‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 163 sur 672 · DISCOURS SUR LA SATIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LA SATIRE

Quand je donnai pour la première fois mes satires au public , je m'étais bien préparé au tumulte que l'impression de mon livre a excité sur le Pâmasse. Je savais que la nation des poètes , et surtout des mauvais poètes » , est une nation farouche qui prend feu aisément , et que ces esprits avides de louanges ne digéreraient pas facilement une raillerie , quelque douce qu'elle pût être. Aussi oserai-je dire , à mon avantage , que j'ai regardé avec des yeux assez stoïques les libelles diffamatoires qu'on a publiés contre moi. Quelques calomnies dont on ait voulu me noircir, quelques faux bruits qu'on ait semés de ma personne , j'ai pardonné sans peine ces petites vengeances au déplaisir d'un auteur irrité qui se voyait attaqué par l'endroit le plus sensible d'un poète , je veux dire par ses ouvrages.

Mais j'avoue que j'ai été un peu surpris du chagrin bizarre de certains lecteurs 2 qui , au lieu de se divertir d'une querelle du Parnasse dont ils pouvaient être spectateurs indifférents , ont mieux aimé prendre parti et s'affliger avec les ridicules , que de se réjouir avec les honnêtes gens. C'est pour les consoler que j'ai composé ma neuvième satire , où je pense avoir montré assez clairement que , sans blesser l'État ni sa conscience , on peut trouver de méchants vers méchants , et s'ennuyer de plein droit à la lecture d'un eot livre. Mais puisque ces messieurs ont parlé de la liberté que je me suis donnée de nommer , comme d'un attentat inouï et sans exemple , et que des exemples ne se peuvent pas mettre en rimes , il est bon d'en dire ici un mot , poulies instruire d'une chose qu'eux seuls veulent ignorer , et leur faire voir qu'en comparaison de tous mes confrères les satiriques j'ai été un poète fort retenu.

Et pour commencer par Lucilius , inventeur de la satire , quelle liberté, ou plutôt quelle licence ne s'est-il point donnée dans ses ouvrages ? Ce n'était point seulement des poètes et des auteurs qu'il attaquait; c'étaient des gens de la première qualité de Rome ; c'étaient des personnes consulaires. Cependant Scipion et Lélius ne jugèrent pas ce poète, tout déterminé rieur qu'il était, indigne de leur amitié : el vraisemblablement , dans les occasions , ils ne lui refusèrent pas leurs conseils sur ses écrits , non plus qu'à Térence. Ils ne s'avisèrent point de prendre le parti de Lupus et de Métellus , qu'il avait joués dans ses satires ; et

1 Ceci regarde particulièrement Cotin , qui avait publié une satire contre l'auteur. (Boil.) 1 Le duc de Montausier.

ils ne crurent pas lui donner rien du leur en lui abandonnant tous les ridicules de la république :

Num Lœlius , et qui Duxit ab oppressa meritum Carthagine nomen , lngenio offensi, aut laeso doluere Metello, Famosisque Lupo cooperto versibus?

Horat. sat. I , lib. II.

En effet , Lucilius n'épargnait ni petits ni grands ; et souvent des nobles et des patriciens il descendait jusqu'à la lie du peuple :

Primores populi arripuit , populumque tributim.

ibid.

On me dira que Lucilius vivait dans une république où ces sortes de libertés peuvent être permises. Voyons donc Horace, qui vivait sous un empereur, dans les commencements d'une monarchie , où il est bien plus dangereux de rire qu'en un autre temps. Qui ne nomme-t-il point dans ses satires ? et Fabius le grand causeur, et Tigellius le fantasque , et Nasidiénus le ridicule , et Nomentanus le débauché , et tout ce qui vient au bout de sa plume. On me répondra que ce sont des noms supposés. Oh ! la belle réponse ! comme si ceux qu'il attaque n'étaient pas des gens connus d'ailleurs : comme si l'on ne savait pas que Fabius était un chevalier romain qui avait composé un livre de droit ; que Tigellius fut en son temps un musicien chéri d'Auguste; que Nasidiénus Rufus était un ridicule célèbre dans Rome ; que Cassius Nomentanus était un des plus fameux débauchés de l'Italie. Certainement il faut que ceux qui parlent de la sorte aient fort peu lu les anciens , et ne soient pas fort instruits des affaires de la cour d'Auguste. Horace ne se contente pas d'appeler les gens par leur nom ; il a si peur qu'on ne les méconnaisse , qu'il a soin de rapporter jusqu'à leur surnom, jusqu'au métier qu'ils faisaient , jusqu'aux charges qu'ils avaient exercées. Voyez , par exemple , comme il parle d'Aulidius Luscus , préteur de Fondi :

Fundos , Aulidio Lusco praetore , libenter Linquimus, insani ridentes praemia scribœ, Prcetextam , et latum clavum , etc.

Sat. v, lib. I.

«Nous abandonnâmes, dit-il, avec joie le bourg de <■ Fondi , dont était préteur un certain Aufidius Luscus ; « mais ce ne fut pas sans avoir bien ri de la folie de ce « préteur, auparavant commis, qui faisait le sénateur et « l'homme de qualité. »

Peut-on désigner un homme plus précisément , et les circonstances seules ne suffisaient-elles pas pour le faire reconnaître? On me dira peut-être qu'Aufidius était mort

SATIRES

alors: mais Horace parle là d'un voyage lait depuis peu. Et puis, comment mes censeurs répondront-Us à cet autre passage?

Turgidus Alpinus jugulât dumMemnona, dumque

DiitiiigitRheni luleum caput, hsc ego ludo. Sat. x, lib. I.

■< Pendant, dit Horace, que ce poète enflé d'Alpinus « égorge Memnon dans son poème , et s'embourbe dans la « description du Rhin, je me joue en ces satires. »

Alpimis vivait donc du temps qu'Horace se jouait en ces satires; et si Alpinus en cet endroit est un nom supposé, l'auteur du poème de Memnon pouvait-il s'y méconnaître? Horace, dira-t-on, vivait sous le règne du plus poli de tous les empereurs : mais vivons-nous sous on règne moins poli? et veut-on qu'un prince qui a tant de qualités communes avec Auguste Boit moins dégoûté que lui des méchants livres, et plus rigoureux envers ceux qui les blâment !

Examinons pourtant Perse , qui écrivait sous le règne de Néron. Il ne raille pas simplement les ouvrages des poètes de son temps: il attaque les vers de Néron même. Car enfin tout le inonde sait, et toute la cour de Néron le savait , que ces quatre vers, Torva Mimalloneis, etc. dont Perse fait une raillerie si amère dans sa première satire, étaient des vers de Néron1. Cependant on ue remarque point (pu- Néron, tout Néron qu'il était, ail (ail punir Perse; et ce tyran, ennemi delà raison et amoureux, comme on sait, de ses ouyrages, lui assez galant bomme pour entendre raillerie sui ses vers, et Décrut pas que l'empereur, en cetl tension, dût prendre les Intérêts du poète.

Pour Fuvénal, qui florissail sous Trajan, il est un peu pins respectueux envers les grands seigneurs de son siècle, il se contente de répandre l'amertume de ses satires sur ceux du règne précédent : mais, à l'égard des auteurs, il ne !' - va point chercher bois de son siècle. \ peine est-il entré en matière, que le voilà en mauvaise humeur contre Ions les écrivains de son temps. Demandez à Ju vénal ce qui l'oblige de prendre la plume. C'esl qu'il est las d'entendre et la Théséideà&Codru&,etl'Oreste de celui-ci, et le Télèphe de cet autre ,e1 tons les poètes enfin, comme il dit

ailleurs, qui récitaient leurs vers au mois d'août, et au-

gusto recitantes mense poetas. Tant il es! \ rai que le droit de blâmer les auteui s esi un droit ancien , passé en coutume parmi tons les satiriques, et soulier! dans tous les

siècles

Que s'il faut venir des anciens aux modernes, Régnier, qui est presque notre seul poète satirique , a été véritablement un peu plus discret que les autres. Cela n'empéche pas néanmoins qu'il ne parle hardiment a de GaUet, ce célèbre joueur qui assignait ses créanciers sur sept et quatorze ; et du sieur de Pio\ \m,qui avait changé son balandran 3 en manteau court; el du Cousin, qui abandonnait sa maison de peur de la réparer; el de Pierre du Puis, et de plusieurs autres.

1 Bayteen doute : voyra le Dictionnaire critique, nu mol P< n Despréaux opposait à cette opinion de Bayle l'autorité de i ancien sooUaste de Perse.

■ Voyw la satire \i\ de Régnier.

1 i ttaque de campagne. (Bon.)

Que répondront à cela mes tenseurs/ Poui peu qu'on les presse, ils chasseront delà républiquedes lettres tous les poètes satiriques, comme autant de perturbateurs du repos public. Mais que diront-ils de Virgile, le -âge, le discret Virgile, qui, dans une églogue ' ou il n'est pas question de satire, tourne d'un seul vers deux poêles de son temps en ridicule?

Qui Bavium non odit , amet tua carmina , Ma \ i ,

dit un berger satirique , dans cette églogue. Et qu'on ne me dise point que Ba vins et Marviusencet endroit sontdei noms supposés, puisque ce serait donner un trop cruel démenti au docte Servius, qui assure positivement le contraire. En un mot, qu'ordonneronl mes censeurs de Catulle, de Martial et de (ou s les poètes de l'antiquité, qui n'en ont pas usé avec plus de discrétion que Vi Que penseront-ils de Voiture , qui n'a point (ait conscience de rire aux dépens du célèbre Neuf-Germain, quoique également recommandable par l'antiquité de sa barbe et par la nouveauté de sa poésie ? Le banniront-ils du Parnasse, lui et tous les poètes de l'antiquité, pour établir la sûreté des sots et des ridicules? si a la < ;. jeme consolerai aisément de mon exil ; il y aura du plaisir a être relégué en si bonne compagnie. Raillerie a part . " - messieurs

veulent-ils être plus sages queScipionetLélins, plus délicats qu'Auguste, plus cruels que Néron3 Mais eux qui

sont si rigoureux envers les critiques, d'où vient cette clémence qu'ils affectent pour les méchants auteurs.' .le vois bien ce qui les afflige: ils ne veulent pas être détrompés.

11 leur lâche d'avoir admiré sérieusement des ouvrages que mes satires exposent a la risée de tout le monde , et de .-,. voir condamnés à oublie!- dans leur vieillesse ces mêmes

vers qu'ils ont autrefois appris par cœur comme des cbefs-

d'œuvre de l'art, .te les plains sans doute : mais quel remède? Paudra-t-il, pour s'accommoder a leur goût particulier, renoncer au sens commun? Fandra-t-il applaudir indifféremment a toutes les impertinences qu'un ridicule aura répandues sur le papier' l'.t au lieu qu'en certains pays2 un condamnait les méchants poètes à effacer leurs écrits avec la langue, les livres deviendront-iJ un asile inviolable où toutes les ,.,itis,.s auront droit dt* bourgeoisie, ou l'on n'osera tout lier sans profanation?

J'aurais bien d'autres choses a dire sur ce sujet : m :,-,

comme j'ai déjà traité cette matière dans ma neuvième satire, il est bon d'y renvoyer le lecteur.

SATIRE 1

Damon , ce grand auteur dont la muse fertile ■ Amusa si longtemps et la COUT et la \ille;

1 Eglog. ni, \ 90.

■ Dans le temple qui est aujourd'hui l'abbaye ifAJnay, i Lyon. Boil.]

l'.ill.Ml U|

! Dgdunciuctn rbeloi dlcliirtu .i<l .ir.nn.

■ii ri > u tel r.T. «s

1 ileuen vu< I elulqul a traduit la Rhti.

d'Aristote. Bon.

Aïais qui , n'étant vêtu que de simple bureau » , Passe l'été sans linge , et l'hiver sans manteau ; Et de qui le corps sec et la mine affamée K'en sont pas mieux refaits pourtant de renommée ; Las de perdre en rimant et sa peine et son bien, D'emprunter en tous lieux , et de ne gagner rien , Sans habits, sans argent, ne sachant plus que faire, Vient de s'enfuir, chargé de sa seule misère ; Et , bien loin des sergents , des clercs et du palais , Va chercher un repos qu'il ne trouva jamais ; Sans attendre qu'ici la justice ennemie L'enferme en un cachot le reste de sa vie , Ou que d'un bonnet vert le salutaire affront J Flétrisse les lauriers qui lui couvrent le front.

Mais le jour qu'il partit, plus défait et plus blême Que n'est un pénitent sur la On du carême, La colère dans l'âme et le feu dans les yeux , Il distilla sa rage en ces tristes adieux : Puisqu'en ce lieu, jadis aux muses si commode, Le mérite et l'esprit ne sont plus à la mode ; Qu'un poète , dit-il , s'y voit maudit de Dieu , Et qu'ici la vertu n'a plus ni feu ni lieu ; [roche

Allons du moins chercher quelque antre ou quelque D'où jamais ni l'huissier ni le sergent n'approche ; Et , sans lasser le ciel par des vœux impuissants , Mettons-nous à l'abri des injures du temps, Tandis que, libre encor malgré les destinées, Mon corps n'est point courbé sous le faix des années , Qu'on ne voit point mes pas sous l'âge chanceler, Et qu'il reste à la Parque encor de quoi filer : C'est là dans mon malheur le seul conseil à suivre. Que George vive ici , puisque George y sait vivre , Qu'un million comptant, par ses fourbes acquis, De clerc , jadis laquais , a fait comte et marquis : Que Jaquin vive ici , dont l'adresse funeste A plus causé de maux que la guerre et la peste; Qui de ses revenus écrits par alphabet Peut fournir aisément un Calepin complet 3 , Qu'il règne dans ces lieux ; il a droit de s'y plaire. Mais moi , vivre à Paris! Eh! qu'y voudrais-je faire ? Je ne sais ni tromper, ni feindre , ni mentir ; Et , quand je le pourrais , je n'y puis consentir. Je ne sais point en lâche essuyer les outrages D'un faquin orgueilleux qui vous tient à ses gages , De mes sonnets flatteurs lasser tout l'univers , Et vendre au plus offrant mon encens et mes vers :

1 Sorte de bure , étoffe grossière.

2 Du temps que celte satire fut faite , un débiteur insolvable pouvait sortir de prison en faisant cession, c'est-a-dire en souffrant qu'on lui mit , en pleine rue , un bonnet vert sur la tète. (Boil.)

(V. Pasquier, Recherches de la France, liv. IV, ch. x.) s Dictionnaire volumineux composé par AmbroiseCalepine , ou de Calepio , né a Bergame en 1435.

Pour un si bas emploi ma muse est trop altière. Je suis rustique et fier, et j'ai l'âme grossière : Je ne puis rien nommer, si ce n'est par son nom ; J'appelle un chat un chat , et Piolet un fripon ». De servir un amant , je n'en ai pas l'adresse ; J'ignore ce grand art qui gagne une maîtresse ; Et je suis , à Paris , triste , pauvre et reclus , Ainsi qu'un corps sans âme , ou devenu perclus.

Mais pourquoi , dira-t-on , cette vertu sauvage Qui court à l'hôpital , et n'est plus en usage? La richesse permet une juste Gerté ; Mais il faut être souple avec la pauvreté : C'est par là qu'un auteur que presse l'indigence Peut des astres malins corriger l'influence, Et que le sort burlesque , en ce siècle de fer, D'un pédant, quand il veut, sait faire un ducet pair ». Ainsi de la vertu la fortune se joue : Tel aujourd'hui triomphe au plus haut de sa roue, Qu'on verrait, de couleurs bizarrement orné , Conduire le carrosse où l'on le voit traîné , Si dans les droits du roi sa funeste science Par deux ou trois avis n'eût ravagé la France. Je sais qu'un juste effroi l'éloignant de ces lieux , L'a fait pour quelques mois disparaître à nos yeux : Mais en vain pour un temps une taxe l'exile ; On le verra bientôt , pompeux en cette ville , Marcher encor chargé des dépouilles d'autrui , Et jouir du ciel même irrité contre lui ; Tandis que Colletet , crotté jusqu'à l'échiné 3 , S'en va chercher son pain de cuisine en cuisine , Savant en ce métier, si cher aux beaux esprits , Dont Montmaur autrefois fit leçon dans Paris *.

Il est vrai que du roi la bonté secourable Jette enfin sur la muse un regard favorable , Et , réparant du sort l'aveuglement fatal , Va tirer désormais Phébus de l'hôpital.

On doit tout espérer d'un monarque si juste : Mais , sans un Mécénas , à quoi sert un Auguste? Et fait comme je suis, au siècle d'aujourd'hui , Qui voudra s'abaisser à me servir d'appui ? Et puis , comment percer cette foule effroyable De rimeurs affamés dont le nombre l'accable -,

1 Celui dont il s'agit ici fut condamné dans la suite à faire amende honorable, et banni à perpétuité. (Boil.) — Charles Rolet était un procureur fort décrié. Le président de Lamoignon , pour désigner un fripon insigne , disait : C'est un Rolet.

2 Louis Barbier, abbé de la Rivière , d'abord récent au collège du Plessis, puis aumônier de Gaston , duc d'Orléans , fut fait évoque de Langres, duc et pair, en 1665.

3 C'est de François Colletet qu'il s'agit ici. Son père, mort dès l'année 1659, avait été remplacé à l'Académie française par Gilles Boileau.

4 Pierre de Montmaur, parasite célèbre, né dans la Marche, fut successivement charlatan a Avignon , avocat et poète a Paris . et professeur de langue grecque au Collège Royal.

SATIRES

Qui, dès que sa main s'ouvre, y courent les premiers, Et ravissent un bien qu'on devait aux derniers; Comme on voit les frelons , troupe lâche et stérile, Aller piller le miel que l'abeille distille? Cessons donc d'aspirer à ce prix tant vanté Que donne la faveur à l'importunité.

Saint-Amant n'eut du ciel que sa veine en partage : L'habit qu'il eut sur lui fut son seul héritage, Un lit et deux placets composaient tout son bien ;

< )u pour ni mieux parler, Saint- Amant n'avait rien '. Mais quoi ! las de traîner une vie importune,

î! en^a^ea ce rien pour chercher la fortune ,

Et , tout chargé de vers qu'il devait mettre au jour,

Conduit d'un vain espoir, il parut à la cour.

Qu'arriva-t-il enfin de sa muse abusée ?

Il en revint couvert de honte et de risée * ;

Et la fièvre , au retour terminant son destin ,

Fit par avance en lui ce qu'aurait fait la faim.

Un poëte à la cour fut jadis à la mode ;

Mais des fous aujourd'hui c'est le plus incommode :

El l'esprit le plus bPau, l'auteur le plus poli,

N'y parviendra jamais au sort de l'Angeli3.

Faut-il donc désormais jouer un nouveau rôle? I » . -i — î * • . las d'Apollon, recourir à Barthole *? Et, feuilletant Louet allongé par Brodeau, D'une robe à longs plis balayer le barreau ? Mais .1 ce seul penser je sens que je m'égare. Moi! que j'aille crier dans ce pays barbare, ( )n l'on voit tous les jours l'innocence aux abois Errer dans les détours d'un dédale de lois , Et , dans l'amas confus des chicanes énormes, ( le qui fut blanc au fond rendu noir par les formes ; Où Patru gagne moins ipi'Iluot et le Mazier5, Et dont les Cicérons se font chez Pé-Fournier6! Avant qu'un tel dessein m'entre dans la pensée,

< >n pourra voir la Seine à la Saint-Jean glacée, Amauld à Charenton devenir huguenot 7 ,

■ Marc-Antoine-Gérard «le Saint-Amant passa la plus grande partie de sa vie a voyager, etàfairedemauvais vers, il mourut pauvre «t méprisé, en ioco.

- il s'y était présenté avec on poème de la Lun«,oùil louait surtout Sa Majesté de ce qu'elle Bavait parfaitement nager.

' i ' UigelJ . né d'une famille noble, mais pau> re, suivit le

prince de Condé dans ses campagnes de Flandre, comme valet

d'écurie. De retour en France, le prince présenta l'Angeli a

Louis xtil . qui . charmé des saillit s de son esprit, l'attacha a

rvice en qualité de/ou.

' Barthole, Louet, Brodeau, Jurisconsultes et arréttstes faim m.

L'indigenceet la probité de Patru sont passées en proverbe, tandis que Boileau a flétri la richesse de Huot et le tfazii r, i"-u délicats sur le choix de leurs causes.

'' Pierre F nier, procureur au parle ni, signait P. Four- ■

pour se distinguer de quelques-uns deses confrères qui portaient le même nom : on ne l'appela plus que Pé-Fournù r. \

' â.ntolne Arnauld, qu'on appelante grand Irnauld, a publié ! plusieurs ouvrages éloquents contre les calvinistes.

Saint-Sorlin janséniste , et Saiut-Pavin bigot ' .

Quittons donc pour jamais une ville importune Où l'honneur a toujours guerre avec la fortune; Où le vice orgueilleux s'érige en souverain , Et va la mitre en tête et la crosse a la main ; Où la science , triste , affreuse , délai1- - Est partout des bons lieux comme infâme chassée ; Où le seul art en vogue est l'art de bien voler ; Où tout me choque enfin , où... Je n'ose parler. Et quel homme si froid ne serait plein de bile A l'aspect odieux des mœurs de cette ville? Qui pourrait les souffrir ? et qui, pour les blâmer, Malgré muse et Phéhus n'apprendrait à rimer? Non , non ; sur ce sujet pour écrire avec gr. Il ne faut point monter au sommet du Parnasse, Et , sans aller rêver dans le double vallon , La colère suffit, et vaut un Apollon.

Tout beau , dira quelqu'un , vous entrez en furie. A quoi bon ces grands mots ; doucement, je vousprie : Ou bien montez en chaire ; et là , comme un docteur, Allez de vos sermons endormir l'auditeur : C'est là que bien ou mal on a droit de tout dire.

Ainsi [tarie un esprit qu'irrite lasatire, Qui contre ses défauts croit être en sûreté En raillant d'un censeur la triste austérité; [se, Qui fait l'homme intrépide, et. tremblant de faibles- Attend pour croire en Dieu que la fièvre le presse ; Et , toujours dans l'orage au ciel levant les mains , Dès que l'air est calmé, rit des faibles humains. Car, de penser alors qu'un Dieu tourne le monde . Et règle les ressorts de la machine ronde , Ou qu'il est une vie au delà du trépas , C'est là , tout haut du moins, ce qu'il n'avouera pas.

Pour moi qu'en santé même un autre mondeétonne, Qui crois l'âme immortelle , et que c'est Dieu qui toti- 11 vautmieux pour jamais me bannirde ce lieu: [ne, Je me retire donc. Adieu, Paris, adii u

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