‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 162 sur 672 · DISCOURS AU ROI · texte numérisé non relu

DISCOURS AU ROI

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Tous ces gens, éperdus au seul nom de satire , Font d'abord le procès à quiconque ose rtre :

al eux que l'on voit, d'un discours insensé, Publier dans Paris que tout est renversé, Au moindre bruit quicourt qu'un auteur les menace Déjouer des bigots la trompeuse grimace; Pour eux un tel ouvrage est un monstre odieux ; C'est offenser les lois, c'est s'attaquer aux cieux : Mais, bien qued'un faux zèle ils masquent leur faibles- Chacun voit qu'en effet la vérité les blesse : [se , En vain d'un lâche orgueil leur esprit revêtu Se couvre du manteau d'une, austère vertu ; Leur coeur, qui se connaît, et qui fuit la lumière, S'il se moque de Dieu , craint Tartufe « et Molière.

Mais pourquoi sur ce point sans raison m'écarter? Grand roi, c'est mon défaut, je ne saurais flatter : .le ne sais point au eiel placer un ridicule , D'un nain faire un Atlas, ou d'un lâche un Hercule ; Et , sans cesse en esclave à la suite des grands , A des dieux sans vertu prodiguer mon encens. Ou ne me verra point, d'une veine forcée, Même pour te louer déguiser ma pensée; Et, quelque grand que soit ton pouvoir souverain. Si mon cœur en ces \ers ne parlait par ma main, Il n'esl espoir de biens , ni raison, ni maxime, Qui pût eu ta faveur m'arracher une rime.

Mais lorsque je te vois , d'une si noble ardeur,

1 Molière, en ce temps-là, fit jouer son Tartufe. ("Bon.). —La défense déjouer Tartufe, compose en iggi, De fut levée

qu'i n 1669.

l'appliquer sans relâche aux soins de ta grandeur, Faire honte a ces rois que le travail étonne, ht qui sont accablés (lu faix de leur couronne; Quand je vois ta sagesse, en ses justes projets, I j'une heureuse abondance enrichir tes sujet - . Fouler aux pieds l'orgueil et du Tage et du Tibre ' . iNous faire de la mer une campagne libre ' , Et, tes braves guerriers secondant ton grand cœur, Rendre à l'aigle éperdu sa première vigueur : La France sous tes lois maîtriser la Fortune, Et nos vaisseaux, domptant l'un et l'autre Neptune, Psous aller chercher l'or, malgré l'onde et le vent , Aux lieux où le soleil le forme en se levant . Alors, sans consulter si Phébus l'en avoue, Ma muse tout en feu me prévient et te loue.

Mais bientôt la raison arrivant au secours Vient d'un si beau projet interrompre le cours, Et me fait concevoir, quelque ardeur qui m'emporte, Que je n'ai ni le ton, ni la voix assez forte. Aussitôt je m'effraye , et mon esprit troublé Laisse là le fardeau dont il est accablé ; Et , sans passer plus loin , finissant mon ouvrage , Comme un pilote en mer, qu'épouvante l'orage, Dès que le bord paraît , sans songer où je suis , Je me sauve à la nage , et j'aborde où je puis.

1 Le roi se fit faire satisfacUon , dans ce temps-là, des deux insultes faites a ses ambassadeurs a Rome et a Londres ; et ses troupes , envoyées au secours de l'empereur, délirent les Turcs sur les bords du Raab. 'Bon..)

2 Allusion à la victoire remportée en 1665 par le duc de Beaufort sur les corsaires de l'Afrique.

SATIRES

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