POUR LES ÉDITIONS DE 1683 ET
Voici une édition de mes ouvrages beaucoup plu s exacte que les précédentes, qui ont toutes été assez peu correctes. J'y ai joint cinq épitres nouvelles3 que j'avais composées longtemps avant que d'être
1 C'est par erreur que Brossette attribue cette préface à une édition de 1676.
2 Marc-Jérôme Vida, né à Crémone en 1470, a composé un Art Poétique en vers latins. Il mourut évéque d'Albeen I5G6.
3 Les épitres v, VI , vu , vin et rx.
engagé dans le glorieux emploi' qui m'a tiré du métier de la poésie. Elles sont du même style que mes autres écrits , et j'ose me flatter qu'elles ne leur feront point de tort : mais c'est au lecteur à en juger, et je n'emploierai point ici ma préface, non plus que dans mes autres éditions, à le gagner par des flatteries, ou à le prévenir par des raisons dont il doit s'aviser de lui-même. Je me contenterai de l'avertir d'une chose dont il est bon qu'on soit instruit : c'est qu'en attaquant dans mes satires les défauts de quantité d'écrivains de notre siècle, je n'ai pas prétendu pour cela ôter à ces écrivains le mérite et les bonnes qualités qu'ils peuvent avoir d'ailleurs. Je n'ai pas prétendu , dis-je , que Chapelain , par exemple , quoique assez méchant poëte, n'ait pas fait autrefois , je ne sais comment , une assez belle ode 3 ; et qu'il n'y eût point d'esprit ni d'agrément dans les ouvrages de M. Quinault, quoique éloignés de la perfection de Virgile. J'ajouterai même , sur ce dernier, que, dans le temps où j'écrivis contre lui, nous étions tous deux fort jeunes, et qu'il n'avait pas fait alors beaucoup d'ouvrages 4 qui lui ont dans la suite acquis une juste réputation. Je veux bien aussi avouer qu'il y a du génie dans les écrits de Saint- A niant, de Hrébœuf, de Scudéri, et de plusieurs autres que j'ai critiquas, et qui sont en effet d'ailleurs, aussi bien que moi, très-dignes de critique. En un mot, avec la même sincérité que j'ai raillé <■<• qu'ils ont de blâmable, je suis prêt à convenir de ce qu'ils peuvent avoir d'excellent. Voilà , ce me semble , leur rendre justice , et faire bien voir que ce n'est point un esprit d'envie et de médisance qui m'a fait écrire contre eux. Pour revenir à mon édition, outre mon remercîment à l'Académie et quelques épigrammes que j'y ai jointes, j'ai aussi ajoute' au poème du Lutrin deux chants nouveaux qui en font la conclusion. Ils ne sont pas, à mon avis, plus mauvais que les quatre autres chants, et je me persuade qu'ils consoleront aisément les lecteurs de quelques vers que j'ai retranchés à l'épisode de l'IIorlogère, qui m'avait toujours paru un peu trop long. Il serait inutile maintenant, etc. 4.
* Boileau et Racine avaient été nommés historiographes du roi en IC77.
' Adressée au cardinal de Richelieu, et recueillie dans la Bibliothèque portique , t. II, p. 153.
3 Quinaull n'était encore connu que par quelques mauvaises tragédies, lorsque Boileau le nomma dans ses satires.
* Boileau mit depuis le reste de celte préface devant le Lutrin.