IÔ
d'autres ou j'ai changé, des paroles dont la corruption était manifeste. Si ceux qui examineront ces difficultés ne sont de mon avis, je serai bien aise qu'ils en dorment de meilleurs. Pour le moins, aurai-je cette satisfaction de leur avoir témoigné ma diligence.
Acceplx ad Aoum jluvhtm in angustiis cladi terra. Macédonien phalange ad Atracem vi puisas Roinaîio s opponcbat. Il n'y a personne qui ne voie qu'il y a ici du malentendu. J'avais cru du commencement que, au lieu de terra, il fallait lire ter a, pource que c'était ce qui se pouvait imaginer de plus approchant. Mais ne se trouvant pas en l'histoire, comme aussi il n'est pas vraisemblable qu'en même lieu, près d' A trace, les Romains eussent eu trois rencontres avecque les Macédoniens, j'ai quitté cette opinion, et suis revenu à l'incertitude où j'étais auparavant. Querengus, pour terra, substitue territa : ce qui m'empêche d'être de son avis, c'est que Philippe, ayant à donner du cœur à ses soldats, n'eût pas été bon orateur de leur ramentevoir leur lâcheté; vu même que bientôt après il dit qu'en cette occasion les Macédoniens étaient demeures invincibles, et que toujours ils le seraient quand la partie serait bien faite. Ainsi, ne voyant pas que ni de ter a, ni de territa, il se puisse rien faire de bon , j'ai tâché, sans employer ni l'un ni l'autre , d'interpréter le reste le plus à propos , et au plus près de l'intention de l'auteur qu'il m'a été possible.
.\am eas ( Thebas Phtias ) populi romani jure bellifactas esse die ébat, quod, integris rébus, exercitu ab se admoto, vocati in amicitiam , réglant, societatem Romanx prxposuissent. Au lieu de admoto, je lis amoto, pource que, outre que ab se admoto ne se peut dire qu'avec extravagance , la vérité du fait est que Quintius, qui pensait surprendre les Thèbes de Phtie, comme il avait fait celles de Béœe . se liant sur une intelligence qu'il v avait, s'tii approcha seulement avecque quelque cavalerie légère, et, de peur de mettre les habitants en alarmes, laissa le reste de son armée assez loin pour n'être pas aperçue, et assez près pour lui servir au besoin qu'il en pourrait avoir.
Necquirquam inde obsessa oppugnataque urbs est, recipi , nisi aSquanto post, Antiochum non pntuit. Stratonicée, dont il parle, était entre les mains de Philippe, et ne passa jamais en celles d'Vntiochus. D'ailleurs, en ce même livre, il est dit que les Romains, ayant mis Philippe à la raison, lui firent quitter Stratonicée, et la donnèrent aux Hhodiens. Adjicit f'aferius Antias Atlalo absenté A'j/inam insulam , elephantosguc d»no du/os, et
Hltodiis Stratonicxam Carix, atque alias urbes quas Philippustrnuisset. Comme donc peut subsister ce qu'il a dit auparavant, que Stratonicœa recipi, nisi aliquanto post , pet Antiochum non potuitf II y a, certes, de la présomption a changer témérairement ce qu'il y a dans le texte ; mais aussi serait-ce une discrétion bien niaise et bien ridicule, de suspendre son jugement en des choses visibles comme celle-ci. Le moyen d'excuser Tite-Live est de s'en prendre a quelque copiste qui a pris ici Paris pour Corbeil. Il y a encore, en ce même livre, une grande bévue, qui est qu'en la proclamation faite à Corinthe des peuples et des villes que les Romains entendaient remettre en leur liberté, Tite-Live comprend en des termes exprès les Phocéens et les Locriens ; puis un peu après il dit que les Romains en firent un présent aux Ltoliens. Glaréanus ne croit point cette libéralité. Pour moi, je ne vois pas que des propositions si contraires puissent toutes deux être véritables, ni qu'il y ait quelque explication qui puisse démêler cette fusée. Ceux qui auront du loisir de reste y penseront, si bon leur semble. Je n'aime pas tant le travail , que j'en veuille prendre pour une chose de si peu de fruit.
Summa justifia suos rexil; unicam fidem sociis prxstilit ; uxorem ac liberos duos superstUes habuit; mitisac magnifiais amicusfuit. Regnum adeo stabile ac firmtim rcliquit, ut ad tertiam stirpem possessio ejus descenderct.
Il ne faut pas être bien grand critique pour reconnaître qu'il y a ici une transposition, et qu'il faut lire : Summajustitia suos re.rit, unicamfidem sociis prxstitit ; mitis ac magnificut amicus fuit ; uxorem ac liberos duos super stites habuit; regnum adeo stabile ac Jirmum reliquit , ut, etc. De cette façon , les choses , qui autrement sont confuses, seront en leur place. Ce qui appartient aux mœurs , comme avoir été bon roi , bon allié , bon ami , se trouvera d'un côté; et de l'autre, ce qui touche l'état de sa maison , qui est que sa femme le survéquit , et deux (ils avecque elle, auxquels il laissa sa succession. Qui ne voit cette lumière, ne voit pas celle du jour en plein midi. Au reste, il n'y a point de doute que Tite-Live ne se soit abuse de ne donner ici que deux fils à Attalus. Les autres historiens en nomment quatre; et lui-même, au trente-septième livre, t'ait dire à Kumenes. fils aine d'Attalus, parlant au sénat, qu'il n'y a simple soldat qui avecque plus d'assiduité ait tenu pied aux armées romaines, que lui et ses frères. A ce compte-là , ils ne pom aient pas être moins de trois.
Quaternum millium pondo argenti vecligal , in
ICO
OEUVRES DE MALHERBE
decem annos ; triginta quaterna millia punch, et ducenta; prxsens viginti millia pondo. Il y a ici trois sortes de sommes, qui, par la paix, furent imposées à Philippe. La première est quaternnm millium pondo argenti vectigal in decem annos , qui font, durant dix ans, six mille marcs d'argent par an. La dernière est de trente mille marcs qu'il devait bailler comptant. Tout cela semble assez clair. Il reste la somme du milieu, triginta quaterna milita pondo, et ducenta, qui vaut cinquante et un mille trois cents marcs ; et c'est là que sont les ténèbres. Glaréanus dit qu'il n'y voit goutte. Comme de fait, dans le Tite-Live latin , où toutes les sommes du texte sont évaluées à la marge , il n'y a mot de celle-ci. Quant à moi , j'aime mieux faire louer ma modestie en n'y touchant pas , que blâmer ma hardiesse en voulant expliquer une chose à quoi tant de grands personnages confessent n'avoir rien entendu.
Terrestres copias ab Abydo trajccit Chersonesi urbem. J'ai suivi en ma traduction l'opinion de Glaréanus et de Sigonius , qui lisent terrestres copias Madytum trajecit Chersonesi urbem. Car, de lire Abijdum, il n'y a point d'apparence, vu qu'Abydeest du coté de l'Asie , en la Troade. Seste est au bord de l'Hellespont du côté de la Thrace. Madyte est plus avant en terre ferme. De Seste à Madyte , il peut y avoir cinq de nos lieues; et de Madyte à Lysimachie, dix. J'en parle selon nos cartes : si elles sont fausses, je m'en rapporte à ceux qui les ont faites. Ces deux villes, Abyde et Seste, sont assez connues par les amours de Léandre et d'Héro.
Antiochus , en la conférence tenue à Lysimachie , répond aux Romains, après plusieurs autres choses : Nec ex Philippiquidem adoer sa for tuna spolia ulla sepetiisse, autadversus Romanos in Europam tbajecisse. Fuerit , quo victo omnia , qux illius fuissent, jure belli Seleucifacta sint , etc. Il n'y a personne qui ne voie qu'en ce lieu défaillent quelques paroles, ou plutôt quelques lignes. Polybe, de qui ceci est tiré mot à mot , récite la même chose de cette façon : « Il disait (Antiochus) qu'il était passé en Europeavecque des forces, pour recouvrer la Chersonnèse et les villes qu'il avait en Thrace; que ces lieux-là lui apartenaient , et non à autre , pource que premièrement ils avaient été à Lysimachus, lequel ayant fait la guerre à Séleucus, et ayant été vaincu par lui, Séleucus, par le droit de l'épée, était devenu maître et de cela, et de tout ce que Lysimachus avait eu en sadomination. » Qui voudra voir le texte grec , aille au dix-septième livre dePoIvbe, vers la un. A ce même propos , on peut encore lire au trentequatrième livre de Tite-Live , le langage que tient à Quintius, Hégésianax, ambassadeur d' Antiochus. Ce
serait, à la vérité, une chose indigne, et que les oreilles auraient peine à supporter, qu'on voulût faire perdre à Antiochus les villes de Thrace et de la Chersonnèse , que Séleucus son bisaïeul, l'épée à la main , a conquises sur Lysimachus en une bataille où il tailla son armé enpièces,et le fit demeurer lui-même sur la place. Après ces deux textes , il n'y a doute quelconque que ce qui est imparfait dans le texte de Tite-Live, ne soit r'habillé en ma traduction selon la vérité du fait.
Si en quelques autres lieux j'ai ajouté ou retranché quelque chose, comme certes il y en a cinq ou six , j'ai fait le premier pour éclaircir des obscurités qui eussent donné de la peine à des gens qui n'en veulent point; et le second, pour ne tomber en des répétitions, ou autres impertinences, dont sans doute un esprit délicat se fût offensé. Pour cequi est de l'histoire, je l'ai suivie exactement et ponctuellement; mais je n'ai pas voulu faire les grotesques qu'il est impossible d'éviter quand on se restreint dans la servitude de traduire de mot à mot. Je sais bien le goût du collège, mais je m'arrête à celui du Louvre. Si le lecteur est juste, il considérera que c'est ici la version d'un livre dont il n'y a exemplaire au monde que celui que nous a donné un manuscrit nouvellement trouvé à Bamberg , et que par conséquent les défauts dont il est plein ne se peuvent réparer qu'en devinant. S'il est injuste, je lui rendrai la pareille qui est due à ceux qui offensent les premiers. Le mépris qu'il aura fait de mon ouvrage , je le ferai de son jugement.