ÉP1TRE IV
AVERTISSEMENT1
.le oe sais si les rangs de ceux qui passèrent le Rhin a 1.1 nage devant Tholus sorti fort exactement gardés dans le poème que i>' donne an public ; et je n'en voudrais pas rant , parce que franchement je n'j étais pas, el que je n'en suis encore (pic fort médiocrement instruit. Je viens même d'apprendre en ce moment que m. de Soubise ', dont je ne parle point, est un de ceux qui s'y esl !-■ pins signalé, .le m'imagine qu'il en est ainsi lie beaucoup d'autres, et j'espère de leur faire justice
s-M, nuire le Tellier, archevêque de Reims, mort <-n 1710, a l'âge île soixante-neuf ans , ne concevait | nu-ut on pouvait vivre sans avoir cent mille cens de rente, lu Jour qu'il s'informait île la probité île quelqu'un : Monsei- « pu ur, lui répondit Boileau, il s'en faut de quatre mille livres i île rente qu'il suit ho le d'honneur. »
rimé en 1072 a la trie del'épilre IV.
ois de Rohan, prince île Soubise, passa le Rhin a la
i tête des gendarmes de la garde dont il était caplt une-lieutenant. Il mourut danssaquatre-vingt-unlêmei r
dans une autre édition. Tout ce que je sais, c'est que ceux dont je fais mention mit passé des premiers. Je ne me déclare donc caution que de l'histoire du lleuve en colère» que j'ai apprise d'une de ses naïades, qui s'est réfugiée dans la Seine. J'aurais bien pu parler aussi de la fameuse rencontre qui suivit le passage : mais je la réserve pour un poème a part, ("est la que j'espère rendre aux mânes île \i. île LonguevUle1 Phonneui que Ion écrivains lui doivent, et que je pemdni cette victoire qui fut arrosée du plus illustre sang de l'univers; il faut un peu reprendre haleine pour cela.
AU ROI
En vain pour te louer ma muse toujours prête Vingt fois de la Hollande a tenté la conquête : Ce pays, où cent murs n'ont pu te résister, Grand roi , n'est pas en vers si facile à dompter. Des villes que tu prends les noms durs et barbares N'offrent de toutes parts que syllabes bizarres ; Et, l'oreille effrayée, il faut, depuis l'Issel 2, Pour trouver un beau mot, courir jusqu'au Tessel 3. Oui , partout de son nom chaque place munie fient bon contre le vers , en détruit l'harmonie. Et qui peut sans frémir aborder Woérden • ? Quel vers ne tomberait au seul nom de Beusden !j ? Qu'elle muse à rimer en tous lieux disposée ( Iserait approcher des bords du Zuiderzée 6? Comment en vers heureux assiéger Doésbour' . Zutphen , Wageninghen , Barderwic , Knotzembourg " Il n'est fort, entre ceux que tu prends par centaines, Qui ne puisse arrêter un rimeur six semaines : Et partout sur le Whal , ainsi que sur le Leck 8 , Le vers est en déroute , et le poète à sec. [pides , Encor si tes exploits , moins grands et moins ra- Laissaient prendre courage à nos inuses timides , Peut-être avec le temps . a force d'y rêver, Par quelque coup de l'art nous pourrions nous sauver. Mais , des qu'on veut tenter cette vaste carrière , Pégase s'effarouche et recule en arrière : Mon Apollon s'étonne; et Nimègue est a loi.
1 Charles Paris de l onguei Die entra d'il I dans \'< I
clésiasUque . qu'il ne tarda pas de quitter pour sni\ re la carrière dis armes. Il péril en 1675 du Khin.aumoiie'iii ou il allait être élu roi de Pologne.
• Rivière des Pays-Bas, qui se jette dans V 2 iprès avoir reçu les eaux du Rhin par le canal de Drusus.
Petite île a l'embouchure do Zulderxée.el h dix-huit lieue» rdam.
4 Ville de II lia. é le, sur le Rhin. '• //. usdt a est près de la M< tu
s Le Zulderaèe, ou mer du Sud . est un grand gotfe sHué entre les provinces rie Frise, d'Over-Iasel, deGueldre et de Hollande.
\ illes de Hollande,
• Deux branches do Rhin , qui se mêlent avec la Meuse
\ [Ile considérable, capitale du duché de (iucldre. Kl le fui
Que ma muse est encore au camp devant Orsoi '.
Aujourd'hui toutefois mon zèle m'encourage : Il faut au moins du Rhin tenter l'heureux passage. Un trop juste devoir veut que nous l'essayions. Muses , pour le tracer cherchez tous vos crayons ; Car, puisque en cet exploit tout paraît incroyable , Que la vérité pure y ressemble à la fable, De tous vos ornements vous pouvez l'égayer. Venez donc , et surtout gardez bien d'ennuyer : Vous savez des grands vers les disgrâces tragiques; Et souvent on ennuie en termes magnifiques.
Au pied du mont Adule 2 , entre mille roseaux , Le Rhin tranquille et fier du progrès de ses eaux , Appuyé d'une main sur son urne penchante , Dormait au bruit flatteur de son onde naissante : Lorsqu'un cri , tout à coup suivi de mille cris , Vient d'un calme si doux retirer ses esprits. Il se trouble , il regarde , et partout sur ses rives Il voit fuir à grands pas ses naïades craintives, Qui toutes accourant vers leur humide roi , Par un récit affreux redoublent son effroi. Il apprend qu'un héros , conduit par la victoire , A de ses bords fameux flétri l'antique gloire ; Que Pdieinberg et Wesel, terrassés en deuxjours 3, D'un joug déjà prochain menacent tout son cours. Nous l'avons vu , dit l'une, affronter la tempête De cent foudres d'airain tournés contre sa tête. Il marche vers Tholus •* , et tes flots en courroux Au prix de sa fureur sont tranquilles et doux. Il a de Jupiter la taille et le visage ; Et, depuis ce Romain dont l'insolent passage Sur un pont en deux jours 5 trompa tous tes offorts , Jamais rien de si grand n'a paru sur tes bords.
Le Rhin tremble et frémit à ces tristes nouvelles; Le feu sort à travers ses humides prunelles, [mois 6 C'est donc trop peu, dit-il, que l'Escaut en deux Ait appris à couler sous de nouvelles lois ; Et de mille remparts mon onde environnée De ces fleuves sans nom suivra la destinée ! Ah! périssent mes eaux! ou par d'illustres coups Montrons qui doit céder des mortels ou de nous.
A ces mots , essuyant sa barbe limoneuse,
prise le 3 juillet 1072, après six jours de siège. La paix générale y fut conclue en I67S-1679.
1 Ville du duché de Clèves.
* Montagne d'où le Rhin prend sa source. (Boil.) Le mont Saint-Gothard, que les anciens appelaient Adula.
* Villes sur le Rhin.
4 Ou Tolhuys, village sur le Rhin, au-dessous du fort de Sclienck. C'est là que s'effectua le passage du fleuve, le Ier juin 1G72.
5 Jules César. (Boil.) — Il passa deux fois le Rhin pour aller châtier les peuples d'Allemagne qui avaient envoyé du secours aux Gaulois.
6 En 1657, Louis XIV avait conquis la Flandre espagnole qu'arrose l'Escaut.
Il prend d'un vieux guerrier la figure poudreuse. Son front cicatrisé rend son air furieux; Et l'ardeur du combat étincelle en ses yeux. En ce moment il part ; et , couvert d'une nue , Du fameux fort de Schenck prend la route connue. Là , contemplant son cours, il voit de toutes parts Ses pâles défenseurs par la frayeur épars : II voit cent bataillons qui , loin de se défendre , Attendent sur des murs l'ennemi pour se rendre. Confus, il les aborde; et renforçant sa voix : Grands arbitres, dit-il, des querelles des rois, Est-ce ainsi que votre âme, aux périls aguerrie, Soutient sur ces remparts l'honneur et la patrie « ? Votre ennemi superbe , en cet instant fameux, Du Rhin , près de Tholus , fend les flots écumeux : Du moins en vous montrant sur la rive opposée jVoseriez-vous saisir une victoire aisée? Allez , vils combattants , inutiles soldats; Laissez là ces mousquets trop pesants pour vos bras ; Et, la faux à la main , parmi vos marécages , Allez couper vos joncs et presser vos laitages; [vrir, Ou , gardant les seuls bords qui vous peuvent cou- Avec moi , de ce pas , venez vaincre ou mourir.
Ce discours d'un guerrier que la colère enflamme Ressuscite l'honneur déjà mort en leur âme ; Et , leurs cœurs s'allumant d'un reste de chaleur, La honte fait en eux l'effet de la valeur. Ils marchent droit au fleuve , où Louis en personne, Déjà prêt à passer, instruit, dispose, ordonne. Par son ordre Gramont 2 le premier dans les flots S'avance, soutenu des regards du héros; Son coursier, écumant sous son maître intrépide, Nage tout orgueilleux de la main qui le guide. Revel 3 le suit de près : sous ce chef redouté Marche des cuirassiers l'escadron indompté. Mais déjà devant eux une chaleur guerrière Emporte loin du bord le bouillant Lesdiguière ■*, Vivonne 5, Nantouillet 6 , et Coislin, et Salart : Chacun d'eux au péril veut la première part ;
1 II y avait sur les drapeaux des Hollandais : Pro honore H patrià. (Boil.)
2 Monsieur le comte de Guiche. (Boil.) — « Le comte de « Guiche (tils du maréchal de Gramont; a fait une action dont «le succès le couvre de gloire; car, si elle eût tourné autrece ment, il eut été criminel. Il se charge de reconnaître si la « rivière est guéahle; il dit que oui : elle ne l'est pas; des es- « cadrons entiers passent à la nage, sans se déranger. Il est « vrai qu'il passe le premier : cela ne s'est jamais hasardé ; « cela réussit , il enveloppe des escadrons et les force a sa « rendre, etc. » (Madame de sévicné, Lett. du 3 juillet 1672.)
3 Le marquis de Revel, frère du comte de Broglie, reçut trois coups d'épée dans l'action qui sui\ il le passage du Rhin.
i Monsieur le comte de Saux. (BoiL.j
5 Depuis maréchal de France.
6 Le chevalier de ^Nantouillet, ami particulier de l'auleur, ainsi que M. de Vivonne.
EPITRES
Vendôme • , que soutient l'orgueil de sa naissance, Au même instant dans l'onde impatient s'élance : La Salle, Béringhen, Nogent, d'Ambre, Cavois, Fendent les flots tremblants sous un si noble poids. Louis , les animant du feu de son courage , Se plaint de sa grandeur qui l'attache au rivage. Par ses soins cependant trente légers vaisseaux • D'un trancbant aviron déjà coupent les eaux : Cent guerriers s'y jetant signalent leur audace. Le Rbin les voit d'un œil qui porte la menace ; Il s'avance en courroux. Le plomb vole à l'instant , Et pieut de toutes parts sur l'escadron flottant. Du salpêtre en fureur l'air s'échauffe et s'allume, Et des coups redoublés tout le rivage fume. Déjà du plomb mortel plus d'un brave est atteint : Sous les fougueux coursiers l'onde écume et se plaint. De tant de coups affreux la tempête orageuse Tient un temps sur les eaux la fortune douteuse; Mais Louis d'un regard sait bientôt la fixer : Le destin à ses yeux n'oserait balancer. Bientôt avec Gramont courent Mars et Bellone; Le Rhin à leur aspect d'épouvante frissonne : Quand , pour nouvelle alarme à ces esprits glacés, Un bruits'épand qu'Enghien etCondésontpassés3; Condé, dont le seul nom fait tomber les murailles, Force les escadrons et gagne les batailles ; Enghien , de son hymen le seul et digne fruit, Par lui dès son enfance à la victoire instruit. L'ennemi renversé fuit et gagne la plaine : Le dieu lui-même cède au torrent qui l'entraîne; Et seul , désespéré , pleurant ses vains efforts , Abandonne à Louis la victoire et ses bords.
Du fleuve ainsi dompté la déroute éclatante A Wurts < jusqu'en son camp va porter l'épouvante: Wurts, l'espoir du pays, et l'appui de ses murs, Wurts... Ah! quel nom, grand roi, quel Hector que ce Sans ce terrible nom , mal né pour les oreilles , [Wurts ! Que j'allais à tes yeux étaler de merveilles! Bientôt on eûl vu Schenck dans mes vers emporté, De ses fameux remparts démentir la fierté 5 : Bientôt. . . Mais Wurts s'oppose à l'ardeur qui m'ani- Finissons, il est temps : aussi bien si la rime [me.
« Depuis Krand prieur «le France. Il n'avait que dix-sept ans alors, et prit à l'ennemi un drapeau et un étendard.
1 Le roi quand il passa le Rhin, lit amener un très-grand
nombre dé bateaux de cuivre, qu'on avait été plu> de deux
onstrujre, et sur un desquels même If. le Prince et
M. le Duc passèrent. <Boil.) —L'inventeur de ces bateaux ou
pontons de cuivre se nommait Martinet.
1 Louis de Bourbon, prince de Condé, fut un des plus grands capitaines de 1'Kurope, et mourut le n décembre ]»<;. — Henri-Joies de Bourbon, duc d'Engbien, sonlils, mourut le I" avril 170».
4 Commandant de l'année ennemie. iBoil.)
N passait, dans le pays, pour imprenable. ton \ m
Allait mal à propos m'engager dans Arnheim ', Je ne sais pour sortir de porte qu'Hildesheim 2.
Oh ! que le ciel , soigneux de notre poésie , Grand roi , ne nous tit-il plus voisins de l'Asie! Bientôt victorieux de cent peuples altiers, Tu nous aurais fourni des rimes à milliers. Il n'est plaine en ces lieux si sèche et si stérile Qui ne soit en beaux mots partout riche et fertile. Là , plus d'un bourg fameux par son antique nom , Vient offrir à l'oreille un agréable son. Quel plaisir de te suivre aux rives du Scamandre; D'y trouver d'Ilion la poétique cendre ; De juger si les Grecs , qui brisèrent ses tours , Firent plus en dix ans que Louis en dix jours! Mais pourquoi sans raison désespérer ma veine? Est-il dans l'univers de plage si lointaine Où ta valeur, grand roi, ne te puisse porter, Et ne m'offre bientôt des exploits à chanter? Pson, non, ne faisons plus de plaintes inutiles : [les, Puisque ainsi dans deux mois tu prends quarante vil- Assuré des beaux vers dont ton bras me répond , Je t'attends dans deux ans aux bordsdel'Hellespont.
ÉPITRE V
A M. DE GUILLERAGIES3.
Esprit né pour la cour, et maître en l'art de plaire , Guilleragues , qui sais et parler et te taire , Apprends-moi si je dois ou me taire , ou parler. Faut-il dans la satire encor me signaler, Et, dans ce champ fécond en plaisantes malices, Faire encore aux auteurs redouter mes caprices? Jadis , non sans tumulte, on m'y vit éclater, Quand mon esprit plus jeune , et prompt à s'irriter, Aspirait moins au nom de discret et de sage; Que mes cheveux plus noirs ombrageaient mon vi- Maintenant , que le temps a mûri mes désirs , [sage : Que mon âge, amoureux de plus sages plaisirs, Bientôt s'en va frapper à son neuvième lustre *, J'aime mieux mon repos qu'un embarras illustre. Que d'une égale ardeur mi Ile auteurs animés Aiguisent contre moi leurs traits envenimés; [ble : Que tout, jusqu'à Pinchéne \et m'insulte et m'aeca- Aujourd'hui vieux lion je suis doux et traitable ; Je n'arme point contre eux mes oncles émoussés.
' Ville du duché de (iueldre.
5 Petftfl ville de lYIrctiir it de Tn I -
3D'abord premier président s la cour des AidesàBordeaux, puis secrétaire de la chambre et du cabinet du roi; il fut ensuite nommé < l'ambassade de Constantinopte. il b*j rendit en 1079, et mourut d'apoplexie quelques années après
' A la quarante et unième année Bon
s Pinchéne était neveu de Voiture. Bon.)
is
A insi que mes beaux jours mes chagrins sont passés : Je ne sens plus l'aigreur de ma bile première , Et laisse aux froids rimeurs une libre carrière.
Ainsi donc, philosophe à la raison soumis, Mes défauts désormais sont mes seuls ennemis : C'est l'erreur que je fuis, c'est la vertu que j'aime. Je songe à me connaître, et me cherche en moi-même. C'est là l'unique étude ou je veux m'attacher. Que , l'astrolabe en main , un autre aille chercher Si le soleil est fixe ou tourne sur son axe, Si Saturne à nos yeux peut faire un parallaxe; Que Rohaut « vainement sèche pour concevoir Comment tout étant plein , tout a pu se mouvoir ; Ou que Bernier 2 compose et le sec et l'humide Des corps ronds et crochus errant parmi le vide : Pour moi , sur cette mer qu'ici-bas nous courons , Je songe à me pourvoir d'esquif et d'avirons , A régler mes désirs , à prévenir l'orage, Et sauver, s'il se peut, ma raison du naufrage.
C'est au repos d"esprit que nous aspirons tous; Mais ce repos heureux se doit chercher en nous. Un fou rempli d'erreurs, que le trouble accompagne, Et malade à la ville , ainsi qu'à la campagne , En vain monte à cheval pour tromper son ennui : Le chagrin monte en croupe, et galope avec lui. Que crois-tu qu'Alexandre, en ravageant la terre, Cherche parmi l'horreur, le tumulte et la guerre? Possédé d'un ennui qu'il ne saurait dompter, Il craint d'être à soi-même, et songe à s'éviter. C'est là ce qui l'emporte aux lieux où naît l'aurore, Où le Perse est brûlé de l'astre qu'il adore.
De nos propres malheurs auteurs infortunés, Nous sommes loin de nous à toute heure entraînés. A quoi bon ravir l'or au sein du nouveau monde? Le bonheur tant cherché sur la terre et sur l'onde Est ici , comme aux lieux où mûrit le coco , Et se trouve à Paris de même qu'à Cusco 3 : On ne le tire point des veines du Potose *. Qui vit content de rien , possède toute chose. Mais , sans cesse ignorants de nos propres besoins , Nous demandons au ciel ce qu'il nous faut le moins. Oh! que si cet hiver un rhume salutaire , Guérissant de tous maux mon avare beau-père, Pouvait, bien confessé, l'étendre en un cercueil , Et remplir sa maison d'un agréable deuil ! Que mon âme, en ce jour de joie et d'opulence, D'un superbe convoi plaindrait peu la dépense !
' Fameux cartésien. (Bon,.)
1 Célèbre voyageur, qui a composé un Abrégé de la philosophie de Gassendi. (Boil.)
3 Ville du Pérou. (Boil.)
4 Polosi, montagne où sont les mines d'argent les plus riches de l'Amérique. (Boa.
Disait le mois passé , doux , honnête et soumis , L'héritier affamé de ce riche commis Qui , pour lui préparer cette douce journée , Tourmenta quarante ans sa vie infortunée. La mort vient de saisir le vieillard catarrheux . Voilà son gendre riche; en est-il plus heureux ? Tout fier du faux éclat de sa vaine richesse, Déjà nouveau seigneur il vante sa noblesse. Quoique fils de meunier, encor blanc du moulin , Il est prêt à fournir ses titres en vélin. En mille vains projets à toute heure il s'égare : Le voilà fou, superbe, impertinent , bizarre, Rêveur, sombre, inquiet , à soi-même ennuyeux. Il vivrait plus content , si comme ses aïeux , Dans un habit conforme à sa vraie origine, Sur le mulet encor il chargeait la farine.
Mais ce discours n'est pas pour le peuple ignorant, Que le faste éblouit d'un bonheur apparent. L'argent , l'argent , dit-on ; sans lui tout est stérile : La vertu sans l'argent n'est qu'un meuble inutile. L'argent en honnête homme érige un scélérat; L'argent seul au Palais peut faire un magistrat. Qu'importe qu'en tous lieux on me traite d'infâme? Dit ce fourbe sans foi , sans honneur et sans âme ; Dans mon coffre , tout plein de rares qualités , J'ai cent mille vertus en louis bien comptés. Est-il quelque talent que l'argent ne me donne? C'est ainsi qu'en son cœur ce financier raisonne. Mais pour moi , que l'éclat ne saurait décevoir, Qui mets au rang des biens l'esprit et le savoir, J'estime autant Patru ■ , même dans l'indigence , Qu'un commis engraissé des malheurs delà France. Non que je sois du goût de ce sage 2 insensé Qui , d'un argent commode esclave embarrassé, Jeta tout dans la mer pour crier : Je suis libre. De la droite raison je sens mieux l'équilibre : Mais je tiens qu'ici-bas , sans faire tant d'apprêts , La vertu se contente et vit à peu de frais. Pourquoi donc s'égarer en des projets si vagues ?
Ce que j'avance ici , crois-moi , cher Guilleragues , Ton ami dès l'enfance ainsi l'a pratiqué. Mon père, soixante ans au travail appliqué , En mourant me laissa, pour rouler et pour vivre, Un revenu léger, et son exemple à suivre. Mais bientôt amoureux d'un plus noble métier. Fils , frère , oncle , cousin , beau-frère de greffier 3 ,
' Fameux avocat , et un des bons grammairiens de notre siècle. Boil.) — Déjà nommé , sat. i , v. 123.
a Arislippe lit cette action ; et Diogéne conseilla à Cratès , philosophe cynique, de faire la même chose. (Bon..)
3 Fils de Gilles Boileau , greffier du conseil de la grand'chambre; frère de Jérôme Boileau, qui exerça la même charge; oncle deDongois, greffier de l'audience de la grand'chambre; cousin du même Dongois, qui épousa une cousiue