AU MÊME
MOHSIEUB MON COUSIN,
Nous avons eu bien de la peine a avoir une chose qui ne vaut guère. Le rôle de M. de Cagny n'est pas ce que l'on cherche : il faut des choses dont l'écriture soit si vieille que l'on ait de la peine à la lire , et au reste il est tout plein de gloses et de ratures qui y ont été mises suivant l'intérêt de ceux a qui le livre a passé par les mains. I.a nouveauté ne s'en peut nier, pour la mention qu'il y fait de la reine Elisabeth, qui vivait encore il n'y a que dix-huit ou vingt ans. Je le vous renvoie donc ; aussi bien , comme je pense vous avoir écrit , M. Camden en a envoyé deux depuis un mois, desquels l'un est imprimé en Angleterre, et l'autre est une copie trèsancienne. Celui qui fait cette recherche est un Tourangeau qui aappointementdu roi pour y travailler. Tout son travail n'est que de recueillir de vieux documents et les faire imprimer ; car du sien il n'y met rien du tout. Vous n'y verrez rien du nôtre en particulier, que le nom de notre maison parmi les anciennes de France. Ce M. de Vallès, dont vous parlait M. de Cagny en sa lettre, présenta , il y a environ un mois , une requête au conseil, pour faire quelque recherche des faux nobles. M. de Valetot Bailleul , maître des requêtes, lui fut baillé pour commissaire. Il me dit que, si je le voulais aller voir, il me montrerait les papiers qu'il avait produits, où nous et nos armes étions au rang i\<-> plus anciens. Mais je ne m'en suis point mis en peine, pource que ce n'esl point chose qui - oit mise en doute. Ou\ qui s'imaginent que je prenne la peine de travaillerai! recueil qui se fait ne COni sent guère bien. Premièrement j'aime fol t a ne rien faire; secondement je n'ai que faire de me travailler pour une noblesse reconnue partout comme la nôtre; et tiercemenl c'est uni" affaire où Paul ne peut gratifier personni , qu ind il le voudrait faire, pource qu'il ne fi il que transcrire les rôles
ŒUVRES DE MALHEUBE.
qu'il recouvre. Toutce qu'il y peut mettre du sien, c'est de juger de l'antiquité des écritures, encore qu'il se trouve des marques qui la t'ont assez paraître. Au demeurant, monsieur mon cousin, votre cousin mon fils ne vous avait pas écrit pour vous obliger à lui répondre, mais seulement pour vous témoigner ce qu'il vous était. Ce sont toujours nouvelles preuves de votre courtoisie. Il sera bien heureux, s'il peut assez vivre et assez heureusement, pour avoir une occasion de s'en ressentir. En quelque façon qu'il le puisse faire, ce ne sera jamais ni comme je désire, ni comme vous l'y obligez. Pour des nouvelles, nous n'en avons point. Le roi est allé à Villers-Coterets , où il sera quelques jours , et de là s'en reviendra à Meaux, et de Meaux à Paris, il y a ici un chaous > de la part du Grand Seigneur, qui a apporté une lettre de son maître pour excuse du mauvais traitement fait à l'ambassadeur de France il y a quelques jours. Mais le roi , qui avait su sa venue , et qu'il avait charge de passer en Hollande et en Angleterre, a cru que cette satisfaction , qui semblait n'être faite qu'en chemin faisant , n'est pas suffisante , et a fait instance qu'il en vînt un exprès ; ce qui a été fait , et déjà il est à Marseille. Voilà , monsieur mon cousin , comme nous sommes pauvres de nouvelles. Puisque cette stérilité vient du bon état où nous sommes , louons Dieu , et le prions qu'il la nous entretienne.
A Paris, ce 27 de septembre 1618.
AU MEME
Monsieur mon cousin, Je dors devant que vous écrire : regardez quelle lettre vous pouvez attendre de moi. Je me réjouis que ma procédure vous plaise, de ne me cbarger plus de ménage en l'âge où je suis. Il y en a assez au monde qui en feraient de même, s'ils pensaient y avoir aussi bonne grâce que moi. Il y a ici un homme qui a une eau tellement amie de nature, qu'elle remet ceux qui en usent en leur première force. J'attends l'événement d'un essai qu'il en fait sur une personne de ma connaissance , pour en user m elle réussit. J'en ai goûté cette après-dînée de la main d'une très-belle dame. Le goût en est tel que d'encre, la couleur très-belle et très-claire. Je vous en dirai davantage si l'expérience me fait voir que ce soit chose qui le mérite. Elle a été proposée à M . le garde des sceaux. Le plus beau que j'y voie, c'est qu'il ne veut point d'argent si l'on ne guérit point. Je suis marri que ce cocu vous ait fâché. J'eusse plutôt attendu d'être mordu d'un agneau , ou bec-
1 Chinoux, espèce d'huissier, envoyé turc.
quêté d'un pigeon , qu'offensé d'un cocu. Puisqu'on n'est pas assuré de ces gens-là, il n'y a personne de qui l'on ne doive soupçonner du péril. Le roi revient demain pourvoir danser le ballet delà reine, et lundi s'en retournera à Saint-Germain. M. de Roquelaure a envoyé ici un courrier pour se plaindre de M. du Maine, qui lui assiège la Réole. L'occasion est que M. du Maine ayant eu commandement du roi de resserrer au château Trompette toute l'artillerie de son gouvernement, M. de Roquelaure n'a pas voulu bailler celle qu'il avait à la Réole, et M. du Maine s'est résolu à l'avoir, et y est allé avec du canon pour forcer la place. Les amis de M. de Roquelaure font quelque assemblée pour l'assister. Voilà où en est l'affaire , et tout cela ne veut rien dire. La paix pour cela ne laissera pas de continuer, si autre chose ne l'interrompt. Je vous supplie, monsieur mon cousin , de me tenir toujours en vos bonnes grâces. C'est une requête que je vous fais souvent, mais aussi est-ce une chose que je désire de tout mon coeur. Adieu.
Ce 16 de février 1019.