FIN DES SATIRES
ÉPITRES
EPITRE r.
AVERTISSEMENT'
Je m'étais persuadé que la fable de l'huître, que j'avais mise à la lin de celte épilre au roi, pourrait y délasser agréablemenl les lecteurs, qu'on sublime trop sérieux peut enfin fatiguer, joint que la correction que j'y avais mise semblait nie mettre à couver! «l'une faute dont je faisais voir que je m'apercevais le premier : mais j'avoue qu'il y a eu des personnes de bon sens qui ne l'ont pas approuvée. J'ai néanmoins balancé longtemps si je roterais, paire qu'il y en avait plusieurs qui la louaient avec autant d'excès que les autres la blâmaient ; mais enfin je me suis rendu a l'autorité d'un prince ! non moins considérable par les lumières de son esprit que par le nombre de ses victoires. Comme il m'a déclare franchement que celte fable, quoique très-bien contée . m loi semblait pas digne dn reste de l'ouvrage, je n'ai point résisté ; j'ai mis une nous elle fin ' à ma pièce, el je n'ai pa « m , pour une vingtaine de vers, devoir me brouiller avec le premier capitaine de notre siècle, au reste, je suis bien aise d'avertir le lecteur qu'il y a quantité de pièces impertinent.'- qu'on s'efforce de faire courir sous mon nom, et entre antres une satire contre les maltôtes ecclésiastiques à. Je ne crains pas que les habiles gens m'attribuent toutes ces pièces, pane que mon st\|e, bon ou mauvais , est aisé à reconnaître; mais cemme le nombre des sots est grand, el qu'ils pourraient aisément s'y méprendre, il est bon de leur faire Bavoir que, hors les onze pièces qui sont dans ce livre, il n'y a rien de moi entre les mains du public, ni imprime ni en manuscrit.
AU ROI
Grand roi, c'est vainement qu'abjurant la satire Pour toi seul désormais j'avais fait vœu d'écrire. Des que je prends la plume, Apollon éperdu
• luire fut présentée an roi, par mesdames de Thiange H di Montespan, un an environ après la signature du traite d'Ali la i hapelle.
irertlssemenl fut mis i o [«79 a la tête de la sec le
édition de la première épitre.
idé
■ i • - quarante derniers vers.
■ On attribue cette pièce au P. Louis Sanlecque, chanoine de Sainte-Geneviève, et prieur de Garnai, près de Dreux I epen.i.uit elle ne se trouve pas dans le recueil de ses oeuvres
Semble me dire : Arrête , insensé ; que fais- tu ? Sais-tu dans quels périls aujourd'hui tu t'engages? Cette mer ou tu cours est célèbre en naufrag
Ce n'est pas qu'aisément , commeun autre , à ton Je ne pusse attacher Alexandre et César ; [char
Qu'aisément je ne pusse , en quelque ode insipide . T'exalter aux dépens et de Mars et d'Alcide; Te livrer le Bosphore, et, diin vers incivil, Proposer au sultan de te céder le Nil : Mais , pour te bien louer, une raison sévère Me dit qu'il faut sortir de la route vulgaire ; Qu'après avoir joué tant d'auteurs différents . Phébus même aurait peur s'il entrait sur les rr:: Que par des vers tout neufs , avoués du Parnasse , Il faut de mes desoùts justifier l'audace : Et , si ma muse enfin n'est égale à mon roi , Que je prête aux Cotins des armes contre moi.
Est-ce là cet auteur, l'effroi de la Pucelle , Qui devait des bons vers nous tracer le mod Ce censeur, diront-ils, qui nous réformait tous? Quoi ! ce critique affreux n'en sait pas plusque nous? N'avons-nous pas cent fois, en faveur de la France, Comme lui dans nos vers pris Memphis et Byzance , Sur les bords de l'Euphrate abattu le turban , Et coupé , pour rimer, les cèdres du Liban n De quel front aujourd'hui vient-il sur nos brisées. Se revêtir encor de nos phrases usées?
Que répondrais-je alors? Honteux et rebute, J'aurais beau me complaire en ma propre beauté . Et , de mes tristes vers admirateur unique , Plaindre, en les relisant , l'ignorance publique : Quelque orgueil en secret dont s'aveugle un auteur. Il est fâcheux , grand roi , de se voir sans lecteur. Et d'aller, du récit de ta gloire immortelle , Habiller chez Francoeur ' le sucre el la cannelle. Ainsi . craignanl toujours un funeste accidi J'imite de Courait J le silence prudent :
1 Fameux épicier. Bon..' — Son \erit iblc ii'in. Julienne, et s.i demeure était dans la rue Saint-Honoré, devant b Croix du i rahoir, s Pense igné du Franc-4 œox. • nom avoit été donné à un de ses ; a Henri m, dont
il était le fruitier.
i m académicien qui n'a |am e* ri--' i écrit. Bon
ValenUn Oonrarl . né en 1603, mort en 1636, peut être reg comme l'un des fondateurs de l'Académie française, s.m cabine! servit . pour ainsi dire, de berceau à cette grande institution
Je laisse aux plus hardis l'honneur de la carrière, Et regarde le champ , assis sur la barrière.
Malgré moi toutefois un mouvement secret Vient flatter mon esprit , qui se tait à regret. Quoi! dis-je tout chagrin, dans ma verve infertile, Des vertus de mon roi spectateur inutile, Eaudra-t-il sur la gloire attendre à m'exercer Que ma tremblante voix commence à se glacer? Dans un si beau projet , si ma muse rebelle N'ose le suivre aux champs de Lille et de Bruxelle, Sans le chercher aux bords de l'Escaut et du Rhin , La paix l'offre âmes yeux plus calme et plus serein. Oui , grand roi , laissons là les sièges , les batailles : Qu'un autre ailleen rimant renverser desmurailles: Et souvent , sur tes pas marchant sans ton aveu , S'aille couvrir de sang, de poussière et de feu. A quoi bon , d'une muse au carnage animée , Échauffer ta valeur, déjà trop allumée?
Jouissons à loisir du fruit de tes bienfaits, Et ne nous lassons point des douceurs de la paix.
Pourquoi ces éléphants, ces armes, ce bagage, Et ces vaisseaux tout prêts à quitter le rivage? Disait au roi Pyrrhus un sage confident1, Conseiller très-sensé d'un roi très-imprudent. Je vais , lui dit ce prince, à Rome où l'on m'appelle. — Quoi faire? — L'assiéger. — L'entreprise est fort belle , Et digne seulement d'Alexandre ou de vous : Mais , Rome prise enfin, seigneur, où courons-nous? — Du reste des Latins la conquête est facile. — Sans cloute , on les peut vaincre : est-ce tout ? — La Sicile De là nous tend les bras , et bientôt sans effort Syracuse reçoit nos vaisseaux dans son port. — Bornez-vous là vos pas? — Dès que nous l'aurons prise, Il ne faut qu'un bon vent , et Carthage est conquise. Lescheminssontouverts:qui peut nous arrêter? — Je vous entends, seigneur, nous allons tout dompter : Nous allons traverser les sables de Libye, Asservir en passant l'Egypte, l'Arahie, Courir de là le Gange en de nouveaux pays , Faire trembler le Scythe aux bords du Tanaïs , Et ranger sous nos lois tout ce vaste hémisphère. Mais , de retour enfin , que prétendez-vous faire ? — Alors, cher Cinéas, victorieux, contents, Nous pourrons rire à l'aise , et prendre du bon temps. — Eh ! seigneur, dès ce jour, sans sortir de l'Épire , Du matin jusqu'au soir qui vous défend de rire?
Le conseil était sage et facile à goûter : Pyrrhus vivait heureux , s'il eût pu l'écouter. Mais à l'ambition d'opposer la prudence, C'est aux prélats de cour prêcher la résidence.
Ce n'est pas que mon cœur, du travail ennemi ,
• Plutaruue, dans la vie de Pyrrhus. <Boil.)
Approuve un fainéant sur le trône endormi : Mais, quelques vains lauriers que promette la guerre, On peut être héros sans ravager la terre. Il est plus d'une gloire. En vain aux conquérants L'erreur, parmi les rois , donne les premiers rangs ; Entre les grands héros ce sont les plus vulgaires. Chaque siècle est fécond en heureux téméraires ; Chaque climat produit des favoris de Mars ; La Seine a des Bourbons , le Tibre a des Césars : On a vu mille fois des fanges Méotides Sortir des conquérants goths, vandales , gépides : Mais un roi , vraiment roi , qui , sage en ses projets , Sache en un calme heureux maintenir ses sujets, Qui du bonheur public ait cimenté sa gloire, Il faut, pour le trouver, courir toute l'histoire. La terre compte peu de ces rois bienfaisants ; Le ciel à les former se prépare longtemps. Tel fut cet empereur ■ sous qui Rome adorée Vit renaître les jours de Saturne et deRhée ; Qui rendit de son joug l'univers amoureux; Qu'on n'alla jamais voir sans revenir heureux; Qui soupirait le soir, si sa main fortunée N'avait par ses bienfaits signalé la journée. Le cours ne fut pas long d'un empire si doux, [nous? Mais où cherché-je ailleurs ce qu'on trouve chez Grand roi , sans recourir aux histoires antiques , Ne t'avons-nous pas vu dans les plaines belgiques , Quand l'ennemi vaincu , désertant ses remparts, Au devant de ton joug courait de toutes parts , Toi-même te borner au fort de ta victoire , Et chercher dans la paix 2 une plus juste gloire? Ce sont là les exploits que tu dois avouer ; Et c'est par là , grand roi , que je te veux louer. Assez d'autres, sans moi, d'un style moins timide. Suivront au champ de Mars ton courage rapide , Iront de ta valeur effrayer l'univers , Et camper devant Dole3 au milieu des hivers. Pour moi , loin des combats , surun ton moins terri- Je dirai les exploits de ton règne paisible : [ble . Je peindrai les plaisirs en foule renaissants, Les oppresseurs du peuple à leur tour gémissants. On verra par quels soins ta sage prévoyance Au fort de la famine < entretint l'abondance : On verra les abus par ta main réformés , La licence et l'orgueil en tous lieux réprimés5 ; Du débris des traitants ton épargne grossie 6 ;
« Titus. (Bon..) — Suet. Vit. TU. cap. VH1.
2 La paix de 1668. (Boil.)
3 Le roi venait de conquérir la Franche-Comté en plein hiver. (Boil.)
4 Ce fut en 1663. (Bon..)
'■> Plusieurs édits donnés pour réformer le luxe. (Boil.) 6 La chambre de justice. (Boil)