‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 131 sur 672 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Monsieur mon cousin, J'ai reçu votre lettre du 24 du passé, et avec elle celle de M. de Cagny. Ce n'a pas été sans m'étonner de ce que vous m'écrivez que, par une de mes lettres, je vous avais assuré que je tenais de lui-même

LETTRES CHOISIES

ce que je vous islandais, qu'il avait un livre de la noblesse de Normandie qui avait passé avec le duc Guillaume. Je vous supplie, mon cousin, de revoir ma lettre , et vous trouverez que c'est chose dont je ne vous parlai jamais. M. de Cagny a grande raison de dire qu'il ne me connaissait point, pource que c'est un homme que je n'ai point l'honneur d'avoir jamais vu. Un nommé M. de Montchrestien est celui de qui je le tenais , et qui me l'a dit , non une fois ou deux, mais une douzaine. Depuis ma dernière lettre, nous avons recouvert1 deux rôles d'Angleterre, où nous sommes en l'un et en l'autre. Il y en a un qui est en rimes, l'autre est en prose; l'un imprimé, et tiré d'un plus gros livre, et l'autre écrit à la main. C'a été H. Camdenus qui les a envoyés par deçà , sur ce que j'avais désiré savoir de lui d'où il avait tiré ce qu'il avait écrit de l'antiquité de notre maison. Il a signé le mémoire que je lui en avais fait envoyer, Guilelmus Camdenus , rex armorum , et y a encore ajouté quelques particularités sur le même sujet. Cela ne doit pas empêcher que nous ne gardions toujours curieusement notre arrêt : car ce n'est pas tout que de prouver que la maison des Malherbe de Saint-Aignan est ancienne, il faut montrer comme nous en sommes sortis. Et la-dessus je vous dirai qu'il me souvient qu'autrefois un de mes oncles , religieux de Saint-Etienne , lit renouveler dos armoiries, qui sont au nombre de plusieurs autres en la bordure d'une salle où Tondit que le duc Guillaume ire toutes celles des grands de son État qui l'avaient accompagné à sa conquête. Je voudrais bien que cela se fût fait avec quelque forme de justice , et qu'il y eût assisté quelque officier qui eu eût baille acte; pource que, de toutes les preuves que nous saurions avoir, celle-là est la plus claire et la plus illustre. Si cela ne se lit alors , il se pourrait faire .1 cette heure, en taisant rapporter par les anciens religieux comme ils ont de tout temps vu lesdites armes en ladite salle, et qu'ils les avaient aussi \u r .ir ilchir, pour êiter le soupçon que l'on pourrait a\ou (pie ce \'i][ chose faite a poste, .le ne sais pris Comme ma sœur de Malherbe porte patiemment que son aine s,, soi! fut jésuite; mais pour moi j'estime si peu le monde , que je n'estime pas en quel habit non- lassions le peu de chemin que nous avons a v faire, le voudrais qu'il J en eût encore un religieux, et deux chevaliers (le Malte, afin qu'il n'en demeurai qu'un (pii fût un peu a son aise, .l'attends toujours le retour de M. de Vignaeourt, pour le prier de faire, avec m. le grand maître bob frère, qu'il donne à un de mes neveux inw place de page chez lui,

1 On dirait aujourd'hui recouvre.

pource que par ce moyen il pourra être ret,u chevalierdes àcetteheure, la ou sans cela il ne le pourrait être qu'à seize ans. Pour nouvelles, il n'y a ici rien sur le tapis que l'affaire de Béarn. .M. de Montpouillan, fils de M. de la Force, gouverneur de ce payslà , a eu commandement de se retirer de la cour; ce qu'il a fait avec beaucoup de larmes. Mais le roi veut être obéi de tous ses sujets : aussi est-il bien raisonnable , et crois que ceux qui feront les fous s'en trouverontmal. Dieu nous garde la paix , comme je crois qu'il fera.

\ Paris, ce 2 d'août 1618

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