PAR M. AMAR
Gilles Boileau, greffier de la grand'chambre du parlement de Paris, et père du poète qui a rendu à jamais ce nom si célèbre, descendait tfEstienne Boijkaux, Boilcaue, ou Boylesve , prévôt de la ville de Paris au treizième siècle ».
Telle était la réputation de sagesse et de probité dont jouissait ce magistrat, que quand Louis IX, qui donnait alors à la terre le spectacle, trop rarement renouvelé pour le bonbeur des peuples, d'un grand saint dans un monarque accompli, songea, en l'2.")S, ,;i régulariser les fonctions du prévôt de Paris-, il s'occupa, dit Joinville , de faire recbereber par tout le pays un bon justicier, bien renommé de prutThomie ; et il le trouva dans la personw d'Estienne BoyUaux, qui fut ainsi le premier prévôt de Paris nommé par le roi.
Boileau eut raison , dans la suite, de se montrer fier d'une pareille descendance, et de la faire constater légalement par un arrêt en bonne forme. (Voyez la Lettre a lirossettedud mai 1699.) C'est à l'auteur de la satire sur la noblesse qu'il appartenait surtout de sentir le prix de la véritable, de celle qui est la récompense de la vertu et des services rendus à l'État.
Le père de Boileau n'était par moins distingué nu Palais par sa probité que par 6a grande expé-
1 Biographie univerMlU, tome V, iw« J.l:..
rience dans les affaires; quoique d'une fortune médiocre, et chargé d'une nombreuse famille, il soigna si heureusement l'éducation de ses fils ■ , que le barreau, l'Église, et surtout les lettres, s'honoreront à jamais du nom de Boileau.
Celui qui était destiné à porter si loin la gloire du Parnasse français, et, suivant l'expression du sage et profond Vauvenargues, à éclairer tout son siècle, Nicolas Boileau naquit le 1er novembre 1636, à Crônes ( petit village près de Villeneuve Saint- George ) , selon L. Racine ; à Paris, suivant d'autres biographes, et dans la chambre même qu'avait habitée Jacques Gillot, l'un des auteurs de la Satire- Ménippée. Ce point de biographie n'est point encore suffisamment éclairci : une circonstance cependant qui semblerait donner quelque poids à l'opinion de L. Racine, c'est le surnom de Despréaux donné à Boileau, et emprunté d'un petit pré situé au bout du jardin de cette maison de campagne, où le père de notre poète venait passer le temps des vacances. Mais laissons Paris et Crônes se disputer l'honneur d'avoir vu naître Boileau : un homme tel que lui appartient à la France tout entière, qui se glorifiera éternellement de l'avoir donne à l'Kurope.
L'erreur ou l'incertitude des biographes a pu résulter de ce que les titres, qui constataient la naissance de Boileau à Crônes, ayant disparu dans l'incendie qui consuma la presque totalité de ce village, il ne resta plus d'autre preuve légale que les registres de famille où le père de notre poète consignait la naissance de chacun de ses enfants. 11 y a eu également confusion dans les époques, mais par la faute
1 Boileai- r>r PumOHIH , né d*un premier lit . en 1625. mort en 1688. Gfllea BoiLEAI . né a Paris, en leai; reçu à l'Académk française , m 1689 ; mort en 1669. — Jacques BotLBAC (l'abt>é), également né a Parte, le te mars 1635; mort le i" août 1710. — Il sera souvent question d'eux dam re commentaire.
la colère. Vous avez beau vomir des injures sales et odieuses, cela marque la bassesse de votre âme, sans rabaisser la gloire de celui que vous attaquez; et le lecteur qui est de sang-froid n'épouse point les sottes passions d'un rimeur emporté. Il y aurait aussi plusieurs choses à dire touchant le reproche qu'on fait à l'auteur d'avoir pris ses pensées dans Juvénal et dans Horace : mais, tout bien considéré, il trouve l'objection si honorable pour lui , qu'il croirait se faire tort d'y répondre.