AL MÊME
MONSIEl r, MON cm SIN,
Je m'étonnais certainement d'être si longtemps sans avoir de vos nouvelles ; mais je ne pensais pas que la cause en filt si triste comme elle est. Il faut louer Dieu, de quelque façon et en quelque t. qu'il dispose de nous ou des nôtres. Bien e-t-il malaisé de recevoir de si pesants coups sans donner quelque signe de ressentiment. Mais il en faut toujours revenir la, que c'est un passage nécessaire a tout ce qui vit au monde, et (pie si aujourd'hui nous perdons et pleurons , demain nous serons perdus et pleures a notre tour. Je vous en dirais davant, mais en semblables occasions les paroles ont plus d'ostentation que d'effet, [fous attendons ici les remontrances du parlement. On tient que c'est pour demain, si ci s gens eussent rejeté le rétablissement delà paillette, ils donneraient meilleure opinion qu'ils ne font, et leur harangue serait de meilleure odeur. Maison sont ceux qui ne sont point s( nsibles à leur intérêt? Je ne sais si c\ st au ciel . niais j bien qu'il n'\ en eut jamais en terre, et qu'il ne faut pas espérer qu'il y en ait jamais. Les préparatifs des mariages se font avec hâte. L'on croit que l'on partira à la mi-juin. Je ne pense ; soit précisément au quinzième, mais je tiens que ce ne sera pas bien longtemps après, tdieu, monsieur mon
' Droit annuel sur les charges de in igistratun de son Inventeur, Charles Paulet.
H8 ŒUVRES DE MALHERBE
cousin. Je suis votre très-humble et très-affectionné serviteur.
A Paris , ce 20 de mai 1615.
AU MÊME
Monsieur mon cousin, J'ai reçu le Sénèque que m'a envoyé mon cousin de Boutonvilliers. Si j'eusse cru qu'il n'y eût eu que cela, je ne l'eusse pas demandé. Je ne laisse pas de vous en remercier, et lui aussi. C'est ma coutume de vous donner de la peine. La fortune, qui m'offre tant d'occasions de vous employer, m'en donnera, s'il lui plaît, quelqu'une de vous servir. Je vois bien que l'on vous baille de grandes alarmes en ce payslà. Et certainement nous n'en sommes pas plus exempts que les autres ; mais les faux bruits ne durent pas si longtemps ici qu'ils font aux provinces. Il y a en cette cour plusieurs personnes bien judicieuses qui pensent comme vous qu'il serait bon de différer le voyage. Ce n'est pas mon opinion : je crois que tout au contraire c'est de là, et non d'ailleurs, que dépend notre repos. L'événement décidera cette question. Je n'ose vous dire que l'on s'en va lundi, pource que ce partement a déjà eu tant de fausses assignations, que je crains que celle-ci ne soit pas plus véritable que les autres. Toutefois à la fin il en viendra une bonne, et, si ce n'est lundi, ce sera bientôt après. Ce serait une grande impuissance aux deux plus grands rois du monde , que trois ou quatre malcontents, sans hommes et sans argent, les empêchassent en un si juste dessein. Cela ne sera pas, mon cher cousin : on voudrait bien faire peur , mais il y a trop peu d'apparence. Pour moi , je n'ai fait jusqu'ici que me moquer de toutes ces levées de boucliers , et je ne vois rien qui me doive faire changer d'avis. Dieu conduise, s'il lui plaît, tout à bonne fin ! Votre serviteur très-humble et très-affectionné à jamais.
A Paris, ce 13 d'août 1615.