudront troubler! N'ayant plus guère de jours à vivre, je serai bien aise que le repos n'en soit point interrompu. Adieu, monsieur mon cousin. Je vous baise bien humblement les mains, et vous supplie de m'aimer toujours comme votre plus humble et plus affectionné serviteur.
A Paris , ce 13 de mars IGH.