‹ uvres complètes de Boileau DespréauxChapitre 191 sur 672 · FIN DES EPITRES · texte numérisé non relu

FIN DES EPITRES

L'ART POÉTIQUE

(IIVNT PREMIER.

C'est en vain qu'au Parnasse un téméraire auteur Pense de l'art des vers atteindre la hauteur : S'il ne sent point-du ciel l'influence secrète , Si son astre en naissant ne l'a formé poète, Dans son génie étroit il est toujours captif; Pour lui Phébus est sourd , et Pégase est rétif.

O vous donc, qui, brûlant d'une ardeur périlleuse, Courez du bel esprit ' la carrière épineuse, N'allez pas sur des vers sans fruit vous consumer, Psi prendre pour génie un amour de rimer : Craignez d'un vain plaisir les trompeuses amorces, Et consultez longtemps votre esprit et vos forces.

La nature , fertile en esprits excellents , Sait entre les auteurs partager les talents : L'un peut tracer en vers une amoureuse flamme; L'autre d'un trait plaisant aiguiser l'épigramme : Malherbe d'un héros peut vanter les exploits ; Racan, chanter Philis, les bergers et les bois. Mais souvent un esprit qui se flatte et qui s'aime Méconnaît son génie, et s'ignore soi-même : Ainsi tel J , autrefois qu'on vit avec Faret 3 Charbonner de ses vers les murs d'un cabaret , S'en va mal à propos d'une voix insolente Chanter du peuple hébreu la fuite triomphante , Et , poursuivant Moïse au travers des déserts , Court avec Pharaon se noyer dans les mers.

Quelque sujet qu'on traite, ou plaisant, ou sublime, Que toujours le bon mus s'accorde avec la rime : L'un l'autre vainement ils semblent se haïr; La rime est une esclave, et ne doit qu'obéir. Lorsqu'à la bien chercher d'abord on s'évertue, L'esprit a la trouver ais< menl s'habitue; Au joug de la raison sans peine t Ile fléchit, El , loin de l,i gêner, la serl et l'enrichit. Mais , lorsqu'on la néglige , elle devient rebelle :

' i mot est ici pour talent, génie; il a perdu cette significaUon.

Int-Amand , auteur du Voise sauvé. Boil.) Faret, auteur du livre intitulé l'Honnête homme, et ami de Saint Lmand. iBuil.)

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