‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 182 sur 672 · ENTRES · texte numérisé non relu

ENTRES

Pouvant charger mon bras d'une utile liasse, J'allai loin du Palais errer sur le Parnasse. La famille en pâlit, et vit en frémissant Dans la poudre du greffe un poète naissant : On \il avec horreur une muse effrénée Dormir chez un greffier la grasse matinée. Dès lors à la richesse il fallut renoncer : Ne pouvant l'acquérir, j'appris à m'en passer; Et surtout redoutant la basse servitude, La libre vérité fut toute mon étude; Dans ce métier, funeste à qui veut s'enrichir, Qui l'eût cru que pour moi le sort dût se fléchir ? Mais du plus grand des rois la bonté sans limite, Toujours prête a courir au-devant du mérite, Crut voir dans ma franchise un mérite inconnu, Et d'abord de ses dons enfla mon revenu. La brigue ni l'envie à mon bonheur contraires , Ni les cris douloureux de mes vains adversaires, Ne purent dans leur course arrêter ses bienfaits. C'en est trop : mon bonheur a passé mes souhaits. Qu'à son gré désormais la Fortune me joue, On me verra dormir au branle de sa roue. Si quelque soin encore agite mon repos, C'est l'ardeur de louer un si fameux héros. Ce soin ambitieux me tirant par l'oreille, La nuit , lorsque je dors, en sursaut me réveille; Me dit que ces bienfaits, dont j'ose me vanter, Par des mts immortels ont dû se mériter. C'est l.i le seul chagrin qui trouble encor mon âme. Mais si, dans le beau feu du zèle qui m'enflamme, Par on ouvrage enfin des critiques vainqueur, Je puis sur ce sujet satisfaire mon cœur, Cuilleragues, plains-toi de mon humeur légère, Si jamais, entraîné d'une ardeur étrangère, Ou d'un vil intérêt reconnaissant la loi , Je cherche mon bonheur autre part que chez moi.

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